Rarement une petite finale aura été aussi débridée. Dix buts, des défenses aux abonnés absents, des gardiens exposés et un scénario renversant: l’Angleterre a dominé la France (6-4), sur un score de tennis, pour décrocher la médaille de bronze.
Messieurs, les Anglais ont tiré les premiers. Ils ont aussi tiré les derniers. Entre les deux, plus personne n’a vraiment défendu.
Pendant quatre-vingt-dix minutes, la petite finale a tourné au concours de frappes. Les transitions ont traversé les blocs sans filtre, les pertes de balle ont immédiatement ouvert les surfaces et chaque offensive a menacé de modifier le score.
Les Three Lions ont mené 4-0, vu les Bleus revenir à une longueur, puis repris de l’air grâce à Bukayo Saka avant que Jude Bellingham ne ferme définitivement la rencontre. Une victoire en cinq sets, sans tie-break ni contrôle défensif.
Quatre buts face à des Bleus hors sujet
Declan Rice n’a attendu que trois minutes pour ouvrir le score. Sur une action mal négociée par la défense française, le milieu anglais a pris l’espace avant d’ajuster le gardien.
L’équipe de Thomas Tuchel a immédiatement imposé sa verticalité. Première passe vers l’avant, appel dans le dos, projection des milieux: le premier rideau français était éliminé en quelques secondes.
Ezri Konsa a doublé la mise sur phase arrêtée, profitant d’un marquage défaillant. Saka a ensuite transformé la domination anglaise en correction. L’ailier a attaqué les intervalles, pris de vitesse son vis-à-vis et puni chaque déséquilibre.
À 4-0 avant la pause, la France ne contrôlait plus aucune zone. Le milieu ne protégeait pas sa ligne arrière, les couvertures arrivaient en retard et les duels tournaient presque systématiquement à l’avantage anglais.
Les Three Lions n’avaient pas besoin d’installer de longues possessions. Deux ou trois passes suffisaient pour casser les lignes et entrer dans les trente derniers mètres.
La presse n’a pas épargné les Bleus. En Angleterre, le Guardian les a décrits comme «confortablement installés sur leurs transats», image reprise par Le Parisien pour résumer leur passivité. Les médias français ont davantage parlé de naufrage et de première période hors sujet. Deux lectures, un même constat: la France n’était pas entrée dans son match.
Deschamps change les hommes, Mbappé change le rythme
Didier Deschamps a corrigé son dispositif à la pause. Les entrées de Dayot Upamecano et Lucas Digne ont resserré les distances, tandis que le pressing français est remonté de plusieurs mètres.
Kylian Mbappé a réduit l’écart dès la reprise. Bradley Barcola a rapidement ajouté un deuxième but après une récupération haute et une attaque menée en peu de touches.
Le rapport de forces s’est inversé. L’Angleterre ressortait moins proprement, perdait les deuxièmes ballons et reculait vers sa surface. Michael Olise et Ousmane Dembélé recevaient enfin face au jeu, avec davantage de solutions autour d’eux.
Mbappé a ensuite signé le 4-3. En moins de vingt minutes, les Bleus étaient passés du naufrage à une remontée crédible.
Le capitaine français a multiplié les appels dans le dos de la défense. Ses prises de profondeur ont obligé le bloc anglais à reculer et libéré des zones entre les lignes.
Saka coupe la remontée
L’Angleterre a vacillé sans renoncer totalement à attaquer. Une différence majeure avec sa demi-finale contre l’Argentine, lorsqu’elle avait fini par défendre son avantage trop près de son but.
Cette fois, les Three Lions ont conservé des points de sortie. Saka a transformé le penalty du 5-3 et complété son triplé.
L’ailier anglais a joué juste et vite: peu de touches, peu de déchet, des appels tranchants et une efficacité maximale dans la zone de vérité. À chaque déséquilibre français, il a attaqué la profondeur ou fermé au second poteau.
Son troisième but a coupé la dynamique des Bleus sans régler les problèmes défensifs de son équipe.
Dembélé a encore ramené la France à une longueur. À 5-4, l’égalisation restait possible, mais le bloc français s’est de nouveau étiré en cherchant le cinquième but.
Bellingham ferme le match
Jude Bellingham a porté le dernier coup dans le temps additionnel. Le milieu a accompagné une ultime transition avant de conclure l’action du 6-4.
La séquence a résumé la soirée française: projection massive, perte de balle et espace laissé dans le dos. L’Angleterre n’a jamais complètement maîtrisé la seconde période, mais elle a conservé assez de menace pour sanctionner les montées adverses.
Les Bleus peuvent retenir leur réaction après la pause. Elle ne suffit toutefois pas à effacer un premier acte sans densité, sans agressivité et sans maîtrise des distances.
Encaisser quatre buts avant le repos avait placé la remontée hors norme. Mbappé et les entrants l’ont rendue possible, pas suffisante.
C’est solide. Je resserrerais légèrement pour éviter les répétitions de «dix buts», «record» et «Mondial»:
Dix buts et plusieurs records
Avec dix réalisations, cette petite finale est devenue la plus prolifique de l’histoire. Aucun match de Coupe du monde n’avait atteint un tel total depuis 1982. Saka a signé un triplé, tandis que Mbappé a pris provisoirement la tête du classement des buteurs de cette édition. Le Français est le premier joueur depuis Gerd Müller, en 1970, à atteindre la barre des dix buts sur un seul tournoi.
Son doublé l’a également porté à 22 buts en trois Coupes du monde, nouveau sommet absolu devant Lionel Messi, qui en compte 21 avant la finale contre l’Espagne. L’Argentin, auteur de huit buts dans cette édition, doit inscrire un doublé pour rejoindre Mbappé dans la course au Soulier d’or, et un triplé pour le dépasser. Un but lui suffirait en revanche pour égaler le Français au classement historique.
Pour la dernière de Didier Deschamps à la tête des Bleus, la France termine quatrième après avoir encaissé huit buts lors de ses deux derniers matchs. L’Angleterre décroche la première troisième place mondiale de son histoire et signe son meilleur résultat depuis son titre de 1966.
Les Anglais avaient ouvert le feu dès la troisième minute. Ils l’ont refermé dans le temps additionnel. Entre les deux, la France est passée du naufrage à la remontée, Saka du banc en demi-finale au triplé, et Mbappé du doublé au sommet.
Dix buts plus tard, l’Angleterre tenait le bronze. La France, elle, avait retrouvé son football — quarante-cinq minutes trop tard.




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