Des affrontements au Yémen entre les forces progouvernementales et les Houthis ont fait plus de 120 morts en deux jours, ont indiqué vendredi les deux camps, après le lancement par les rebelles pro-iraniens d'une offensive près du stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Les Houthis ont lancé jeudi une offensive terrestre appuyée par des tirs de roquettes et des attaques de drones près des côtes de la mer Rouge et dans la région de Taëz, plus à l'intérieur des terres.
Une source militaire a accusé les rebelles de vouloir s'emparer de zones bordant le détroit de Bab el-Mandeb, une voie stratégique utilisée pour relier l'Asie à l'Europe via le canal de Suez.
Un responsable militaire en poste sur la rive de la mer Rouge et un autre dans la région de Taëz ont respectivement fait état vendredi de la mort de 24 et 15 membres des forces progouvernementales dans les combats depuis jeudi.
Côté rebelles, au moins 42 combattants ont été tués, selon des sources médicales dans les zones sous le contrôle des Houthis.
Ni les rebelles ni le gouvernement n'ont pour l'heure annoncé de bilan officiel.
Les sources militaires gouvernementales ont indiqué à l'AFP que les rebelles tentaient, dans le cadre de leur offensive, d'isoler la ville portuaire de Mokha -- située au nord du détroit et ciblée depuis plusieurs semaines -- du reste des zones contrôlées par le gouvernement.
Selon ces sources, les Houthis se sont emparés de positions stratégiques sur les hauteurs dominant les positions gouvernementales près de la mer Rouge et la ville d'al-Khokha, sur la côte, ainsi que celle de Taëz.
Ces positions pourraient leur permettre de cibler des navires, ont-elles précisé.
Renforts gouvernementaux
Pour contrer l'offensive des Houthis et tenter de reprendre le contrôle de la zone, le gouvernement a envoyé des renforts à Taëz depuis Aden.
D'après un responsable en poste à Aden, ces renforts ont été mobilisés sur demande de l'Arabie saoudite, alliée du gouvernement yéménite.
Les Houthis ne tiennent aujourd'hui pas de secteurs donnant directement sur Bab el-Mandeb, mais contrôlent la ville portuaire de Hodeida, au nord de Mokha.
Le détroit de Bab el-Mandeb est d'autant plus stratégique pour l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, qu'il est devenu l'unique route maritime accessible depuis que l'Iran verrouille le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février.
En juillet, les Houthis ont annoncé vouloir instaurer un blocus maritime de l'Arabie saoudite, et ont revendiqué depuis plusieurs attaques contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge.
Le Yémen a été le théâtre d'un conflit dévastateur entre forces gouvernementales, soutenues par Riyad, et rebelles houthis entre 2014 et 2022, lorsqu'une trêve est entrée en vigueur.
Il avait replongé dans la guerre en juillet, devenant le dernier pays en date à être entraîné dans le conflit régional au Moyen-Orient.
Des frappes attribuées à Riyad avaient alors visé l'aéroport de Sanaa, aux mains des Houthis, où l'Iran avait envoyé un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation du royaume, qui contrôle l'espace aérien yéménite.
Les rebelles multiplient depuis les attaques contre des sites militaires et des zones contrôlées par le gouvernement reconnu par la communauté internationale.
La guerre au Yémen avait été déclenchée par une offensive des Houthis lancée depuis leur fief du nord du pays près de la frontière saoudienne, lors de laquelle ils avaient pris le contrôle de vastes pans du territoire, dont la capitale Sanaa.
Fragilisé, le gouvernement, réfugié à Aden (sud), avait reçu l'aide en 2015 d'une coalition militaire menée par Riyad.
AFP