Le président français Emmanuel Macron s’est rendu lundi en Syrie pour effectuer une visite diplomatique. Il s’agit de la première visite d’un chef d’État d’une puissance occidentale dans le pays depuis la chute de Bachar al-Assad.
« Je viens dire l’engagement de la France auprès du peuple syrien. Pour une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins », a annoncé le chef de l'État français sur X.
Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmad al-Chareh, en mai 2025, lorsqu'il avait fait le pari d'accompagner la transition syrienne en s'affichant à l'Élysée avec cet ancien jihadiste.
Une attitude qui tranche avec plusieurs décennies de tensions et de méfiance entre les deux pays et environ douze ans de rupture diplomatique.
La France, protectrice des chrétiens d’Orient
Les premiers contacts entre la France et la Syrie remontent à l’époque des Croisades et en particulier à l’instauration des États latins. Deux d’entre eux, le comté de Tripoli et le comté d’Antioche, sont installés le long de la côte syrienne.
Mais c’est vraiment à partir du XVIème siècle que la France va étendre son influence en Syrie, alors membre de l’Empire ottoman. Le roi de France François 1er, qui cherche un allié pour lutter contre les Habsbourg, va établir une alliance avec la Sublime Porte.
Cette alliance, de plus de deux siècles et demi, va conduire à la signature de nombreuses capitulations. Ces dernières, qui vont être renforcées au fur et à mesure des années, permettent aux Français de commercer librement au sein de l’Empire, ils sont libres de pratiquer leur religion, et se voient confier la garde des lieux saints chrétiens. La France se place alors en tant que protecteur principal des chrétiens d’Orient et commence à nouer des liens avec les communautés locales.
Sous les règnes de Louis XIII puis surtout de Louis XIV, de nombreuses congrégations religieuses françaises s'implantent dans les villes de Syrie et du Liban. Sur place ils ouvrent des écoles, des hôpitaux, des couvents, etc… Les écoles, qui enseignent le français, vont former une partie de l’élite syrienne.
Quelques siècles plus tard, l’orientalisme et la campagne d’Égypte de Napoléon Bonaparte vont renforcer l’intérêt des Français envers les régions arabes. Suite au massacre de chrétiens à Damas et dans le Mont-Liban par des druzes en 1860, l’empereur Napoléon III décide de lancer l’expédition française en Syrie afin de mener, selon ses termes, une « opération à but humanitaire ». Bien que limitée en temps et en investissement, l’expédition va renforcer fortement le prestige français en Syrie et au Liban, plaçant la France comme protectrice des chrétiens d’Orient, mais également comme puissance influente dans l’Empire ottoman.
Le mandat français : de la promesse d’indépendance à la réalité coloniale
Après la défaite de l’Empire ottoman en 1918, la France et le Royaume-Uni se partagent une partie de ses anciens territoires arabes. La Société des nations (SDN) nouvellement créée leur confie alors à chacun un mandat, correspondant dans les grandes lignes aux accords secrets de Sykes-Picot. La France prend en charge la Syrie et le Liban actuels.
Si les mandats avaient pour objectif théorique d’aider les nouveaux pays à se développer en vue d’une indépendance ultérieure, la France et le Royaume-Uni vont dans les faits lutter et réprimer les mouvements nationalistes arabes.
Après avoir vaincu les forces de l’émir Fayçal lors de la bataille de Khan Maysaloun le 24 juillet 1920, la France prend le contrôle de l’ensemble de la Syrie. Afin d’éviter l’émergence de nouveaux mouvements nationalistes, elle va pratiquer une politique de division du territoire. Outre l’État du Grand Liban, elle crée ainsi l’État de Damas, l’État d’Alep, l’État des Alaouites, l’État du Djebel druze et l’État du Sandjak d’Alexandrette.
Cette division du territoire et la répression des forces françaises vont augmenter le ressentiment des Syriens qui vont mener une insurrection entre 1925 et 1927. Mais c’est surtout la Seconde guerre mondiale qui va précipiter la fin de la présence française en Syrie, qui obtient l’indépendance en 1946.
Sous les Assad : une relation entre dialogue et méfiance
Après l’arrivée au pouvoir de Hafez al-Assad en 1970, la France va maintenir un dialogue avec la Syrie malgré de nombreuses divergences. Cette position est motivée par l’importance de la Syrie au Proche-Orient et plus particulièrement en raison de son influence au Liban.
Cependant, la guerre civile libanaise va de nouveau créer des frictions entre Paris et Damas, la France l’accusant d’ingérence au Liban. En 1981, l’ambassadeur de France au Liban, Louis Delmare, est assassiné sous les yeux passifs de soldats syriens. Les tueurs sont alors identifiés comme appartenant à une milice mise en place par Rifaat al-Assad, le frère de Hafez.
Les tensions se poursuivent durant le mandat de Jacques Chirac, qui sera pourtant le seul dirigeant occidental à se rendre aux funérailles d’Hafez al-Assad. L’assassinat du Premier ministre libanais Rafiq Hariri, grand ami du président français, qui sera attribué à la Syrie, va enterrer les relations franco-syriennes.
Malgré une tentative de réchauffement en 2008, par le président français Nicolas Sarkozy qui invite son homologue syrien Bachar al-Assad à Paris, les tensions reprennent rapidement. Dès 2011, les grandes manifestations en Syrie et leur répression vont conduire la France à rompre ses relations diplomatiques avec Damas. Durant la guerre civile syrienne, Paris va alors soutenir activement plusieurs groupes et partis d’opposition.
La prise de pouvoir d’Ahmad al-Chareh en décembre 2024 a amorcé cependant une reprise rapide des relations franco-syriennes. Dès janvier 2025, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est rendu à Damas, ouvrant la voie à la réception d'al-Chareh à l’Élysée par Emmanuel Macron quelques mois plus tard.
Néanmoins, face à l’instabilité chronique de la Syrie et aux recompositions géopolitiques régionales, l'avenir d'une restauration durable des relations entre Paris et Damas reste encore incertain.



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