Yémen: le gouvernement dit avoir visé l'aéroport de Sanaa, aux mains des Houthis
Cette photo diffusée le 6 mai 2025 par la branche de l'agence de presse yéménite SABA affiliée aux Houthis montre les dégâts causés à l'aéroport international de Sanaa après que des avions de combat de l'armée israélienne ont frappé Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles. L'armée israélienne a déclaré que ses avions de combat avaient frappé Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles. ©SABA / AFP

Le gouvernement yéménite, appuyé par l'Arabie saoudite, a affirmé lundi avoir frappé l'aéroport de la capitale Sanaa, ravivant après des années de répit le conflit avec les rebelles houthis pro-iraniens, qui contrôlent le site.

Les Houthis ont imputé l'attaque à Ryad et promis de riposter.

Cet épisode est le plus grave entre les deux camps depuis des années et menace la trêve négociée par l'ONU en 2022.

Il intervient aussi dans un contexte de fortes tensions régionales, après la reprise des hostilités entre les États-Unis et l'Iran.

Le gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale, a dit avoir voulu empêcher l'atterrissage d'un avion iranien transportant une délégation houthie de retour de Téhéran, où elle s'était rendue pour assister la semaine dernière aux funérailles de l'ancien guide suprême, Ali Khamenei.

Le gouvernement a dit avoir tenté, en vain, de convaincre la délégation d'emprunter un avion de la compagnie nationale.

«Les milices terroristes houthies - soutenues par le régime iranien» ont insisté «pour autoriser un avion iranien à violer l'espace aérien yéménite. En conséquence, la piste de l'aéroport a été prise pour cible», a déclaré le ministère de la Défense dans un communiqué.

Le gouvernement a ensuite décrété la fermeture de tous les aéroports du pays, «jusqu'à nouvel ordre», bien qu'il ne contrôle pas l'entièreté du territoire: outre Sanaa, les rebelles en contrôlent de larges pans, dont une grande partie du nord.

Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a accusé Ryad d'avoir mené l'attaque et affirmé qu'elle «ne resterait pas sans réponse et sans sanction».

D'après les médias houthis, l'avion a finalement atterri dans la ville de Hodeïda (ouest), contrôlée par les rebelles.

Confrontation militaire durable?

Le Yémen est en proie depuis plus d'une décennie au conflit opposant les rebelles au gouvernement, soutenu par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite.

La trêve négociée par l'ONU avait mis fin aux combats d'envergure, mais l'espace aérien reste contrôlé par la coalition, obligeant les compagnies aériennes à obtenir son autorisation préalable pour atterrir.

Les Houthis semblent toutefois avoir remis en cause cet arrangement en organisant des vols directs entre l'Iran et Sanaa, suscitant la colère des autorités et de leur allié saoudien.

Début juillet, les Houthis avaient déjà accusé Ryad d'avoir essayé d'attaquer un avion iranien qui avait atterri à Sanaa avant d'en repartir. Ils avaient alors menacé de frapper des aéroports et des infrastructures stratégiques saoudiennes en cas de nouvelle attaque.

Celle de lundi fait craindre un embrasement, le ministère houthi des Affaires étrangères affirmant qu'elle marquait «la fin de la phase de désescalade et du cessez-le-feu et le début de la guerre».

Le président du Conseil présidentiel yéménite, Rashad al-Alimi, a toutefois dit avoir demandé à son camp de ne pas élargir la confrontation, pour ne pas laisser «l'Iran atteindre son objectif d'entraîner le Yémen et son peuple dans des guerres».

L'envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, s'est dit «extrêmement préoccupé» et appelé à une «désescalade».

«Si ce cycle d'actions et de représailles se poursuit, cela pourrait marquer de facto l'effondrement du cessez-le-feu conclu en avril 2022 et annoncer le retour à une phase beaucoup plus intense du conflit», a souligné auprès de l'AFP Mohammed al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.

«Les prochains jours montreront si les deux camps sont prêts à renouer avec une confrontation militaire durable», a-t-il ajouté.

La guerre, qui a débuté en 2015, a fait des centaines de milliers de morts et plongé le pays dans l'une des pires crises humanitaires au monde, selon l'ONU.

AFP

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