Les marchés mondiaux naviguent jeudi entre soulagement sur l'inflation américaine, prudence face aux tensions géopolitiques et remise en question des valorisations du secteur de l'intelligence artificielle, qui pèsent sur les marchés asiatiques.
«Les chiffres plus faibles de l'inflation publiés cette semaine (aux États-Unis) ont réduit les anticipations de resserrement monétaire, mais les incertitudes entourant le pétrole» et les valorisations des valeurs liées à l'intelligence artificielle tempèrent l'optimisme sur les marchés d'actions, commente Patrick Munnelly, de Tickmill Group.
L'inflation côté producteurs a ralenti en juin, à 5,5% sur un an, grâce au recul du coût de l'énergie sur la période, contre 6% en mai.
C'est bien moins qu'attendu par les marchés.
La veille, l'indice CPI des prix à la consommation s'était aussi replié plus que prévu, à 3,5% sur un an en juin.
Les places européennes flanchent vers 07H45 GMT après avoir ouvert à plat: la Bourse de Paris perdait 0,54%, Francfort 0,45%, Londres 0,46% et Milan 0,53%.
La tech pousse les indices asiatiques dans le rouge
Les prises de bénéfices se poursuivent jeudi dans le secteur des semi-conducteurs, note l'analyste Andreas Lipkow.
Le titre TSMC a terminé en petite hausse de 1,23% à Taïwan après avoir pourtant publié un bénéfice net record au deuxième trimestre, dépassant les attentes, et annoncé qu'il investirait 100 milliards de dollars supplémentaires dans l'État américain de l'Arizona.
«Malgré la forte progression des bénéfices et du chiffre d'affaires, le scepticisme des investisseurs concernant l'évolution future des activités liées à l'IA et aux centres de données (...) demeure», estime M. Lipkow.
Le média The Information a rapporté mercredi que le géant néerlandais de la technologie ASML prévoit d'augmenter les prix de ses équipements de fabrication de semi-conducteurs, «malgré les réticences de TSMC, ce qui pourrait expliquer le rapide retournement du sentiment positif observé après la publication des résultats», souligne par ailleurs Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote.
«Même si la demande liée à l'intelligence artificielle reste robuste, augmenter les prix alors que la croissance de la demande ralentit ne semble pas particulièrement séduisant, à un moment où les fabricants de semi-conducteurs sont valorisés» à des niveaux très élevés, poursuit-elle.
En conséquence, SK Hynix a chuté de 11,53% et Samsung Electronics de 8,77% à Séoul, poussant l'indice Kospi dans le rouge (-6,37%).
À la Bourse de Tokyo, l'indice Nikkei, aussi fortement exposé au secteur tech, a lâché 2,79%.
Les Bourses chinoises de Shanghai (-1,85%) et Shenzhen (-1,97%) ont également terminé en nette baisse.
Seule Hong Kong s'octroyait 1,43% dans les derniers échanges.
Rotork s'envole
Le conglomérat industriel helvético-suédois ABB (-2,12% à la Bourse suisse vers 07H30 GMT), porté par la demande d'équipements pour l'intelligence artificielle, va renforcer ses activités d'électrification et d'automation en rachetant le groupe britannique Rotork (+66,57% à Londres), spécialisé dans la fabrication d'équipements pour la gestion des flux et d'actionneurs électriques.
ABB a annoncé un accord pour racheter le groupe et va faire une offre à ses actionnaires à 503 pence par action, valorisant l'entreprise à environ 5,5 milliards de dollars (4,7 milliards d'euros), a-t-il indiqué dans un communiqué jeudi en marge de ses résultats du deuxième trimestre.
Cette offre en numéraire représente une prime de 60% par rapport à son cours en moyenne sur les trois derniers mois, précise le communiqué.
Le prix du pétrole se consolide
Les marchés pétroliers apparaissent relativement calmes jeudi, «même si les risques de hausse demeurent en raison de la reprise de l'escalade des tensions entre les États-Unis et l'Iran, sans perspective de résolution à l'horizon», résume Mme Ozkardeskaya.
Vers 07H30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, la référence mondiale, cédait 0,58% à 84,46 dollars.
Son équivalent américain, le WTI, perdait 0,25% à 79,40 dollars le baril.
Les États-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.
L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des «agressions» américaines.
«Pour l'instant, les risques restent orientés à la hausse pour les prix du pétrole, les États-Unis et l'Iran poursuivant leur escalade et se disputant le contrôle du détroit d'Ormuz», souligne Kyle Rodda, analyste des marchés financiers pour Capital.com.
Pour Soojin Kim, analyste pour MUFG, «le marché intègre désormais un risque d'approvisionnement plus durable, plutôt qu'un simple choc géopolitique temporaire».
AFP



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