Les Américains globalement épargnés par le chômage
Une chaîne de télévision diffuse une intervention du président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, à Jackson Hole, dans le Wyoming, sur le parquet de la Bourse de New York (NYSE), à New York, le 23 août 2024. ©ANGELA WEISS / AFP

Les données sur l'emploi aux États-Unis publiées vendredi montrent qu'il n'y pas péril en la demeure, faisant des hausses de prix le principal souci des Américains à deux mois d'une échéance électorale.

Le chômage est resté inchangé dans la première économie mondiale en août, à 4,1%, dans la fourchette du plein-emploi.

En parallèle, les embauches ont rebondi avec 162.000 créations nettes d'emplois, le triple de ce qu'envisageaient les marchés.

Le nombre d'emplois créés lors des mois de juin et juillet a par ailleurs été révisé à la hausse par le service statistique du ministère américain du Travail.

Le rapport est «bien bien meilleur que ce que à quoi je m'attendais», a déclaré le conseiller économique du président Trump Kevin Hassett sur la chaîne économique CNBC.

C'est d'après lui la démonstration que les politiques gouvernementales portent leurs fruits.

Une mauvaise nouvelle est néanmoins aussi tombée vendredi: le diesel, carburant des poids lourds et tracteurs aux États-Unis, a atteint un niveau record à 5,85 dollars (5 euros) en moyenne le gallon (3,8 litres), selon les relevés de l'association automobile américaine.

Cela signifie mécaniquement une hausse des coûts de production et de transport, et augure des répercussions jusqu'aux consommateurs américains.

Les prix de l'énergie ont bondi depuis le déclenchement par les États-Unis d'une guerre contre l'Iran, Téhéran ayant notamment riposté en bloquant le détroit d'Ormuz, axe maritime majeur pour le transport d'hydrocarbures.

Dans les stations-service américaines, l'essence ordinaire est aussi repartie à la hausse, à 4,15 dollars en moyenne. Cela reste néanmoins inférieur au record pour cette catégorie (5,05 dollars), qui avait également été touché en 2022, selon l'association.

La guerre au Moyen-Orient, impopulaire aux États-Unis, a mis sous pression l'exécutif américain avant les élections de mi-mandat (ou «midterms») programmées le 3 novembre.

Le président républicain avait fait de l'amélioration du pouvoir d'achat une priorité lors de sa campagne victorieuse de 2024.

L'enjeu des taux

Les marchés financiers ont accueilli le rapport avec une pointe d'amertume: ils savent que si l'emploi va bien, la Réserve fédérale (Fed) va se focaliser sur la lutte contre l'inflation.

«C'est une bonne nouvelle pour les travailleurs, pour les gens qui essaient de joindre les deux bouts, mais cela accentue la pression sur la Fed pour qu'elle relève ses taux d'intérêt», a résumé auprès de l'AFP Diane Swonk, économiste du cabinet KPMG.

Selon deux indices officiels, la hausse des prix était de 3,4% (rapport CPI) à 3,7% (PCE) sur un an aux États-Unis en juillet. Le CPI pour août sera connu dans une semaine.

La banque centrale n'a plus touché à ses taux, qui guident les coûts d'emprunt et influent sur la marche de l'économie, depuis décembre 2025.

Mais trois des douze votants se sont prononcés en faveur d'une hausse fin juillet, arguant que l'inflation (supérieure à leur objectif de 2% depuis plus de cinq ans) ne rentre pas assez vite dans le rang.

Depuis, d'autres responsables ont fait savoir qu'ils étaient prêts à voter pour un resserrement monétaire dès leur prochaine assemblée, mi-septembre, si les hausses de prix réaccélèrent.

Ce serait un scénario catastrophe pour Donald Trump, qui réclame sans relâche des taux plus bas pour stimuler l'activité et le marché immobilier.

Il s'est d'ailleurs fendu d'un message menaçant sur sa plateforme Truth Social après la publication des chiffres de l'emploi.

«BAISSEZ LES TAUX OU J'ARRETERAI D'ECHANGER AVEC LES PAYS AVEC LESQUELS ON A UN DEFICIT» commercial, a écrit le chef de l'État.

«Le conseil de la Fed, avec son nouveau grand dirigeant, doit faire preuve de bon sens: SOYEZ PATRIOTES pour une fois», a ajouté M. Trump, qui a récemment propulsé Kevin Warsh à la tête de l'institution.

Par Myriam LEMETAYER / AFP

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