Près de cinq mois après avoir vu ses premiers droits de douane annulés par la Cour suprême, la Maison Blanche devrait annoncer «prochainement» de nouvelles surtaxes visant ses principaux partenaires commerciaux, sur le modèle de ceux qui entrent en vigueur mercredi contre le Brésil.
Une série de produits brésiliens sont en effet désormais taxés, depuis 00H01 mercredi, de 25% supplémentaires, à l'issue d'une enquête sur les pratiques jugées «déraisonnables» de Brasilia.
Selon le représentant de la Maison Blanche pour le commerce (USTR), Jamieson Greer, interrogé sur CNBC, ces pratiques ont particulièrement touché le commerce américain en «réduisant l'accès à l'un de ses principaux marchés d'exportations».
Ces nouveaux droits de douane ne concernent qu'environ la moitié des importations provenant du pays sud-américain, soit autour de 11 milliards de dollars, selon diverses estimations.
Quelques heures auparavant, Donald Trump avait annoncé la mise en place de nouveaux droits de douane de 100% sur les médicaments génériques importés, qui entreront en vigueur à partir d'août 2028, ce taux devant ensuite passer à 200% en 2029.
Après le Brésil, les États-Unis entendent imposer de nouveaux droits de douane à une soixantaine d'économies.
Washington compte les justifier en s'appuyant sur les conclusions d'enquêtes lancées par l'USTR sur certaines pratiques commerciales, qu'il s'agisse d'une «surcapacité structurelle» ou de manquements à l'interdiction du travail forcé.
Mais le temps presse: le gouvernement américain souhaite que ces surtaxes prennent le relais de celles qui doivent arriver à expiration vendredi.
Ces droits de douane temporaires avaient été la réponse d'urgence de Donald Trump après l'invalidation par la Cour suprême, en février dernier, de ceux mis en place l'année dernière.
45 pays plus durement touchés
Fin février, la plus haute juridiction américaine avait annulé une bonne part des droits de douane voulus par le président américain. Ne sont pas concernés les droits de douane sectoriels, visant notamment l'automobile, l'acier, l'aluminium ou le cuivre.
Donald Trump avait alors annoncé la mise en place de nouveaux droits de douane, se basant sur un texte qui ne l'autorise à appliquer cette surtaxe que pour une durée de 150 jours maximum.
Dans le même temps, l'USTR avait donc lancé ces enquêtes, qui doivent permettre à Donald Trump de mettre en place ces surtaxes de manière durable.
«On devrait voir du mouvement prochainement», même si «je ne peux pas préciser le calendrier», a déclaré M. Greer lors d'une interview accordée à CNBC mardi.
Début juin, Jamieson Greer a proposé, à l'issue de ces enquêtes, d'imposer 12,5% à environ 45 pays ayant, selon ses services, échoué à instaurer une interdiction de l'importation de biens issus du travail forcé.
Pour les économies disposant d'une telle interdiction, mais dont les efforts pour l'appliquer sont jugés insuffisants, le Canada, l'Équateur, l'Union européenne (UE), l'Indonésie, le Mexique et le Pakistan, l'administration Trump propose d'imposer un taux réduit à 10%. Idem pour le Royaume-Uni dont l'interdiction est jugée partielle.
Certaines de ces économies, parmi lesquelles l'UE, sont également visées par l'enquête sur les surcapacités industrielles.
Le Canada de nouveau ciblé
Outre le Brésil, le gouvernement américain a d'ores et déjà annoncé de nouveaux droits de douane visant un certain nombre de produits canadiens, «en réponse au traitement discriminatoire du Canada sur les produits américains».
Cette nouvelle surtaxe, de 50% supplémentaires, doit entrer en vigueur dans un mois.
«C'est une réponse aux mesures de représailles» prises par Ottawa après les premiers droits de douane imposés par Washington en 2025: «cela fait un an que nous demandons au Canada de les retirer, de les modifier, de les ajuster», a justifié mardi Jamieson Greer.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a répondu qu'il comptait examiner «toutes les options», assurant que «le Canada (ferait) ce qui est nécessaire pour soutenir ses travailleurs, ses emplois».
«Nous avons convenu d'intensifier nos négociations dans les deux prochaines semaines», a ajouté M. Carney, qui n'envisage pas, à ce stade, de se rendre à Washington.
Les deux pays, ainsi que le Mexique, négocient actuellement une évolution de l'accord de libre-échange liant les trois pays (ACEUM).
Par Erwan Lucas / AFP



Commentaires