À Athènes, les contrôleurs aériens à bout de souffle face au boom touristique
À Athènes, l’explosion du trafic aérien met les contrôleurs à rude épreuve, sur fond de manque de personnel et d’infrastructures vieillissantes. ©Wikipédia Licensable

Sur les écrans, les petites flèches vertes s'accumulent. Chacune représente un avion, une compagnie, une trajectoire de vol dans le ciel grec. Dans cette salle de l'aéroport d'Athènes, où les contrôleurs aériens surveillent l'ensemble du trafic de l'espace aérien grec, la haute saison est un vrai casse-tête.

«Regardez ce ciel, c'est du délire, il n'y a plus de place pour aucun avion!», lance Olga Toki, vice-présidente de l'Association des contrôleurs aériens de Grèce.

Le 18 juillet, 5.082 vols ont circulé dans l'espace aérien du pays, un record selon l'aviation civile grecque. Hors saison, le nombre d'avions dans le ciel grec ne dépasse pas les 1.500.

Au pic de la saison, le tourisme met à rude épreuve les infrastructures aériennes grecques vieillissantes.

Le 4 janvier, une panne majeure du système de communication des contrôleurs aériens avec les avions avait déjà révélé leurs faiblesses au grand jour.

Les contrôleurs voyaient les appareils sur leurs écrans mais ne pouvaient plus entendre les pilotes, ni leur parler. L'espace aérien grec avait été fermé pendant plus de deux heures, provoquant le chaos, avec annulations en cascade et déroutements vers les pays voisins.

Radar en berne

Suite à cette panne, une rénovation des infrastructures d'environ 300 millions d'euros avec l'installation de nouveaux systèmes numériques de communication avait été annoncée. Ces équipements ont commencé à être installés mi-août.

Mais le radar de l'aéroport de la capitale, datant de 1999, n'a toujours pas été remplacé alors que le contrat a été signé.

La Commission européenne a également saisi la Cour de justice de l'Union européenne, reprochant à la Grèce de ne pas avoir mis en place, depuis 2020, les mesures nécessaires visant à améliorer les procédures de navigation suivant les dernières normes.

Le trafic dans l'espace aérien grec est d'environ 40% supérieur à 2019, d'après l'organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne Eurocontrol.

Dans la salle de contrôle, la carte de la Grèce est découpée en dix zones, chacune gérée par un contrôleur accompagné d'un assistant. «En période estivale, nous manquons cruellement de personnel», regrette le chef de garde, Giorgos Stamoulakatos.

«Nous sommes 154 contrôleurs aériens, il en faudrait 250», estime-t-il. Des recrutements ont bien eu lieu - 92 en 2025 et 77 en 2026 - mais les nouveaux arrivants doivent être formés pendant cinq ans.

Efforts «surhumains»

Areti Anastopoulos, contrôleuse aérienne depuis plus de 30 ans, aide les pilotes en approche à positionner leur avion en file indienne avant de toucher le tarmac.

Sa voix rauque est familière aux pilotes du ciel grec. Ses coups de gueule aussi.

«Normalement, nous guidons une vingtaine de pilotes dans un laps de temps d'une heure. Mais actuellement, quarante sont dans la file d’attente. Forcément, les retards s'accumulent», déplore-t-elle.

«Trente-trois avions ont atterri en une heure. Notre limite est censée être 28!»

Plus d'une fois, elle a dû ralentir ou modifier les trajectoires d'appareils pour éviter des accidents.

«Ce que nous faisons ici est une tentative surhumaine pour la sécurité de tous», affirme-t-elle.

La pression ne vient pas seulement des touristes. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, environ 300 vols supplémentaires traversent chaque jour l'espace aérien grec, près de 6% du trafic quotidien, selon Eurocontrol.

«En plus des vols de ligne, nous surveillons les incursions d'avions et drones turcs. La position géographique de la Grèce augmente notre charge de travail», constate Mme Toki.

1.000 minutes

Les équipements vétustes, le manque de personnel, mais aussi les contraintes de capacité de l'aéroport d'Athènes sont les principales raisons des retards enregistrés cet été, selon Eurocontrol.

D'après l'organisme continental, le retard moyen par vol en Grèce a atteint 2,14 minutes entre mai et mi-août, un chiffre en hausse de 55% sur un an. La France affiche de son côté les plus grands retards en Europe avec 2,21 minutes en moyenne.

Selon M. Toki, «environ 1.000 minutes de retard (accumulé) par jour sont enregistrées».

«Ces mesures (...) ne doivent pas être assimilées à l'expérience globale du passager dans les aéroports grecs, ni interprétées comme le temps moyen de retard auquel chaque vol est confronté», temporise l'aviation civile grecque.

Dans l'aérogare, José Lopez est arrivé de Barcelone avec 30 minutes de retard ce jour-là. «Ce n'est pas choquant en plein mois d'août. J'ai déjà fait l'expérience de retards bien pires», relativise-t-il.

Christos, voiturier dans un grand hôtel athénien, est plus contrarié. «Les retards sont plus nombreux que l'année dernière. Il m'est arrivé d’attendre jusqu'à sept heures pour des clients américains».

L'an dernier, l'aéroport d'Athènes a accueilli près de 34 millions de passagers - 6,7% de plus que l'année précédente -, pour une population d'environ 10 millions d'habitants en Grèce.

Pour absorber la demande et éviter les retards, la compagnie nationale grecque Aegean Airlines dit avoir dû utiliser cet été «plus d'avions de grande capacité», et «éviter les heures de pointe».

«Le tourisme est notre plus-value en Grèce», reconnaît la contrôleuse Anastopoulos. «Mais plus d'avions sans plus d'investissements, ce n'est pas possible.»

Par Marina RAFENBERG / AFP

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