Fin août, les talibans ont adopté une nouvelle loi qui interdit officiellement toutes les manifestations à travers l’Afghanistan. Intitulée Loi sur la police, ou «Qanun-e Shurta», elle comporte cinq chapitres et 53 articles, et a été élaborée sous l’autorité du chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada.
Selon son article 50, «toutes les manifestations sur l’ensemble du territoire afghan» sont interdites. Le texte ne fournit cependant aucune explication supplémentaire, notamment sur de potentielles exceptions.
Il faut dire que cette loi vient s’ajouter à cinq années de répression depuis le retour des talibans au pouvoir, durant lesquelles ils ont systématiquement réprimé les manifestations publiques et ont procédé à des arrestations. De nombreux manifestants ont ainsi été détenus, notamment des femmes qui avaient dénoncé dans la rue les restrictions imposées à leurs droits.
En juin, une manifestation en soutien à des femmes arrêtées pour non-respect des restrictions vestimentaires avait été violemment réprimée dans l’ouest du pays. Deux personnes avaient été tuées par les tirs des forces de l'ordre, selon un groupe d'experts de l'ONU.
«Supprimer toute dissidence»
L'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a dénoncé jeudi une nouvelle étape dans la répression menée par le gouvernement taliban contre toute forme de contestation.
Cette mesure «marque un pas supplémentaire dans les efforts impitoyables des talibans de supprimer toute dissidence», a ainsi estimé la directrice Asie de l’ONG, Elaine Pearson. Ils «craignent la contestation et augmentent donc la répression», a-t-elle ajouté.
Pour Amnesty International, cette loi sur la police est «une attaque de plus contre les droits humains en Afghanistan», l'interdiction de manifester constituant «l'une des mesures les plus choquantes».
La nouvelle loi définit par ailleurs le «crime» comme tout acte qui a été ordonné ou interdit par les autorités talibanes dans les domaines liés à la sécurité et à l’ordre public.
Des pouvoirs élargis
La nouvelle loi sur la police comporte d’autres mesures restrictives envers les Afghans. Elle étend ainsi la durée maximale de garde à vue de trois à dix jours, qui peut ensuite être prolongée si un juge l’ordonne.
La loi interdit aux policiers, sans décision judiciaire, de frapper les personnes arrêtées ou les prisonniers avec des bâtons, des fouets ou des câbles, ainsi que de leur infliger d'autres mauvais traitements. Ces dernières années, de nombreuses accusations de torture et de violences ont été rapportées, notamment dans les prisons des talibans.
En revanche, le texte prévoit que les policiers peuvent mettre en place des mesures disciplinaires pour qu'un suspect se repente, notamment «en leur rappelant Dieu, en les réprimandant ou en employant un langage dur ou intimidant». L’article 41 précise également que les responsables de la sécurité peuvent menacer de mort les personnes accusées de crimes graves.
En vertu de l’article 37, la police est autorisée à utiliser des armes et des explosifs afin de maintenir la sécurité. Le texte précise qu’elle peut utiliser ses armes «en cas de rébellion, de crimes armés contre la sécurité et de conflit armé».
Au-delà du maintien de l'ordre, la nouvelle législation confie également à la police des prérogatives administratives, notamment la délivrance des passeports aux citoyens afghans et la gestion des visas pour les ressortissants étrangers.
Ce texte vient ainsi inscrire dans le cadre juridique une répression déjà largement exercée par les autorités talibanes depuis leur retour au pouvoir. En renforçant les prérogatives de la police et en interdisant toute manifestation, elle réduit encore davantage l'espace laissé à toute forme de contestation en Afghanistan.



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