Huit frappes aériennes israéliennes ont visé mardi la base aérienne militaire d'Abou al-Douhour, dans le nord-ouest de la Syrie, touchant la piste et des installations de stockage. Aucune victime n'a été rapportée.
Selon Reuters, cette base, désaffectée depuis 2013, sert depuis la chute d'Assad de centre d'entraînement pour la nouvelle armée syrienne. Ces frappes surviennent alors que les tensions entre Israël et la Turquie s'intensifient sur le dossier syrien : le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a affirmé le 6 août qu'Israël continuait de menacer la sécurité de la Syrie, tandis que le ministre israélien de la Défense Israel Katz a averti le président turc Recep Tayyip Erdogan qu'Israël n'autoriserait aucune mesure renforçant les capacités militaires syriennes de façon à le menacer, rapporte Reuters.
Début août, la Syrie a mené ses premiers exercices aériens depuis la chute d'Assad avec des chasseurs MiG-21 d'origine russe, un signe, selon la chaîne publique israélienne Kan, d'une accélération des efforts syriens pour reconstruire son aviation.
L'intérêt israélien pour le territoire syrien n'est pas né avec la chute d'Assad. Le plateau du Golan, occupé depuis 1967 et annexé en 1981, fournit environ un tiers de l'approvisionnement en eau douce d'Israël en plus d'offrir un point d'observation dominant sur le sud syrien et Damas. Cette dimension matérielle explique pourquoi Israël a toujours traité cette zone comme non négociable.
Un régime qui brouille les repères
Ce qui a changé depuis 2024, c'est la nature de l'acteur syrien lui-même. Le Washington Institute souligne qu’Israël perçoit à la fois des opportunités et des risques dans la nouvelle Syrie : si Israël et Chareh partagent l'objectif d'empêcher le retour du Hezbollah, l’État hébreu reste préoccupé par le passé militant du président syrien et par le risque de militarisation du sud du pays.
Le Stimson Center va plus loin en affirmant qu'Israël chercherait à maintenir la Syrie faible et fragmentée, à l'inverse de la Turquie qui soutiendrait un État centralisé et fort, une divergence qui structurerait leur rivalité.
L'INSS, un think tank israélien spécialisé dans la sécurité, nuance toutefois cette lecture en décrivant la politique syrienne comme une «neutralité active» : Damas évite l'engagement direct dans la guerre entre Israël, les États-Unis et l'Iran tout en cherchant à se distancer de l'axe iranien.
Le Hezbollah, une menace qui n'a pas disparu
La Syrie reste également perçue comme un corridor potentiel pour le Hezbollah. Selon la Foundation for Defense of Democracies (FDD), des cellules liées au groupe continuent d'opérer sur le sol syrien malgré le départ de la majorité des combattants après la chute d'Assad.
Le 19 avril dernier, le ministère syrien de l'Intérieur a annoncé avoir déjoué un complot d'une cellule liée au Hezbollah dans la province de Qouneitra, impliquant un véhicule civil maquillé pour dissimuler du matériel de lancement de missiles. La FDD note toutefois que Damas a intérêt à réprimer ces réseaux, ouvrant une possibilité de coordination sécuritaire avec Israël.
Mais cette lecture est contestée par le centre de recherche israélien Alma, spécialisé dans les menaces sécuritaires sur les frontières nord d'Israël. Dans une analyse du 24 juin dernier, Alma rapporte des propos attribués par le député du Hezbollah Ali Fayyad à l'ambassadeur turc au Liban, selon lesquels Ankara soutiendrait le «rôle de résistance» du Hezbollah et la Syrie ne céderait pas aux pressions américano-israéliennes pour agir contre l'organisation.
Le centre y voit néanmoins un indice que la rivalité entre la Turquie et l'axe iranien n'est pas absolue : selon son analyse, Ankara chercherait à préserver des canaux avec le Hezbollah quand un objectif commun existe, celui de limiter l'influence régionale d'Israël, sans pour autant renoncer à son rôle de principal parrain du nouvel ordre syrien.
Une fenêtre stratégique, selon le Wall Street Journal
Dans les colonnes du Wall Street Journal, Or Horvitz, ancien lieutenant-colonel du renseignement militaire israélien, note qu’Israël disposerait d'une opportunité stratégique qu'il peine à saisir pleinement : Chareh n'est certes pas un allié d'Israël, mais il est un ennemi du Hezbollah, et son gouvernement, dépendant du soutien occidental et des pays du Golfe plutôt que de l'Iran et de la Russie, aurait besoin de calme sur le front israélien pour consolider son pouvoir.
De plus, selon Axios, les États-Unis ont négocié en juillet un accord impliquant la Syrie, Israël et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour sécuriser et retirer des matières nucléaires d'un site clandestin lié au programme nucléaire de l'ère Assad. Cet épisode démontrerait que, lorsque les intérêts convergent, Israël et le nouveau gouvernement syrien peuvent traiter des menaces sécuritaires concrètes par des arrangements vérifiés et médiés par Washington plutôt que par la confrontation.
L’incontournable dossier druze
Israël a érigé la protection des minorités, en particulier des Druzes du sud syrien, en axe de sa politique syrienne. Selon le Congressional Research Service (CRS), le service de recherche du Congrès américain, Israël aurait largué du matériel, financé et facilité l'entraînement de combattants druzes, bien que certains d'entre eux rejettent toute association avec Israël.
Cette dynamique a atteint un point critique le 20 mars dernier, lorsqu'Israël a frappé pour la première fois depuis juillet 2025 des cibles de l'armée syrienne, en représailles à un affrontement entre forces gouvernementales et groupes druzes à Soueïda. La frappe a suscité une condamnation quasi unanime de la région.
Vers un accord sécuritaire sous pression américaine?
Sur le terrain, la présence militaire israélienne reste substantielle. Une source onusienne citée par l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (EUAA) recensait onze positions de l’armée israélienne sur le Golan en avril, dont huit dans ou à proximité de la zone de séparation de Qouneitra.
Cette réalité contraste avec les négociations en cours : le 26 juillet dernier, Chareh a annoncé, dans un entretien à Al Jazeera, que Damas travaillait à un accord sécuritaire avec Israël, sans renoncer à sa revendication sur le Golan.
Selon le CRS, l'émissaire spécial américain Tom Barrack médiatise ces discussions, qui pourraient inclure une démilitarisation du sud syrien en échange d'un retrait israélien des zones occupées depuis 2024.




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