Au-dessus, le soleil brûlant, en dessous, le sol bouillant: au Pakistan, les briquetiers risquent le coup de chaud, pris entre la difficulté innée de leur métier et des conditions météorologiques toujours plus extrêmes.

Les pieds grillés et les poumons tapissés de poussière, les artisans bravent les éléments pour entretenir les flammes de ce four à briques du district de Sheikhupura, au nord-ouest de Lahore, en fourrant du charbon dans les cheminées.

Abid Hussain, l'un des employés du site, dit avoir l'impression de cuire entre deux feux: celui qui lui assure son revenu, et celui de l'impitoyable été, toujours plus torride.

«La chaleur est extrême, sans aucun doute, mais quand on pense aux pressions financières à la maison, on n'a pas d'autre option que de continuer à travailler», se résigne auprès de l'AFP l'homme de 35 ans, couvert de suie.

Sheikhupura est au cœur de cette industrie qui emploie plus d'un million de personnes au niveau national, dans plus de 18.000 fours, selon une étude de la Coalition pour le climat et l'air pur (CCAC) datant de 2018.

Les défenseurs des droits des travailleurs dépeignent un secteur très peu régulé et un métier de plus en plus dangereux à mesure que le réchauffement climatique s'aggrave.

Mais la brique croît aussi à grande vitesse, dans un pays où la construction est en plein boom.

«Je décrirais ces fours à briques comme des lieux de détention», lance Syeda Ghulam Fatima, secrétaire générale du Front de libération du travail servile au Pakistan.

«Les ouvriers subissent la chaleur implacable du soleil brûlant au-dessus de leur tête, tandis que la chaleur intense qui se dégage du four monte sous leurs pieds», dit-elle à l'AFP.

Le Pakistan est l'un des pays les plus vulnérables aux conséquences du changement climatique, selon les experts.

Mme Fatima explique que nombre d'ouvriers sont payés en avance, ce qui les empêche de refuser des missions, même dans des conditions périlleuses, de crainte de tomber dans une spirale d'endettement.

M. Hussain raconte gagner environ 25.000 roupies par mois (90 dollars), à peine de quoi régler son loyer et couvrir les besoins de base de ses enfants.

«Peu importe la situation, que l'on soit malade ou qu'il y ait des soucis de famille, on doit travailler», affirme-t-il. «Si je me repose, nous aurons des problèmes.»

«Sans interruption» 

Néanmoins, un petit espoir d'améliorer les conditions de travail des briquetiers a pointé, avec une initiative du gouvernement du Pendjab visant à réorganiser les fours en zig zag, un système plus moderne qui permet de réduire la pollution de l'air et donc les dangers pour la santé.

Selon les experts, les employés du secteur, en particulier dans des fours traditionnels, sont plus exposés aux maladies telles que les pathologies cutanées, respiratoires et les insuffisances rénales.

«Mais des pauses prolongées ne sont pas possibles (...) qu'il fasse extrêmement chaud, froid, ou qu'il pleuve, le travail doit se poursuivre sans interruption», répond Mujeeb Ullah, le responsable du four de Sheikhupura, insistant sur l'importance de maintenir les températures stables pour la cuisson.

Il assure accorder quelques courtes pauses à ses ouvriers, et leur donner de l'eau.

À l'autre bout du site, un homme accroupi près de rangées de briques pas encore cuites mélange de la boue, la tasse à la main dans des moules en bois. Une tâche épuisante sous un mercure qui dépasse souvent les 40°C.

Pour Muhammad Azeem, un autre briquetier, il n'y a pas d'alternative.

«Quant à la météo, qu'il fasse beau ou mauvais temps, le travail reste le travail, il faut le faire», lâche l'homme de 28 ans.

Sohail Abbas – AFP

Commentaires
  • Aucun commentaire