La justice syrienne a condamné Bachar el-Assad à mort par contumace la semaine dernière. L'ancien président, aujourd'hui en exil, doit répondre d'accusations lourdes : meurtre, torture, détention arbitraire et crimes contre l'humanité.
Ce verdict marque une étape judiciaire dans le traitement des années de pouvoir de l'ancien tyran syrien. Il n’est toutefois qu’un épisode dans une série bien plus ancienne, celle des dirigeants arabes tombés en disgrâce et rattrapés, à des degrés divers, par la justice de leur propre pays.
Mohamed Morsi, le président déchu d'Égypte
En Égypte, c'est Mohamed Morsi qui a connu un sort judiciaire comparable. En 2015, l'ancien président islamiste a été condamné à mort dans l'affaire dite de l'évasion de prisonniers, survenue durant les événements de 2011.
Ce verdict, rendu après sa destitution par l'armée en 2013, illustrait la rapidité avec laquelle le premier président élu démocratiquement d'Égypte était passé du sommet de l'État aux bancs des accusés. La sentence n'aura toutefois pas été appliquée : le verdict a été annulé en 2016, laissant l'affaire suivre un tout autre cours judiciaire.
Saddam Hussein, la condamnation exécutée
Le cas de Saddam Hussein reste sans doute le plus marquant par son issue. En 2006, l'ancien président irakien a été condamné à mort dans l'affaire de Doujaïl, du nom de cette localité où une répression sanglante avait suivi une tentative d'assassinat contre lui en 1982.
Contrairement aux autres dirigeants cités, Saddam Hussein n'était pas en fuite : jugé en présence, il a vu sa sentence appliquée le 30 décembre 2006, dans un climat de tensions extrêmes en Irak. Son exécution demeure, à ce jour, l'un des rares cas où une condamnation à mort prononcée contre un ancien chef d'État arabe a été menée à son terme.
Amin al-Hafez, la Syrie des années de plomb politiques
Avant Bachar el-Assad, la Syrie avait déjà connu son lot de dirigeants condamnés après leur chute. Amin al-Hafez, qui avait dirigé le pays durant les années 1960, a été condamné à mort par contumace en 1971, après avoir été renversé et s'être exilé en Irak.
Cette condamnation était le fruit de luttes politiques internes intenses, marquées par les rivalités entre factions au sein du pouvoir syrien de l'époque. Comme pour Bachar el-Assad plus d'un demi-siècle plus tard, la sentence a été prononcée alors que l'intéressé se trouvait hors d'atteinte de la justice de son pays.
Adib Chichakli, un précédent syrien encore plus ancien
Remontant plus loin dans le temps, le cas d'Adib Chichakli illustre que ce phénomène n'a rien de nouveau en Syrie. Président du pays au début des années 1950, il est condamné à mort par contumace en 1957, après sa chute, sur fond d'accusations liées à une tentative de retour au pouvoir.
Comme Amin al-Hafez après lui, Chichakli échappe à l'exécution en demeurant hors du territoire syrien, un schéma qui semble ainsi traverser les décennies dans ce pays.
Il finira néanmoins par être tué, en exil au Brésil, le 27 septembre 1964, alors qu'il traversait un pont entre les villes de Ceres et Rialma, dans l'État de Goiás. Son assassin, Nawaf Ghazalé, un druze syrien, lui tire cinq balles après avoir échangé quelques mots avec lui. Le geste est motivé par la campagne militaire que Chichakli avait menée contre le Djebel druze, la famille Ghazalé ayant compté parmi les plus touchées par cette offensive.
Jugé au Brésil, Ghazalé plaide avoir agi sous le coup d'une forte émotion, un argument qui convainc les jurés et lui vaut d'être acquitté du meurtre.
Un fil conducteur régional
De la Syrie à l'Irak, en passant par l'Égypte, ces cinq trajectoires dessinent un même mécanisme : des dirigeants arrivés au sommet de l'État, puis rattrapés par une justice qui, le plus souvent, ne les atteint que dans l'exil.
Sur les cinq condamnations recensées ici, seule celle de Saddam Hussein a été suivie d'une exécution en application du verdict ; celle de Mohamed Morsi a été annulée, tandis que celles de Bachar el-Assad et d'Amin al-Hafez demeurent, ou sont demeurées, des sentences par contumace sans portée immédiate sur la personne du condamné. Le cas d'Adib Chichakli occupe une place à part : sa condamnation par contumace n'a elle non plus jamais été exécutée, mais l'ancien président n'en a pas moins été rattrapé par une mort violente, assassiné en exil au Brésil en 1964.
Ce constat n'enlève cependant rien à la portée symbolique de ces verdicts : ils actent, sur le plan judiciaire, la rupture définitive entre un ancien chef d'État et le pouvoir qu'il a exercé.



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