Côté russe comme côté ukrainien, ils sont des milliers d’étrangers à s’être engagés pour combattre dans une guerre qui ne les concerne pas. Appât du gain, coopération bilatérale ou véritable conviction idéologique : les raisons de leur engagement sont multiples.
Mais une chose est sûre : leur décision de s’engager dans un combat au péril de leur vie est particulièrement lourde de sens. C’est notamment le cas de Bradley Townsend, un Britannique de 33 ans qui aurait été tué par un drone le 10 juin dernier dans l’est de l’Ukraine, alors qu’il combattait pour la Russie. L’annonce de sa mort n’a toutefois été largement rapportée que lundi.
Dans une vidéo publiée sur YouTube début avril, il se décrivait comme « un jeune homme ordinaire issu de la classe ouvrière » du nord de l'Angleterre. Il expliquait alors les raisons de son engagement aux côtés de la Russie : « j'ai juste vu des assassinats commis par l'Occident. Nous avons envoyé de l'argent, des (missiles) Storm Shadow. Tout cela s'est accumulé ».
Sur place, il a rencontré deux autres compatriotes : Aiden Minnis et Ben Stimson. Tous deux ont évoqué la mort de Bradley Townsend en juin sur les réseaux sociaux. « Son service a été bref mais brillant », a écrit le premier sur X.
Comme lui, des milliers d’étrangers sont morts en combattant pour l’un des deux camps de ce conflit qui dure depuis plus de quatre ans.
Une majorité d’Africains côté russe ?
Selon un responsable de l’OTAN interviewé par BBC News Russian, il y aurait environ 24 000 combattants étrangers au sein des forces russes. Originaires de 44 pays différents, ils seraient cependant majoritairement issus de pays africains, estime le responsable. Plusieurs centaines de ressortissants des ex-républiques soviétiques d’Asie centrale auraient aussi été recrutés par Moscou, selon des médias locaux. Ce chiffre n’inclut cependant pas les combattants ukrainiens originaires de régions comme la Crimée, Donetsk ou Lougansk qui se battent aux cotés des Russes.
Selon une enquête de la BBC datée de juillet 2026, plus de 3 500 étrangers sont morts au combat en Ukraine pour le compte de la Russie depuis le début de la guerre. Ils sont originaires de plus de 40 pays, parmi lesquels l’Équateur, l’Ouganda, les États-Unis, le Vietnam ou encore le Sri Lanka.
Mais la grande majorité d’entre eux (2 304) seraient des soldats nord-coréens tués lors d’affrontements avec les troupes ukrainiennes dans la région russe de Koursk. À partir de l’automne 2024, l’Ukraine et ses alliés avaient dénoncé la présence de milliers de militaires nord-coréens sur le champ de bataille.
Les recrutements d’étrangers ont commencé dès le début de la guerre, d’abord par la société militaire privée Wagner puis par le ministère russe de la Défense. Au début, de nombreux prisonniers étrangers ont bénéficié d’un accord leur proposant d'être libérés en échange de leur engagement dans l’armée. Puis, en 2024, les autorités russes ont considérablement augmenté les primes d'engagement.
Ainsi, selon la BBC, une recrue signant un contrat à Moscou peut se voir promettre environ 30 000 dollars de prime d’engagement, puis un salaire d’environ 3.500 dollars par mois. Si certains étrangers affirment s’être engagés en pleine conscience, d’autres, au contraire, affirment avoir été trompés, pensant pouvoir étudier ou travailler dans le bâtiment ou la sécurité en Russie.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent également les pressions exercées sur les travailleurs migrants originaires d’anciens pays soviétiques et résidant en Russie. Certains se seraient vu proposer une aide pour contester des arrêtés d'expulsion, des interdictions d'entrée ou des demandes de naturalisation en échange de la signature de contrats. D’autres, au contraire, auraient reçu des menaces.
L’Amérique latine en tête côté ukrainien
Selon la médiatrice militaire ukrainienne, Olha Reshetilova, près de 16 000 volontaires étrangers originaires d’au moins 72 pays se battent actuellement aux côtés de l’Ukraine. Près de 40% d’entre eux sont des ressortissants de pays d’Amérique latine, a-t-elle précisé.
Dès le début de la guerre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait appelé « tous les citoyens des pays étrangers qui sont des amis de l'Ukraine » à venir se battre aux côtés de son pays. Puis, en mars 2022, Kiev a créé « la Légion internationale de défense de l’Ukraine ». Peu de temps après, le renseignement militaire ukrainien (GUR) avait estimé que « plus de 20 000 » volontaires de 52 pays avaient « exprimé leur souhait de rejoindre » cette légion.
Cependant, fin 2025, la Légion internationale de défense de l’Ukraine a été dissoute et les volontaires étrangers ont été transférés vers les nouvelles troupes d’assaut ukrainiennes. Selon France 24, l’une des raisons de cette dissolution serait le manque de nouveaux engagements de volontaires internationaux, mais également les nombreuses défections au sein de la Légion. Une autre raison serait son degré d’autonomie jugé trop important par rapport aux autres forces ukrainiennes. Mais cette dissolution ne signifie pas l’arrêt de l’engagement d’étrangers en Ukraine.
En effet, à la mi-juin, Volodymyr Zelensky a déclaré avoir « donné pour instruction de multiplier les possibilités de recrutement de volontaires étrangers dans l'armée ukrainienne, et de nouveaux canaux de recrutement seront mis en place à cet effet ». De son côté, le ministère ukrainien de la Défense a affirmé : « nous ouvrons le marché du recrutement d'étrangers afin de renforcer les unités de combat et de sauver des vies de soldats ukrainiens. Notre objectif est de pourvoir entre 30 et 50 % des postes de soldats d'élite et d'infanterie avec des étrangers ».
En termes de salaire, les volontaires internationaux étaient payés fin 2025 entre 550 dollars par mois pour les soldats éloignés du champ de bataille et jusqu’à 4 800 dollars par mois pour ceux présents sur le front, sans compter d’éventuelles primes. Ces salaires se révèlent attractifs pour certains volontaires étrangers, alors que d’autres se sont engagés par motivation idéologique. S’il n’existe pas d’estimation officielle du nombre de combattants étrangers morts pour l’Ukraine, certaines sources évoquent plusieurs centaines de morts.
Selon France 24, le plus gros contingent latino-américain combattant pour l’Ukraine vient de Colombie. De nombreux soldats colombiens s’engagent en effet pour Kiev en raison de leur faible salaire. Les billets d'avion, l’hébergement et les repas sont payés par l’Ukraine afin d’acheminer ces nouveaux soldats sur place. L’aspect financier constitue ainsi la principale motivation de ces combattants. Mais d’autres, comme le Français Alexis Drion, évoquent des motivations idéologiques.
« À force de regarder les infos, je me disais : qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux ? Et à partir de ce moment-là, je suis devenu assez pro-ukrainien. Je me suis dit, au lieu de rester devant la télé, je vais aller voir moi-même et je vais aller m'engager », explique-t-il dans une interview à France Info.
Peu importe leur motivation, les combattants étrangers sont désormais activement recherchés par la Russie comme par l’Ukraine afin de renforcer leurs forces armées. Qu’ils aient choisi Moscou ou Kiev, ces hommes viennent s’ajouter aux millions de personnes déjà prises dans une guerre qui, depuis plus de quatre ans, dépasse largement les frontières de l’Ukraine.



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