La faim dans le monde résiste, l'Afrique en première ligne
Des Soudanais déplacés attendent de recevoir de l'aide au camp de déplacés d'Abu al-Naga, dans l'État de Gedaref, à environ 420 km à l'est de la capitale Khartoum, le 6 février 2026. ©STR / AFP

Quelque 645 millions de personnes ont souffert de la faim l'an dernier, soit 7,8% de la population mondiale, une légère amélioration qui risque de se heurter cette année aux chocs de la guerre au Moyen-Orient et du climat, estime mardi la FAO.

La situation est particulièrement critique en Afrique, où 20% de la population est touchée par la sous-alimentation, c'est-à-dire un manque chronique de calories, indique ce rapport annuel.

Après la crise économique post-Covid, qui avait plongé des millions de personnes supplémentaires dans la faim (688 millions d'êtres humains concernés en 2022), la situation s'est redressée, mais sans retrouver les niveaux d'avant la pandémie, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

En 2015, alors qu'environ 600 millions de personnes souffraient de la faim, la communauté internationale s'était fixé parmi ses «objectifs de développement durable» d'ici à 2030 celui «d'éliminer la faim et que chacun (...) ait accès à une alimentation saine, nutritive et suffisante».

Désormais, l'ONU prévoit qu'entre 510 et 520 millions de personnes seront sous-alimentées en 2030, dont plus de la moitié en Afrique.

«Le centre de gravité de la faim s'est déplacé de l'Asie jusqu'en Afrique», explique à l'AFP David Laborde, directeur de la division économie agroalimentaire à la FAO. «Il y a 25 ans, la Chine avait encore un problème de faim, elle l'a réglé. L'Inde a aussi un problème, mais elle déploie beaucoup d'efforts pour le résoudre activement.»

«Les agriculteurs, les systèmes alimentaires ont fait preuve de résilience: nous avons des conflits internationaux, des chocs climatiques, le Covid, qui a constitué une crise macroéconomique d'ampleur... et nous n'avons pas connu de famines majeures comme dans les années 1980. Mais la capacité d'absorption des systèmes» reste limitée, met-il en garde.

Retards de croissance et obésité

Les chocs climatiques de plus en plus sévères sont ressentis particulièrement durement en Afrique.

«Des conflits comme celui au Soudan, ce qui se passe dans la région sahélienne ou en République démocratique du Congo pèsent aussi lourdement sur des populations qui ne peuvent plus accéder à leurs terres ou n'ont plus de revenus», poursuit M. Laborde.

Quant à la crise économique post-Covid, «on a commencé à récupérer, mais moins vite qu'on ne le pensait», dit-il: le rebond a laissé «un monde économiquement plus inégal», «la croissance est revenue, mais ses fruits ne sont pas arrivés dans les assiettes de tout le monde».

À la faim s'ajoutent 2,1 milliards de personnes (25,8%) en situation d'insécurité alimentaire modérée ou sévère: les calories peuvent être suffisantes, mais les repas sont irréguliers et leur composition limitée.

Quant au contenu des assiettes, 2,69 milliards de personnes, soit près d'une personne sur trois, ne peuvent s'offrir une alimentation saine, les coûts ayant augmenté de 25 % en cinq ans.

Des retards de croissance affectent environ un quart des enfants de moins de cinq ans (150 millions en 2024 contre 180 millions en 2012).

En revanche, l'obésité chez les adultes continue de progresser, atteignant 16,2% en 2024 (18,6% projetés en 2030).

Des événements récents, dont la guerre au Moyen-Orient, «menacent de saper les progrès» réalisés en Afrique et en Asie, alerte le rapport.

Selon M. Laborde, les effets de la hausse du coût des engrais et de l'énergie liée à la guerre «sont pour l'instant restés limités», mais «on n'a pas encore digéré la crise».

La FAO se dit aussi «vigilante» quant à l'impact d'El Niño sur les récoltes en Inde, en Afrique ou dans le «corridor sec» d'Amérique du Sud, des régions déjà vulnérables.

Mi-juin, la FAO et le Programme alimentaire mondial des Nations unies ont lancé un appel à une aide préventive pour protéger près de neuf millions de personnes face à ce phénomène climatique.

«C'est le rôle de la finance internationale, des banques de développement et des pays donateurs de comprendre que certains pays sont très vulnérables et que, en particulier cette année, ils font face à une crise dont ils ne sont en rien responsables», souligne M. Laborde. «La guerre dans le Golfe, le Malawi n'y est pour rien. S'il doit contracter un prêt pour payer ses fertilisants, il est normal que la communauté internationale essaie d'absorber» le choc, illustre-t-il.

Par Catherine HOURS / AFP

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