Le chef de l'opposition turque quitte son parti et fonde un nouveau mouvement
Cette photo de presse, prise et diffusée par le service de presse d'Ozgur Ozel le 24 juillet 2026, montre Ozgur Ozel en train de signer les documents fondateurs du parti YENI, alors qu'il démissionnait du Parti républicain du peuple (CHP) à Ankara. ©HANDOUT / OZGUR OZEL PRESS OFFICE / AFP

Le chef de l'opposition turque, Özgür Özel, a quitté son parti historique, le CHP, dont il a été évincé, pour fonder un nouveau mouvement, a-t-il annoncé vendredi.

«Puisse cette démarche être bénéfique à notre pays, à notre nation, à notre parti et à nous tous», a affirmé M. Özel dans une vidéo partagée par son équipe, où on le voit, portant une épingle aux couleurs du drapeau turc sur sa veste, signer sa démission ainsi que les documents fondant son nouveau mouvement.

Les documents de création du parti ont été remis vers midi au ministère turc de l'Intérieur.

Selon l'entourage de M. Özel, 91 députés ont quitté le CHP à sa suite pour rejoindre le comité fondateur du «Yeni Parti» («Nouveau Parti» en turc), ce qui en fait la première force d'opposition au Parlement turc, derrière le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan, qui détient 277 sièges.

«Ce n'est pas facile, mais certaines difficultés doivent être surmontées avant de s'engager sur la bonne voie. Puisque l'autre camp était déterminé à bloquer toutes les voies et à ne jamais ouvrir de canaux démocratiques, il n'y avait pas d'autre choix», a déclaré M. Özel aux journalistes lors d'une marche vers le premier Parlement de la République turque, où il devait retrouver les députés ayant rejoint le Yeni Parti.

«Vous êtes avec nous en ce jour si important, si crucial. (...) Je remercie tous ceux qui marchent à nos côtés pour la démocratie, affirmant que la parole appartient à la nation, qu'elle ne réside pas dans des palais ni entre les mains d'un seul homme. (...) À partir de maintenant, mes amis, marchons sans relâche jusqu'à atteindre le pouvoir», a-t-il ajouté.

Le CHP, parti social-démocrate historique fondé par le père de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk, voit sa représentation sérieusement amputée, avec une quarantaine de députés restants.

M. Özel, président depuis novembre 2023 de ce qui était le premier parti d'opposition parlementaire, a été évincé en mai sur décision de justice et remplacé par l'ancien dirigeant du CHP, Kemal Kiliçdaroglu.

Özgür Özel avait dénoncé une manœuvre du gouvernement destinée à faciliter la victoire du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan lors des prochaines élections, prévues en 2028.

«L'AKP sait qu'il ne peut plus remporter d'élections démocratiques. Il sait que le peuple turc ne veut plus de lui», avait-il estimé.

Bien que M. Özel ait fait appel de cette décision, la Cour suprême n'a pas pu examiner son recours avant sa suspension pour les vacances d'été, ce qui a déclenché sa décision de créer un nouveau parti.

«Une chemise de feu»

La décision du tribunal d'Ankara a annulé l'élection à la tête du CHP en 2023 en raison d'allégations d'achat de voix, une mesure largement perçue comme une manœuvre politique visant à faire taire les opposants d'Erdogan.

Dans son dernier discours aux parlementaires lors de la réunion hebdomadaire du groupe du CHP mardi, M. Özel a déclaré que la Turquie se trouvait à «un carrefour historique».

«Nous ne renonçons pas à nos convictions. Au contraire, nous assumons tous un fardeau difficile et risqué pour le bien du pays», a-t-il affirmé, utilisant une expression turque signifiant «revêtir une chemise de feu».

Quelques mois après l'élection de M. Özel à la tête du CHP, le destin de ce parti en difficulté s'est radicalement transformé grâce à une victoire écrasante aux élections locales, où il a largement devancé l'AKP du président Erdogan.

Depuis, le CHP fait face à une pression judiciaire croissante, avec l'arrestation de centaines de ses responsables pour des faits présumés de corruption, dont le maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, considéré comme l'un des rares responsables politiques capables de battre Erdogan dans les urnes.

À ce jour, au moins 27 maires membres du CHP sont incarcérés.

AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire