Un responsable présenté par Israël comme l'un des hommes les plus recherchés du Hamas a été extrait vivant de Gaza-ville mardi, à l'issue d'une opération menée en plein jour par le Shin Bet. La capture de Moueïn al-Arabid relance la question de savoir si Israël change de méthode face aux cadres du mouvement islamiste.
Une arrestation en plein cœur de Gaza-ville
Selon un communiqué du bureau du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, des forces spéciales du Shin Bet et de l'armée de l'air ont interpellé Al-Arabid près de son domicile, dans le secteur d'Al-Katiba, à l'ouest de la ville.
L'opération, menée sous le commandement Sud de l'armée israélienne, a duré plusieurs heures et s'est accompagnée d'une dizaine de frappes aériennes destinées, selon l'armée israélienne, à neutraliser les menaces pesant sur les forces engagées, rapporte Ynet. La Défense civile de Gaza fait état d'au moins quatre morts, dont trois enfants, dans les frappes qui ont accompagné le raid.
Des images diffusées par la chaîne qatarie Al Jazeera, relayées par Ynet, montrent une camionnette blanche d'où des hommes armés ouvrent le feu au moment de la capture.
Qui est Moueïn al-Arabid ?
Netanyahou le décrit comme «l'un des plus hauts responsables du Hamas», chargé de dissimuler et déplacer les otages israéliens, de cacher des cadres du mouvement et de reconstruire ses capacités opérationnelles.
Le ministre de la Défense, Israël Katz, le présente comme le responsable du contre-espionnage et du renseignement interne de l'organisation.
Cette version est contestée côté palestinien. Une source sécuritaire à Gaza, citée par l'AFP, dément tout rôle d'Al-Arabid dans la gestion des otages et affirme que sa mission se limitait à superviser les efforts visant à combattre les collaborateurs d'Israël. Une autre source, interrogée par Al Jazeera et relayée par Ynet, va plus loin en contestant jusqu'à son identité: l'homme capturé serait un officier subalterne, et non le chef de l'appareil de sécurité intérieure lui-même.
Des sources du Hamas et des factions de Gaza, citées par le site égyptien Masrawy, ajoutent qu'Al-Arabid ne se limitait pas à la direction de l'appareil de sécurité intérieure: il siégeait aussi dans un comité chargé de superviser le travail sécuritaire du mouvement et de sa branche armée, les brigades Ezzedine al-Qassam. Ces mêmes sources lui attribuent un rôle dans l'arrestation de dizaines de collaborateurs présumés d'Israël après la découverte d'une précédente infiltration d'une force spéciale israélienne en 2018.
Le déroulé du raid, tel que rapporté par Masrawy, diffère légèrement de la version israélienne: une force spéciale se serait introduite avant l'aube dans une petite villa où résidait Al-Arabid. Deux de ses fils auraient ouvert le feu sur les soldats au moment de l'irruption, qui auraient riposté à courte distance, tuant son épouse et blessant grièvement les deux fils ainsi que deux gardes du corps, avant qu'Al-Arabid lui-même ne soit blessé et emmené. Ce récit reste à traiter au conditionnel, la source restant une attribution générique à des factions palestiniennes non identifiées.
Une opération préparée depuis plusieurs jours
Selon deux sources de terrain citées par le quotidien Asharq Al-Awsat, la force israélienne opérait déjà dans le secteur depuis plusieurs jours avant l'assaut. L'une d'elles précise que le véhicule détruit par l'aviation pendant le retrait appartenait à la force elle-même: laissé sur place au moins deux jours avant l'opération, il aurait servi à des missions de surveillance du domicile d'Arabid.
Le dispositif reposait sur une camionnette et un autre véhicule chargé de légumes en guise de couverture, avant qu'un groupe pénètre dans la maison pendant qu'un second sécurisait les abords. Le retrait s'est ensuite fait à moto et en véhicule, sous couverture aérienne.
Pourquoi une capture plutôt qu'une élimination
Le choix de ramener Al-Arabid vivant plutôt que de l'éliminer par une frappe ciblée n'est pas anodin. Une analyse d'i24NEWS avance que ce choix reflète l'intérêt du renseignement israélien pour ce qu'Arabid pourrait révéler sur la chaîne de commandement restante du Hamas, ses réseaux de surveillance interne et l'emplacement d'autres cadres. L'opération constitue un échec sécuritaire cuisant pour le mouvement, d'autant qu'elle aurait impliqué une coopération avec des milices locales anti-Hamas.
L'AFP précise que ces forces incluaient la milice connue sous le nom d'Abou Shabab, présentée comme le plus grand groupe paramilitaire anti-Hamas de la bande de Gaza. Son fondateur, Yasser Abou Shabab, a toutefois été tué en décembre 2025 dans un règlement de comptes interne selon le Times of Israel. La milice est aujourd'hui dirigée par Ghassan Douhine.
Un précédent vieux de seize ans
Un cas comparable existe dans l'histoire du conflit, mais dans un tout autre contexte. En mars 2010, Israël avait arrêté Maher Uda, un commandant fondateur de la branche armée du Hamas en Cisjordanie, recherché depuis plus de dix ans, lors d'un raid près de Ramallah. L'opération avait été rendue possible par une coopération sécuritaire avec l'Autorité palestinienne, et le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum avait dénoncé une coordination sécuritaire jugée dangereuse avec l'occupation.
Ce précédent reste toutefois d'une nature très différente de la capture d'Al-Arabid: il s'agissait de la Cisjordanie, en période de relative accalmie, avec le concours actif de l'Autorité palestinienne, et non d'un raid mené en plein Gaza-ville pendant un cessez-le-feu contesté et sous couverture aérienne massive.
Depuis le 7 octobre 2023, le mode opératoire dominant d'Israël face aux cadres du Hamas a plutôt été l'élimination par frappe ciblée, ce qui fait de la capture d'Arabid une rupture de méthode observable.




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