Mégafeu «contenu» dans le sud-ouest de la France, retour de 40.000 habitants
Bruno, 60 ans, se tient devant son habitation détruite par un incendie, dans le village du Porge, dans le sud-ouest de la France, le 31 juillet 2026, alors qu’un feu de forêt ravage depuis le 22 juillet le massif forestier au nord du bassin d’Arcachon (Gironde). ©ED JONES / AFP

Après neuf jours de lutte acharnée contre un mégafeu qui a dévasté 42.000 hectares de forêt dans le sud-ouest de la France, les pompiers ont toujours vendredi «l'espoir» d'une maîtrise prochaine de l'incendie, ce qui a permis le retour de 40.000 nouveaux habitants évacués.

À la faveur d'une «situation stable» après une nuit à la météo «favorable», la préfecture a autorisé à la mi-journée des retours vers deux nouvelles communes dans le bassin d'Arcachon ainsi que vers les campings de Lacanau. Il s'agit du feu le plus dévastateur en France depuis 1949.

Près des trois-quarts des 224.000 résidents et touristes délogés à titre préventif depuis le début de l'incendie, le 22 juillet, ont donc pu rejoindre leurs habitations dans 12 communes proches de Bordeaux.

Au poste de commandement des pompiers à Lège-Cap-Ferret, les températures ont baissé et l'atmosphère est plus respirable.

«Il y a toujours de l'espoir, on travaille pour, mais je ne peux pas vous garantir que l'incendie sera fixé ce week-end», a déclaré Eric Pitault, officier de communication des pompiers de Gironde.

Là comme dans les casernes de Gironde, une minute de recueillement a été observée pour les deux pompiers morts à Mérignac, près de Bordeaux, sur un virulent feu de forêt survenu la veille du départ du mégafeu actuel.

Chômage partiel étendu

Au total, 3.300 pompiers de toute la France, dont 267 ont été blessés à ce jour, 1.500 militaires, 1.250 policiers et gendarmes, forestiers, agriculteurs et une cohorte de bénévoles conjuguent leurs efforts, épaulés par 24 moyens aériens dont sept fournis via le mécanisme européen de solidarité.

L'Ukraine a annoncé l'envoi en France de 70 secouristes et 15 véhicules spécialisés pour aider à la lutte contre les feux.

Et, sur le terrain, toujours la même solidarité... «On a eu un restaurateur qui nous a donné je ne sais pas combien de crevettes, environ 100 kg», raconte à l'AFP Jean-Pierre, un bénévole.

Selon le ministère de l'Economie, un quart des 82.000 salariés concernés par les évacuations ont pu reprendre le travail dès jeudi.

Le ministre du Tourisme Serge Papin a annoncé une extension, sous condition, du chômage partiel aux saisonniers qui devaient travailler dans une entreprise touchée mais qui n'avaient pas encore commencé leur mission.

Les autorités dénombrent toujours 240 habitations détruites, un bilan à «consolider lors des prochaines visites de reconnaissance» des zones sinistrées par ce feu.

Soulagement également dans le département voisin des Landes, où le feu près de Biscarrosse, qui a brûlé 3.600 hectares, a été déclaré «maîtrisé» jeudi soir.

Bonne nouvelle également pour le trafic ferroviaire SNCF, interrompu le 26 juillet au sud de Bordeaux et qui pourra, après vérification des infrastructures, reprendre samedi.

Et le millésime 2026 s'annonce «préservé des conséquences des incendies», a assuré l'Union des grands crus de Bordeaux (UGCB) qui n'anticipe «aucun impact» sur les raisins ou leur goût.

«Hantise»

Si aucune perte humaine n'est à déplorer, les sauveteurs ont la «hantise» de trouver des animaux morts, qu'il s'agisse des animaux de compagnie (chats, chiens...) que leurs propriétaires n'ont pu emporter avec eux dans l'évacuation d'urgence mais aussi, bien sûr, de la faune sauvage.

«On sait déjà que c'est par millions que les animaux ont été affectés», a souligné sur RMC Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux. «Ceux qui s'en tirent le mieux, si j'ose dire, c'est probablement les cervidés, les sangliers, les chevreuils et les oiseaux», à l'inverse des «batraciens», «reptiles», «renards» et «hérissons».

Il soutient «bien évidemment» la pétition «pas de chasse» car, dit-il, «après la violence du feu, on ne va pas ajouter le plomb à la mortalité».

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.

Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et le Var, des départements qui sont à nouveau en vigilance orange canicule.

Dans le Var, les feux de Brignoles et du massif du Gros Bessillon sont «fixés», et ont parcouru respectivement 130 et 4.500 hectares.

En Haute-Corse, après 18 jours de mobilisation, les pompiers ont réussi à contrôler un incendie qui a dévasté plus de 1.000 hectares de forêt dans la vallée touristique de la Restonica.

Sur la France entière, 308 interpellations ont été réalisées dans des enquêtes sur des départs de feux dont «deux tiers» sont susceptibles d'être volontaires et elles se sont traduites par 33 détentions, a indiqué Laurent Nuñez.

Toutefois, les plus gros incendies de la saison en France sont d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'enquête. Les propriétaires de la parcelle forestière d'où est parti le mégafeu de Gironde ont déclaré à l'AFP avoir porté plainte contre l'entreprise soupçonnée de l'avoir déclenché en débroussaillant même s'ils «étaient dans les règles».

Par Bertille LAGORCE, Damien STROKA, Célia LEBUR et Maxence D'AVERSA / AFP

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