A chaque gros incendie, des chiffres très différents sur les hectares touchés circulent, avec souvent une confusion entre les surfaces parcourues par le feu et les surfaces véritablement brûlées, moindres, qui pourront être déterminées une fois le feu éteint.
Les écarts peuvent être importants, souvent de 20%.
Estimations à chaud
Deux sources réalisent ces estimations en cours d'incendie.
Premièrement, le Système européen d’information sur les feux de forêt (Effis) calcule les surfaces brûlées à partir d'images satellites. Après une détection automatique, une personne vérifie et corrige si nécessaire. Par ailleurs, à l'échelle nationale, des «estimations opérationnelles [sont] réalisées par les services d'incendie et de secours», explique à l'AFP le ministère de l'Intérieur. Relayées par les autorités, elles désignent la «zone d'intervention des pompiers», explique Benoît Reymond, expert national incendie à l'Office national des forêts (ONF).
Parfois présentée comme une surface brûlée, il s'agit d'une surface parcourue par le feu. On y trouve «différents niveaux de dégâts, dont des zones épargnées», précise l'expert.
Pour l'incendie de Saumos (Gironde) en 2026, la préfecture a annoncé 42 000 hectares de «surface brûlée» alors qu'Effis l'estime à 37.500 ha.
Mesures précises a posteriori
Pour affiner les chiffres nationaux, une fois l'incendie éteint, «les contours exacts de la zone brûlée sont relevés au GPS, notamment avec l'appui de l'Office national des forêts», précise le ministère.
Les experts de l'ONF analysent des images satellites des zones incendiées, avant et après l'événement, indique Benoît Reymond.
Dès que la végétation (arbres, arbustes et même herbes) a été endommagée par le feu, la surface est considérée comme brûlée. Si nécessaire, «des agents de terrain vont vérifier».
Puis, les données définitives sont intégrées dans la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF). Mais elles ne seront publiées qu'au printemps de l'année suivante. En outre, seuls les feux de forêts sont communiqués, pas les feux agricoles ou d'autres types de végétations.
Ecart de 20%
Mais l'estimation initiale dépasse «souvent d'une vingtaine de pourcents» la mesure finale des surfaces brûlées, estime ainsi l'expert national incendie.
Voire plus, comme à Ribaute dans les Corbières, en 2025, où l'écart était de plus de 50%, soit 11 000 hectares brûlés, quand le préfet avait annoncé 17 000 hectares parcourus.
Deux raisons principales aux écarts : le feu ne brûle pas tout sur son passage et les surfaces parcourues «traduisent une réalité opérationnelle du travail des pompiers», avec parfois plusieurs interventions «dans les mêmes zones» à cause de reprises de feu. Ces surfaces peuvent donc être comptées plusieurs fois.
Forces et faiblesses des sources
Si la source européenne est moins précise en France que la BDIFF, elle présente l'avantage de donner des surfaces brûlées quasiment en temps réel. Elle permet aussi les comparaisons entre pays et de voir les évolutions dans le temps, souligne Benoît Reymond.
Mais elle a certaines limites. Les totaux annuels, nettement supérieurs aux statistiques françaises, incluent des brûlages volontaires et légaux, comme l'écobuage, une méthode de débroussaillement par le feu répandue l'hiver en montagne, et encadrée par les préfectures.
Certaines années, cela peut représenter des surfaces plus vastes que les autres feux. La BDIFF, elle, ne les comptabilise pas, sauf en cas de débordement.
A l'inverse, les feux ne sont pas détectés en cas de forte couverture nuageuse ou s'ils se déclenchent et s'éteignent entre deux passages des satellites. Et dans ses statistiques annuelles, Effis exclut les feux de moins de 30 hectares.
La BDIFF a «aussi ses faiblesses», nuance l'expert de l'ONF: «relativement récente» car lancée en 2006 à l'échelle de la France entière, et liée à un fonctionnement départemental des acteurs. L'historique n'est donc pas parfaitement complet et homogène. Toutefois, il souligne des progrès sensibles depuis 2023.
Le mégafeu de 1949
Benoît Reymond appelle par ailleurs à «faire attention» aux comparaisons avec des feux «plus anciens» mesurés en surfaces parcourues. Ainsi, des photos aériennes ont permis à l'ONF d'estimer la surface brûlée en 1949 par l'incendie de Saucats/Cestas, dans la forêt des Landes de Gascogne, «plutôt à 25.000 ha», bien en deçà des «40 000 à 50 000 ha» parcourus selon les archives.
«En ce sens, le feu de Saumos de cette année pourrait constituer un record absolu de surface brûlée.»
AFP



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