Dans un Israël polarisé, la crainte de la violence politique en amont des élections
Le président israélien Isaac Herzog accorde une interview à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 16 mars 2026. ©Olympia De Maismont / AFP

Intimidation, port d'armes, vandalisme: les avertissements se multiplient en Israël face au risque de flambée de la violence à l'approche des élections législatives d'octobre, alors que le clivage entre partisans et opposants du Premier ministre Benjamin Netanyahu s'accentue.

Ces dernières années, le pays a été secoué par des manifestations massives contre la réforme judiciaire du dirigeant israélien, puis contre la poursuite de la guerre à Gaza et l'impasse des négociations relatives aux otages.

L'offensive dans l'enclave palestinienne connaît depuis une accalmie et les otages sont rentrés chez eux, mais les tensions politiques ne se sont pas résorbées.

En juillet, les locaux de Haaretz et de Channel 12 News, des médias critiques du gouvernement, ont été vandalisés. Sur place, l'auteur des faits a laissé un mot dans lequel il menaçait de réitérer, en lançant cette fois une brique au visage des journalistes.

Le président israélien, Isaac Herzog, a mis en garde fin juillet contre «la résurgence de la violence» et rappelé que les élections censées se tenir le 27 octobre «n'étaient pas une guerre civile».

«Ne faites pas de vos rivaux des ennemis», a-t-il lancé lors d'une allocution télévisée.

Le chef d'État a ajouté que le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, l'avait informé de «différentes menaces pesant sur l'intégrité des élections, tant internes qu'externes».

Menaces internes

Ses inquiétudes sont partagées: un récent sondage de l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS) relève que près de 39% des répondants considèrent la possibilité d'un «violent conflit entre des groupes sociaux» comme la plus grande menace pesant sur Israël, juste devant «l'acquisition d'une arme nucléaire par l'Iran».

Cette peur de la violence politique est nouvelle en Israël, note Yuval Eylon, chercheur à l'INSS et auteur de ce sondage.

Depuis la fondation de l'État en 1948, «nous avons eu le sentiment d'être confrontés à des menaces extérieures, mais nous étions convaincus de pouvoir y faire face, car notre société était forte», explique-t-il à l'AFP.

Mais la population craint désormais que «si un groupe l'emporte, l'autre ne se sente plus chez lui en Israël», avance M. Eylon, qui voit dans cette polarisation un risque d'affaiblissement face aux menaces extérieures.

Certains accusent ouvertement le gouvernement d'attiser les tensions.

Le député Ofer Cassif, membre du parti communiste arabe et juif Hadash, craint que les partisans de l'opposition et les citoyens arabes, qui représentent plus de 20% de la population israélienne, soient victimes d'actes d'intimidation de la part de la police et de «milices armées privées».

«Il suffit que (des malfrats armés) soient présents pour que les gens les voient et se disent: +Bon, si c'est comme ça, je ferais mieux de ne pas aller voter+», a-t-il affirmé à l'AFP.

Depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023, plus de 200.000 permis de port d'armes ont été délivrés à des civils sous la houlette du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Une façon, selon les détracteurs de ce responsable d'extrême droite, de s'assurer la loyauté de ses soutiens.

Violence du gouvernement

Selon Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en science politique à l'université de Bar-Ilan, la violence est plus susceptible d'émaner du gouvernement à l'encontre de ses opposants que d'affrontements directs entre des groupes rivaux.

Par le passé, les membres du gouvernement de M. Netanyahu ont déjà félicité des individus ayant intimidé leurs concitoyens arabes, comme le militant d'extrême droite Mordechai David, qui a harcelé pendant des mois la journaliste arabe israélienne Lucy Aharish devant son domicile.

Mme Shpaizman a aussi mis en garde contre une possible répétition de l'assaut du Capitole américain par les partisans du président Donald Trump, le 6 janvier 2021, après l'annonce de sa défaite électorale.

«Depuis plusieurs mois, le Likoud et M. Netanyahu (...) préparent le terrain pour pouvoir affirmer que les élections ont été truquées. M. Netanyahu a pris exemple sur Trump (...). Si on le répète suffisamment souvent, les gens finiront par y croire.»

Par Gianluca PACCHIANI / AFP

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