Comment les Houthis financent leur guerre
Des étudiants se rassemblent pour manifester leur soutien au mouvement Houthi, alors que les tensions avec l'Arabie saoudite s'intensifient, sur le campus de l'université de Sanaa, dans la capitale yéménite Sanaa, contrôlée par les Houthis, le 22 juillet 2026. ©Mohammed Huwais / AFP

Les Houthis ont considérablement intensifié leurs opérations militaires depuis le début du mois d'août, ouvrant plusieurs fronts contre les forces gouvernementales à Marib et Hadramaout et frappant des installations pétrolières saoudiennes à Jizan et Al-Jubail.

Cette escalade ravive la question du financement: onze ans après leur prise de Sanaa, les Houthis ont bâti, sur les décombres de l'État yéménite, un système à plusieurs étages qui a jusqu'ici résisté à des années de sanctions américaines.

Une économie de guerre à l'intérieur du pays

Le dernier rapport du Groupe d'experts des Nations unies sur le Yémen documente la persistance d'un système fondé sur des taxes extractives, des saisies illégales, l'extorsion et la contrebande, malgré les sanctions financières visant le groupe, selon une synthèse publiée par le Sana'a Center for Strategic Studies. 

Les Houthis prélèvent des redevances sur les particuliers et les entreprises, une taxe de vente sur des produits comme les carburants et les cigarettes, ainsi qu'un impôt général sur les importations. Ils captent également une part significative des surplus de bénéfices dans plusieurs secteurs, en particulier la finance, les banques et les télécommunications.

Des médias locaux font état de plus de 220 points de contrôle douaniers internes répartis dans au moins dix gouvernorats sous contrôle houthi, générant entre 65 et 85 millions de dollars par an et faisant grimper les coûts de transport de 25 à 30% en moyenne. 

Selon une analyse publiée vendredi par le média saoudien Al Majalla, fondée sur près de 68.000 licences commerciales délivrées entre 2014 et 2025, les recettes douanières et fiscales collectées en zone houthie ont atteint environ 1,17 milliard de dollars en 2023, et celles de l'autorité de la zakat environ 667 millions de dollars. Ces deux postes ne couvrent toutefois qu'une partie des revenus du mouvement: l'ensemble des recettes perçues dans les zones sous son contrôle, toutes sources confondues, avoisinerait selon la même analyse 3,7 milliards de dollars pour cette même année.

L'extorsion maritime, une arme devenue une rente

Les attaques houthies en mer Rouge, lancées à partir d'octobre 2023 en solidarité avec Gaza, ne relèvent pas seulement d'un calcul idéologique. Selon le Middle East Institute, les Houthis ont exigé des armateurs le paiement d'une redevance pour garantir un passage sûr, une pratique que les experts des Nations unies estimaient, en novembre 2024, à 180 millions de dollars par mois, soit environ 2,1 milliards de dollars par an, un montant supérieur aux recettes gouvernementales du groupe, évaluées à 1,8 milliard de dollars.

Le cas du pétrolier FSO Safer illustre cette logique: les Houthis ont longtemps exploité le risque d'une marée noire catastrophique, chiffré à 20 milliards de dollars de nettoyage, pour obtenir des concessions internationales. Depuis le transfert du navire à l'ONU en 2023, ils l'utiliseraient désormais pour stocker du pétrole russe sous sanctions.

Le réseau extérieur: Iran, sociétés-écrans et sanctions américaines

Le 11 septembre 2025, le département du Trésor américain a annoncé sa plus vaste action de sanctions à ce jour contre les Houthis, désignant 32 individus et entités et identifiant quatre navires. 

Le communiqué détaille la mécanique de captation d'État pratiquée par le groupe: des «curateurs judiciaires» confisquent des biens publics et privés sous prétexte de trahison, comme dans le cas de Shibam Holding, une société immobilière et financière saisie dont les actifs sont estimés à 500 millions de dollars, ou de Kamaran, une entreprise de tabac confisquée en 2017.

Le Trésor évoque également un réseau centré sur Mohammad Abdulsalam, qui superviserait des centaines d'entreprises important du pétrole iranien pour une valeur cumulée d'un milliard de dollars, ainsi qu'un ensemble de fournisseurs chinois de précurseurs chimiques et de composants à double usage, utilisés pour la fabrication de missiles et de drones. Ce dispositif s'appuie enfin sur des sociétés d'armement maritime basées aux Émirats arabes unis et aux Îles Marshall.

La finance numérique, nouvelle frontière du financement

Le 23 février dernier, le Wall Street Journal a publié une enquête fondée sur des documents internes selon lesquelles les équipes de conformité de Binance auraient identifié environ 1,7 milliard de dollars de transferts en cryptomonnaie vers des entités liées à l'Iran entre mars 2024 et août 2025. 

Ces documents évoquent notamment Hexa Whale, une société basée à Hong Kong, qui aurait transféré près de 500 millions de dollars en Tether vers un réseau lié aux Gardiens de la révolution islamique, une partie de ces fonds ayant, selon ces mêmes documents, atteint des portefeuilles associés aux Houthis. 

Binance conteste fermement ces accusations, les qualifiant de «manifestement fausses» et de diffamatoires, et a poursuivi le Wall Street Journal en justice ; le département de la Justice américain a par ailleurs ouvert une enquête. Indépendamment de cette controverse, une analyse du Global Network on Extremism and Technology confirme que le financement numérique des Houthis repose largement sur le réseau TRON et le stablecoin USDT, la société d'analyse blockchain TRM Labs ayant identifié près de 900 millions de dollars de flux sortants sur huit adresses sanctionnées, avec des points de conversion possibles en Russie, en Turquie et au Cambodge. 

Taxation interne, extorsion maritime, contournement des sanctions par la Chine et la cryptomonnaie constituent les quatre piliers d'un système que les pressions occidentales, aussi soutenues soient-elles, n'ont pour l'instant pas réussi à démanteler.

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