Cinq ans après la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan, les droits des femmes ne cessent de reculer. D’interdiction en interdiction, les Afghanes ont été peu à peu effacées de l’espace public, et sont de plus en plus nombreuses à rester recluses à la maison.
Selon un rapport d'ONU Femmes daté d’août 2026, une femme afghane sur deux ne quitte pas son foyer plus de deux fois par mois. Plus de la moitié affirment ainsi éviter complètement les espaces publics, tels que les marchés et les établissements de santé, et près des trois quarts déclarent ne pas se sentir en sécurité lorsqu'elles sortent de chez elles sans un mahram, ou tuteur masculin.
Si la situation sécuritaire s'est améliorée depuis le retour des Talibans au pouvoir, cette amélioration ne s'est pas traduite par davantage de sécurité pour les femmes. En effet, avec le démantèlement des lois et des services de prévention et de lutte contre la violence, les femmes et les filles encourent un risque accru de violence.
Or, toujours selon ONU Femmes, les femmes ont quatre fois moins de chances que les hommes d’avoir accès à la justice. Résultat : beaucoup d’Afghanes se retrouvent sans recours sûr pour faire valoir leurs droits, obtenir une protection ou dénoncer les violences.
Éducation et autonomie économique sacrifiées
Depuis septembre 2021, les filles afghanes n’ont pas le droit d’accéder à l’enseignement secondaire. Mais plus grave encore selon l’UNESCO, près de 30% d’entre elles ne franchiront même pas le seuil de l’école primaire. En cause : la pauvreté, les normes de genre restrictives et les problèmes de sécurité.
Les enfants sont en effet de plus en plus chargés de contribuer aux revenus du ménage et les filles sont mariées de plus en plus précocement. En 2023, selon ONU Femmes, près de 30% des filles afghanes de moins de 18 ans étaient mariées, dont 10% avaient moins de 15 ans. Face aux nombreuses bouches à nourrir, les mariages précoces de petites filles constituent en effet pour certaines familles une stratégie de survie.
En conséquence, 78% des jeunes Afghanes ne sont ni scolarisées, ni employées, ni formées. Selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) daté d’avril 2025, seulement 7% des femmes ont un emploi, contre 84% pour les hommes. Les Talibans ont interdit aux femmes de travailler dans plusieurs secteurs tels que la fonction publique, les ONG nationales et internationales et les salons de beauté.
Ces mesures contraignent de nombreuses femmes à prendre des emplois précaires et mal rémunérés dans l’économie informelle. Cela les empêche également de s’autonomiser, alors que moins de 7% d’entre elles possèdent un compte bancaire ou utilisent un service de paiement mobile.
De nouvelles mesures contre les droits des femmes
Depuis 2021, les Talibans se sont employés à restreindre de plus en plus les droits des Afghanes, faisant de l’Afghanistan le pays où les restrictions visant les femmes sont les plus importantes au monde. Et ces restrictions ne se sont pas arrêtées là : les nouvelles autorités afghanes ont pris de nouvelles mesures en 2026 pour restreindre toujours plus les droits des femmes et des filles.
Le décret nᵒ 12 supprime ainsi l’égalité entre les hommes et les femmes devant la loi, limitant l’accès des femmes à la justice et conférant aux maris une autorité légale sur leurs épouses. Les violences conjugales ne sont en outre plus criminalisées, sauf lorsqu’elles entraînent des blessures physiques graves et visibles.
Le décret nᵒ 18, quant à lui, rend beaucoup plus difficile pour les femmes de quitter leur conjoint, tout en préservant le droit unilatéral des hommes au divorce. Il autorise également implicitement le mariage d’enfants.
La loi pour la propagation de la vertu et la prévention du vice, promulguée le 22 août 2024, permet une application stricte de ces nouvelles mesures, car elle donne au ministère éponyme de larges pouvoirs de surveillance sur la vie sociale et privée des Afghans et renforce les prérogatives de ses agents pour sanctionner les comportements jugés non conformes à la charia.
Selon l’ONU, depuis 2021, les autorités ont adopté plus de 100 décrets visant les femmes et les filles, institutionnalisant leur discrimination et limitant leurs droits fondamentaux.
Ces restrictions ne se limitent pas à la vie sociale ou professionnelle des Afghanes. Elles ont également des conséquences directes sur leur accès aux soins.
Un accès aux soins de plus en plus réduit
Depuis l’arrivée des Talibans au pouvoir, les Afghanes peinent à accéder aux soins de santé. Une situation qui risque de s’aggraver dans les années à venir, notamment en raison de l’interdiction faite aux femmes d’étudier la médecine. En effet, en raison de règles restreignant la pratique médicale par des hommes, de nombreuses femmes ne peuvent se faire soigner en l’absence de personnel soignant féminin.
Cette pénurie croissante de personnel soignant féminin, conjuguée à un accès limité aux médicaments et à la réduction de l’aide internationale, entraîne une augmentation de la mortalité maternelle et néonatale. L’Afghanistan détient l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, avec le septième taux le plus élevé au niveau mondial.
Le confinement à domicile de nombreuses Afghanes a également un impact sur leur santé mentale. La perte de droits et d’opportunités, ainsi que l’isolement de la vie communautaire, ont contribué à une augmentation de l’anxiété, du désespoir et du sentiment d’impuissance chez les femmes. Selon ONU Femmes, sept Afghanes sur dix qualifient désormais leur santé mentale de « mauvaise » ou « très mauvaise » et près des deux tiers affirment que leur vie est devenue pire que ce qu’elles avaient imaginé avant la prise de pouvoir des Talibans.



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