Le Venezuela entame samedi une négociation qui pourrait mener à une transition politique, avec deux invités à la table, le gouvernement par intérim de Delcy Rodriguez et une partie de l'opposition soutenue par Washington, mais sans la prix Nobel de la Paix Maria Corina Machado.
Ce processus commence sept mois après la capture du président Nicolas Maduro par l'armée américaine. Depuis, son ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez a pris les rênes d'un pouvoir sous fort contrôle du président Donald Trump, qui a encouragé ce dialogue.
Beaucoup d'observateurs espèrent qu'il débouchera sur une transition politique et notamment un calendrier électoral.
Cette semaine, le climat politique a commencé à s'échauffer avec des manifestations dans différents quartiers de Caracas, avec d'un côté une opposition qui réclame des élections, et de l'autre les chavistes (la doctrine d'inspiration socialiste du feu président Hugo Chavez dont Maduro était le successeur) qui n'ont toujours pas digéré l'intervention «yankee».
«Le peuple nourrit l'espoir qu'à l'issue de tout ce processus, nous parvenions à des élections libres et démocratiques», déclare à l'AFP Williams Davila, ancien prisonnier politique de 74 ans et ex-parlementaire, qui a participé mardi à une marche en faveur de Machado.
Dialogue imposé
L'opposition revendique la victoire à la présidentielle de 2024 d'Edmundo Gonzalez, candidat soutenu par Machado, et dénonce une fraude électorale de Maduro.
Depuis l'exil, Machado a promis à plusieurs reprises qu'elle reviendra «bientôt» au Venezuela. Mais elle n'a pas été invitée à participer au dialogue politique, tandis que le président américain Donald Trump a exprimé à maintes reprises sa satisfaction à l'égard du travail de Rodriguez.
Bien que les autorités américaines le nient, de nombreux observateurs estiment qu'il y a un veto américain au retour de Machado.
Le week-end dernier, Machado a pris ses distances avec ce dialogue et a annoncé depuis le Panama, où elle réside désormais, qu’elle n’y participera pas, tout en assurant qu’elle ne s’opposera pas au processus.
«Ils ne peuvent pas exclure Machado, parce que c'est une dirigeante essentielle pour nous tous», estime M. Davila.
Le dialogue sera mené, d'un côté, par Jorge Rodriguez, président de l'Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim, et de l'autre par Dinorah Figuera, une opposante qui a vécu en exil pendant des années. Figuera dirige le groupe de l'opposition qui a remporté la majorité à l'Assemblée nationale en 2015, et dont le résultat avait été invalidé par Maduro.
Washington, en revanche, considère qu’il s’agit d'une représentation légitime.
Les parties n'ont pas donné de détails sur le lieu, le calendrier ni la dynamique de ce processus.
Figuera et Rodríguez ont tenu leur première rencontre publique quelques jours avant le double séisme qui a frappé le Venezuela le 24 juin et qui a déjà fait plus de 5.500 morts. À cette occasion, le département d’État américain avait apporté son soutien à l'initiative de dialogue et a indiqué que des «questions clés» comme la reconstruction des institutions démocratiques, le renforcement de l'organisme électoral et les garanties pour la participation politique seraient à l'agenda.
Tambours et trompettes
Pedro Benitez, analyste politique de l'Université centrale du Venezuela, estime qu'il s'agit d’un dialogue imposé par Washington, car ce dernier a besoin «que soient conclus au Venezuela des accords fondamentaux permettant au pays de se réinstitutionnaliser».
Les pouvoirs publics «sont illégitimes. Ils ne sont pas le fruit de la volonté libre des Vénézuéliens, mais d'une fraude électorale», ajoute-t-il.
Aux pressions américaines et de l'opposition sur le gouvernement de Rodriguez s'ajoute sa base chaviste mécontente de ce dialogue.
Francisco Arias, député du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) fondé par Chavez et dont Maduro était le président, a demandé dans un message sur Instagram qu’il ne s’agisse pas d'une négociation «uniquement approuvée par ceux qui dirigent le gouvernement des États-Unis. Ce doit être une négociation qui soit ensuite soumise au pays, au peuple du Venezuela», a-t-il indiqué.
Mardi, quelques centaines de chavistes se sont également réunis dans le populaire quartier du 23 de Enero.
Le mécontentement va plus loin: «Le gouvernement a accueilli les Américains avec tambours et trompettes, avec des embrassades», alors que ce sont «ceux qui ont tué des Vénézuéliens, ceux qui nous ont envahis», affirme Noel Urbina, fonctionnaire, évoquant les bombardements qui ont fait une centaine de morts le 3 janvier lors de la capture de Maduro.
Carmen Montes, retraitée de 70 ans, foulard rouge, visage de John Lennon tatoué sur un bras, est plus compréhensive: Delcy Rodriguez «vit avec un pistolet (américain) sur la tempe. (…) Nous avons les mains liées».
Par Leticia PINEDA / AFP
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