Et si un passeport obtenu à des milliers de kilomètres de l’Europe ne permettait bientôt plus d’y entrer sans visa ? C’est le risque auquel sont confrontés les détenteurs des passeports de cinq États des Caraïbes. L’Union européenne envisage de suspendre leur exemption de visa si ces pays ne réforment pas leurs programmes de citoyenneté par investissement, accusés de présenter des failles dans les contrôles de sécurité.
Depuis plusieurs années, ces programmes permettent à des ressortissants étrangers d’obtenir une nouvelle nationalité en échange d’un investissement compris entre 100.000 et 250.000 dollars, selon le pays et le programme choisi. Les candidats peuvent ainsi obtenir la nationalité d’Antigua-et-Barbuda, de la Dominique, de la Grenade, de Saint-Kitts-et-Nevis ou de Sainte-Lucie, et accéder sans visa à plus de 140 pays et territoires, dont ceux de l’espace Schengen, le Japon et Singapour.
Connus sous le nom de CBI, pour Citizenship by Investment (citoyenneté par investissement), ces programmes constituent une source importante de revenus pour les cinq États concernés. À ce jour, plus de 100.000 passeports auraient été délivrés à des ressortissants étrangers.
Devenus de véritables « passeports dorés », longtemps présentés comme une clé ouvrant les portes du monde, ces documents pourraient toutefois voir leur valeur considérablement réduite si Bruxelles décidait de remettre en cause leur accès sans visa à l’espace européen.
L’espace Schengen
Le 30 décembre 2025, l’Union européenne a renforcé son arsenal pour encadrer les régimes d’exemption de visa dont bénéficient certains pays tiers. Un nouveau mécanisme permet notamment de suspendre cette exemption lorsque les programmes de citoyenneté par investissement présentent des risques pour la sécurité européenne.
Les cinq États caribéens sont désormais dans le viseur de Bruxelles. Leurs autorités ont enregistré 13.113 demandes en 2023 et 10.573 en 2024. Mais pour la Commission européenne, les procédures de sélection et de vérification appliquées dans le cadre de ces programmes ne permettent pas toujours d’écarter suffisamment les candidats susceptibles de représenter un risque pour la sécurité européenne.
La Commission pointe notamment le faible taux de rejet des demandes de visa. En 2024, il s’élevait à 1,7 % à Antigua-et-Barbuda, 5,3 % à Sainte-Lucie et 6,5 % en Dominique.
Bruxelles s’inquiète également du manque de transparence de ces dispositifs. Selon l’UE, l’acquisition d’une citoyenneté en échange d’un investissement financier pourrait permettre à certains individus de contourner les contrôles et d’obtenir ensuite un accès sans visa à l’espace Schengen.
D’ici à septembre 2026, les cinq gouvernements devront renforcer les procédures de vérification des candidats à la citoyenneté et exclure systématiquement les personnes visées par des mesures restrictives de l’Union européenne.
Caraïbes: cinq pays, une seule voix
Face aux exigences de Bruxelles, les dirigeants des cinq États concernés se sont réunis le 10 juillet 2026 à Roseau, en Dominique, afin d’examiner les demandes de la Commission européenne et de définir une position commune.
Selon le gouvernement d’Antigua-et-Barbuda, Bruxelles demande aux cinq pays de mettre progressivement fin à leurs programmes de citoyenneté par investissement d’ici au 1ᵉʳ juin 2028. En l’absence de réformes conformes à ces exigences, l’exemption de visa dont bénéficient leurs ressortissants pourrait être suspendue.
Les cinq gouvernements ont décidé d’envoyer une mission diplomatique de haut niveau à Bruxelles afin d’engager des discussions avec l’Union européenne et de rechercher des «solutions équilibrées et durables». Ils souhaitent notamment que toute période de transition s’accompagne de nouvelles sources de financement et d’un renforcement de la coopération économique avec l’Europe.
Le gouvernement d’Antigua-et-Barbuda affirme néanmoins que son programme restera en vigueur pendant les négociations. Il le considère comme une source essentielle de recettes pour le pays et estime qu’il ne peut être supprimé sans alternative économique viable. Les autorités se disent toutefois prêtes à renforcer les mécanismes de contrôle et à poursuivre le dialogue avec la Commission européenne.




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