Défense: la France accélère un réarmement sous contraintes
Le président français Emmanuel Macron et Charles Dreyfus, petit-fils d’Alfred Dreyfus, ont rendu hommage devant la statue en bronze de 3,5 mètres (12 pieds) réalisée en 1985 par l’artiste français Louis Mitelberg, alias Tim, représentant le capitaine Alfred Dreyfus, lors d’une cérémonie en son honneur organisée à l’occasion de la première journée nationale consacrée à la reconnaissance de son innocence par la Cour de cassation en 1906, et à la lutte contre la résurgence de l'antisémitisme, 120 ans plus tard, sur l'île de la Cité, près de la Cour de cassation à Paris, le 12 juillet... ©THOMAS SAMSON / POOL / AFP

L'augmentation des dépenses de défense de la France s'inscrit dans un réarmement européen destiné à faire face à la possibilité d'un conflit avec la Russie à l'horizon 2030. Les moyens correspondent-ils à la menace ?

Quel est l'effort financier ?

La loi de programmation militaire, dont l'actualisation a été approuvée le 1er juillet par le Parlement, consacre 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards d'euros de plus que dans sa version adoptée en 2023.

«Cette loi permet de répondre à l'accélération de la menace», dans «une situation budgétaire (...) très dégradée», a déclaré la ministre des Armées, Catherine Vautrin.

Le texte prévoit un budget de la défense de 76 milliards d'euros en 2030, soit 2,5 % du PIB.

Emmanuel Macron a rappelé que le budget des armées aura doublé au cours de ses dix années de présidence. «L'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera», a-t-il affirmé.

L'augmentation des crédits vise notamment à renforcer la logistique, les munitions, les drones, la défense aérienne, l'espace, l'entraînement opérationnel et le soutien des forces.

Elle permettra également de lancer de nouveaux programmes, comme un missile balistique sol-sol à longue portée ou des systèmes de robotique terrestre.

Les chercheurs Élie Tenenbaum et Stéphane Audrand (Ifri) estiment toutefois que ces moyens «financeront tout juste le format qui a été voté en 2023 mais qui était sous-financé».

Selon eux, le budget restera inférieur au «poids de forme» des armées françaises, estimé à près de 100 milliards d'euros.

Prêt pour 2030 ?

L'actualisation de la loi s'appuie sur la Revue nationale stratégique, qui évoque un «risque particulièrement élevé d'une guerre majeure de haute intensité (...) à l'horizon 2030» en Europe face à la Russie.

Or, de nombreux équipements – blindés, systèmes de défense sol-air ou camions logistiques – ne seront livrés qu'entre 2030 et 2035.

Pour l'Ifri, il existe une «désynchronisation» entre le risque identifié pour 2030 et les capacités militaires réellement disponibles à partir de 2035.

Malgré cela, la France conserve des atouts majeurs, notamment une armée expérimentée, une aviation performante et sa dissuasion nucléaire.

Dans Foreign Affairs, Ethan Kapstein et Jonathan Caverley estiment que «l'armée française demeure la force la plus apte à se projeter rapidement sur le front oriental».

Vers les 3,5 % ?

Les membres de l'Otan, dont la France, se sont engagés à porter leurs dépenses militaires à 3,5 % du PIB d'ici 2035.

Pour Cédric Perrin, président de la commission de la Défense du Sénat, cet objectif paraît difficilement atteignable au regard des finances publiques.

Il estime qu'une nouvelle loi de programmation militaire sera probablement nécessaire après l'élection présidentielle de 2027.

Où en sont les Européens ?

Les pays européens de l'Otan et le Canada ont augmenté de plus de 70 % leurs dépenses militaires depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Les États baltes et la Pologne dépassaient déjà l'objectif des 3,5 % en 2025, suivis par les pays nordiques.

En Allemagne, le projet de budget 2027 prévoit une hausse de 33 % des dépenses de défense par rapport à 2026, pour atteindre 110 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent les crédits du fonds spécial créé en 2022.

Berlin ambitionne de disposer de l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe, mais sa montée en puissance sera, selon l'Ifri, «plus longue et coûteuse» que celle de la France.

Au Royaume-Uni, le Premier ministre démissionnaire Keir Starmer a annoncé un effort supplémentaire de 15 milliards de livres sur quatre ans, portant les dépenses de défense à 300 milliards de livres d'ici 2030.

Selon Bence Nemeth, spécialiste de la défense au King's College de Londres, cet effort constitue «une amélioration», mais l'essentiel des fonds reste destiné à financer des programmes déjà engagés.

Mathieu RABECHAULT / AFP

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