«Hat-trick»: la magie du chiffre 3
©Ici Beyrouth

Trois buts suffisent parfois à faire entrer un joueur dans la légende. Cet exploit porte un nom que la Coupe du monde 2026 remet chaque jour à l'honneur: le hat-trick. Cette expression, née dans l'Angleterre du XIXᵉ siècle, célèbre aujourd'hui la magie du chiffre trois.

Depuis le 11 juin, la planète vit au rythme de la Coupe du monde 2026. Cet évènement impose ses horaires, ses images, ses drapeaux, et… le vocabulaire du football. Car le Mondial fédère autour d’un langage commun, celui du ballon rond.

Certaines expressions techniques franchissent les frontières. Parmi elles, le hat-trick. Littéralement «coup du chapeau», l’expression désigne aujourd’hui, dans le football, le fait pour un joueur d’inscrire trois buts au cours d’un même match.

Mais avant de devenir un mot familier du football, le hat-trick a d’abord appartenu à un autre terrain: celui du cricket anglais.

Du cricket au football

L'expression naît en Angleterre au XIXᵉ siècle. Son origine est généralement attribuée à un exploit réalisé en 1858 par le joueur de cricket anglais H. H. Stephenson, qui parvient à éliminer trois batteurs adverses sur trois lancers consécutifs lors d'une rencontre disputée à Sheffield. Pour saluer cette performance exceptionnelle, ses admirateurs lui offrent un chapeau. Le hat-trick est né.

Le terme s'impose progressivement dans le vocabulaire du cricket, où il conserve longtemps son sens originel de triple réussite consécutive. Puis, à mesure que les sports britanniques se diffusent à travers l'Empire et au-delà, l'expression voyage avec les règles, les clubs et les journalistes sportifs.

C'est au début du XXᵉ siècle, et plus particulièrement à partir des années 1910, que le hat-trick fait son apparition dans le hockey sur glace nord-américain, où il désigne les trois buts inscrits par un même joueur au cours d'une rencontre. La tradition prend alors une forme spectaculaire: les supporters lancent leur chapeau sur la glace pour saluer l'exploit.

Le football s'empare à son tour de l'expression, d'abord en Grande-Bretagne, puis dans le reste de l'Europe. En France, on commence à parler de «coup du chapeau» dans les années 1930, tandis que le Québec privilégie l'expression «tour du chapeau». Malgré ces équivalents francophones, le terme anglais s'est durablement imposé dans le vocabulaire international.


 

Trois buts pour entrer dans l'histoire

Dans son acception la plus courante, un hat-trick désigne trois buts inscrits par un même joueur au cours d'un même match. Les puristes, toutefois, y ajoutent une condition: les trois réalisations doivent être consécutives, sans qu'aucun autre joueur ne s'intercale au tableau d'affichage. Seuls les buts marqués pendant le temps réglementaire – prolongation comprise – sont pris en compte. Les tirs au but (ou penalty) sont exclus.

À la veille des quarts de finale du Mondial 2026, trois «coups du chapeau» avaient déjà été réussis, un total inédit depuis le Mondial de 1986 au Mexique. Aucune édition disputée entre 1990 et 2022 n'en avait compté autant.

Le premier est l'œuvre de Lionel Messi, auteur des trois buts de la victoire de l'Argentine face à l'Algérie en phase de groupes. Le Canadien Jonathan David lui a emboîté le pas lors du succès 6-0 contre le Qatar. Puis Ousmane Dembélé a signé le triplé le plus spectaculaire du tournoi en conduisant la France à une victoire 4-1 contre la Norvège. Réalisé en seulement 25 minutes, son exploit figure parmi les hat-tricks les plus rapides de l'histoire des Bleus en Coupe du monde.

Cette multiplication des triplés s'explique notamment par le nouveau format à 48 équipes, qui offre davantage de rencontres et donc plus d'occasions aux grands buteurs de s'illustrer.

Parfait ou pas parfait?

Il existe aussi une version encore plus exigeante: le perfect hat-trick. Le buteur doit alors marquer une fois du pied droit, une fois du pied gauche et une fois de la tête. Plus qu'un simple triplé, il s'agit d'une démonstration de polyvalence et de maîtrise technique.

Les exemples demeurent rares, mais certains sont entrés dans la légende du football. Le plus célèbre est sans doute celui de Geoff Hurst, auteur d'un perfect hat-trick lors de la finale de la Coupe du monde 1966 contre l'Allemagne de l'Ouest. Près de 60 ans plus tard, il reste le seul joueur à avoir inscrit un triplé dans une finale de Mondial.

En France, c'est Michel Platini qui a signé l'une des références absolues. Lors de l'Euro 1984, face à la Yougoslavie, le capitaine des Bleus marque du pied gauche, de la tête puis du pied droit. Ce perfect hat-trick, son deuxième triplé consécutif dans la compétition, lance une campagne exceptionnelle qu'il conclura avec 9 buts et le titre européen.

Plus récemment, le Portugais Cristiano Ronaldo réussit un perfect hat-trick en moins de 10 minutes, face à Getafe, en championnat d'Espagne en 2013. Une performance à l'image d'une carrière où les hat-tricks sont devenus l'une de ses signatures.

Les trois hat-tricks les plus rapides de l'histoire du football:

  • Alex Torr (Angleterre) – 70 secondes

Meadowhall Sunday League (Sheffield) – 2004

Guinness World Records pour le hat-trick le plus rapide jamais inscrit dans un match officiel.

  • Magnus Arvidsson (Suède) – 89 secondes

Coupe de Suède – 1995

  • Tommy Ross (Écosse) – 90 secondes

Highland League – 1964

Commentaires
  • Aucun commentaire