L'adaptation de L'Odyssée par Christopher Nolan n'est pas seulement un succès au box-office: elle a également déclenché un regain d'intérêt au Royaume-Uni pour le poème épique d'Homère ainsi que pour d'autres œuvres des mythologies grecque et romaine.
Les ventes de L'Odyssée, le livre, ont bondi de 1.400% sur les quatre premières semaines de juillet au Royaume-Uni, coïncidant avec la sortie du film du réalisateur américano-britannique au milieu du mois, selon l'institut Nielsen IQ.
Chez Waterstones, plus grande chaîne de librairies du pays, une traduction du célèbre récit mythologique, réalisée en 2017 par la spécialiste Emily Wilson, a vu ses ventes augmenter de plus de 1.000% par rapport à 2025.
Et elles «augmentent chaque semaine», tout comme celles de «toutes les autres traductions disponibles», selon une porte-parole de l'enseigne.
Parallèlement, NielsenIQ souligne que de nombreux ouvrages liés au même univers mythologique, notamment L'Iliade, autre ouvrage d'Homère racontant la guerre de Troie, avant L'Odyssée, Circé de Madeline Miller (2018) et L'Odyssée de Pénélope de Margaret Atwood (2005), ont également enregistré des hausses de ventes «significatives».
Et les livres audio profitent également de cet engouement: Spotify indique que les recherches de traductions de l'œuvre d'Homère ont bondi de 310%.
Adapté de l'épopée du poète grec du VIIIᵉ siècle avant J.-C., le film de Christopher Nolan suit le long parcours parsemé d'épreuves du héros Ulysse (Odysseus selon le nom anglais fidèle au grec ancien) sur le chemin du retour vers son île d'Ithaque après la guerre de Troie.
Matt Damon et Anne Hathaway y incarnent Ulysse et Pénélope, tandis que Tom Holland joue leur fils Télémaque.
Manque de profondeur
Premier film de Christopher Nolan depuis Oppenheimer, récompensé aux Oscars en 2023, il survole le box-office aux États-Unis, au Royaume-Uni ou encore en France, et a déjà engrangé en deux semaines 640 millions de dollars de recettes mondiales.
«C'est formidable que cela ait suscité un tel engouement» pour le texte originel, se réjouit auprès de l'AFP Richard Kendall, maître de conférences en lettres classiques à l'université d'Exeter.
«Mais il ne s'agit là que d'une nouvelle manifestation» de l'intérêt pour l'œuvre d'Homère et ses «récits passionnants» qui se poursuit maintenant depuis plus de 2.000 ans, car «le public reviendra toujours vers ces histoires», souligne-t-il aussi.
À University College London (UCL), où Christopher Nolan aurait étudié Homère dans le cadre de son cursus en littérature anglaise, Phiroze Vasunia, directeur du département grec et de latin, espère que le «buzz (...) incroyable» autour du film va «entraîner un bond du nombre d'étudiants dans les prochaines années».
«Nous constatons un vif intérêt pour l'œuvre d'Homère parmi nos propres étudiants ainsi que pour nos cours d'été consacrés à Homère», ajoute-t-il.
Mais cette adaptation moderne de l'un des plus anciens récits de l'humanité ne fait pas l'unanimité.
Emily Wilson, dont la traduction saluée par la critique a été louée par Christopher Nolan, a publié cette semaine une critique sévère du film, estimant qu'il «manquait de psychologie, d'émotion et de profondeur éthique et politique».
Le film «manque de nombreux éléments qui font de ce poème une œuvre immense», a-t-elle asséné dans la London Review of Books.
De son côté, l'historienne britannique spécialiste émérite de l'Antiquité Mary Beard a regretté dans le Times que les «énigmes érotiques, l'ironie subtile et les questions fascinantes sur le vrai et le faux» du poème aient été remplacées par «un message hollywoodien plutôt empesé sur le déclin de la civilisation».
Par Joe JACKSON / AFP



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