Le Rallye du Liban revient du 10 au 13 septembre pour une 48e édition organisée par l’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL), sous le patronage du président de la République Joseph Aoun. Sur près de 200 kilomètres chronométrés, tous les regards se tourneront encore vers Roger Feghali, recordman de l’épreuve avec 18 victoires et triple tenant du titre. Mais autour de lui, Alex Feghali, Elias Dehni, Bassel Abou Hamdan et plusieurs concurrents du Championnat du Moyen-Orient veulent bousculer une hiérarchie longtemps dominée par le même homme.
Entre duel de générations, enjeu régional et héritage historique, le Rallye du Liban reste l’un des grands rendez-vous du sport automobile national.
Le coup d’envoi officiel sera donné jeudi soir devant la municipalité de Jounieh. Vingt-neuf voitures étaient inscrites à la clôture: 24 pour le Rallye international et cinq pour l’épreuve nationale.
Vendredi, après les vérifications techniques, les équipages passeront par les essais et la qualification à Arsoun avant une première spéciale spectacle de 2,54 km à Kaslik. Samedi, la course se déplacera vers le Batroun avec deux passages à Toula et Deir Bella. Longue de 32,92 km, Toula sera la spéciale la plus importante du week-end par sa longueur. Dimanche, Nahr Ibrahim, Zandouka et Zabbougha trancheront le classement avant le retour à l’ATCL.
Au total, les concurrents parcourront 678,29 km, dont 197,91 km de spéciales chronométrées réparties sur onze secteurs.
Le Rallye du Liban garde aussi une spécificité dans le Championnat du Moyen-Orient: il se court entièrement sur asphalte. Un terrain exigeant, rarement homogène, où l’état de la route, les changements d’adhérence, la chaleur et l’expérience locale peuvent faire la différence.
Dix-huit fois vainqueur, Roger Feghali reste la référence
Depuis son premier succès en 2000, Roger Feghali a remporté le Rallye du Liban 18 fois.
La statistique résume à elle seule l’ampleur de sa domination. Jean-Pierre Nasrallah compte trois victoires. Mohammed Ben Sulayem, aujourd’hui président de la FIA, s’est imposé quatre fois. Nasser Saleh Al-Attiyah a remporté l’épreuve en 2019 et 2022.
Roger Feghali, lui, reste sur trois succès consécutifs, en 2023, 2024 et 2025.
La dernière édition avait été particulièrement serrée. Avant la dernière spéciale, seulement 1,4 seconde séparait Feghali d’Al-Attiyah. Le Libanais s’était finalement imposé avec 9,2 secondes d’avance.
À 52 ans, il repart cette année avec Joseph Matar sur Toyota GR Yaris Rally2. Son copilote possède également un record de poids: onze victoires au Rallye du Liban.
Leur objectif est limpide: décrocher un 19e succès.
Sans Al-Attiyah, le championnat change de visage
Le grand absent de cette édition est Nasser Al-Attiyah.
Son forfait prive Roger Feghali d’un rival majeur, mais il redistribue surtout les cartes au Championnat du Moyen-Orient.
Le Saoudien Hamza Bakhashab, deuxième du classement régional à seulement quatre points du Qatari, peut profiter du passage au Liban pour prendre la tête. Nasser Khalifa Al-Atya, Shaker Jweihan et Zakariya Al-Aamri figurent également parmi les concurrents régionaux à suivre.
Roger Feghali ne marquant pas de points au MERC cette saison, l’épreuve proposera en réalité deux enjeux parallèles: la victoire au Rallye du Liban et la course aux points du championnat régional.
Alex Feghali commence à exister par lui-même
La relève la plus observée reste pourtant celle d’Alex Feghali.
Le jeune pilote arrive sur Škoda Fabia RS avec un succès important en poche: il a remporté le Rallye du Printemps en juin devant Bassel Abou Hamdan et Elias Dehni.
Cela ne permet évidemment pas encore de comparer son palmarès à celui de Roger Feghali. Mais Alex ne se présente plus seulement comme le fils du recordman. Il commence à se construire une trajectoire propre et à rejoindre le groupe des concurrents capables de viser haut.
Le plateau libanais offre aussi une vraie densité. Elias Dehni, troisième en 2025, sera encore là, comme Bassel Abou Hamdan, Joseph Hindi, Tarek Younis, Rodrigue Rahi et Robert Aaraj.
Rhea Dagher et Joanna Hassoun comptent également parmi les équipages libanais engagés.
Une épreuve née bien avant l’ère Feghali
Le Rallye du Liban possède une histoire qui dépasse largement les deux dernières décennies.
L’Automobile et Touring Club du Liban, fondé en 1919, organisait déjà des compétitions routières au début des années 1950. En 1951, José Chidiac lança le «Tour du Liban», une épreuve d’environ 500 kilomètres considérée comme l’un des tout premiers rallyes de la région. Louis «Loulou» Bassoul s’y imposa sur Renault Frégate.
L’épreuve actuelle trouve ses racines directes en 1968 avec le Rallye de Montagne. Cette première édition réunit 57 équipages, dont quatorze étrangers, sur près de 1.100 kilomètres. Jean Bassili et Antoine Slim s’imposèrent sur Renault 10.
Le rallye a ensuite suivi les soubresauts de l’histoire libanaise. Plusieurs éditions furent interrompues pendant la guerre dans les années 1980. L’épreuve ne se disputa pas non plus en 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri, ni en 2020, pendant la pandémie de Covid-19.
À chaque fois, elle a fini par revenir.
Des grands noms internationaux sur l’asphalte libanais
Le prestige du Rallye du Liban s’est aussi construit grâce à ceux qui y ont participé.
Mohammed Ben Sulayem y a signé quatre victoires. Abdullah Bakhashab a gagné en 1996. L’Italien Piero Liatti, pilote du Championnat du monde, s’est imposé en 2001.
Le Français Alain Oreille avait remporté l’édition 1993. Petter Solberg, futur champion du monde WRC, avait terminé deuxième en 1998. Nasser Al-Attiyah, Jean Ragnotti, Sandro Munari, Yves Loubet ou encore les frères Al-Qassimi sont également passés par l’épreuve.
En 1987, le Rallye du Liban intègre le Championnat du Moyen-Orient, avec Mohammed Ben Sulayem comme vainqueur de cette première édition inscrite au calendrier régional.
Dans le même temps, les pilotes libanais ont gardé une place centrale dans l’histoire du rallye, avec Jean-Pierre Nasrallah, Nicolas Amiouni, Tamer Ghandour et, évidemment, Roger Feghali.
Le record peut-il encore tenir?
Cette 48e édition réunit donc plusieurs histoires en une seule.
Roger Feghali vise un 19e succès qui accentuerait encore son record. Alex Feghali cherche à confirmer sa montée en puissance. Elias Dehni et Bassel Abou Hamdan veulent se rapprocher du sommet. Hamza Bakhashab joue, lui, gros au Championnat du Moyen-Orient.
Onze spéciales suffiront pour tout changer.
Depuis 1968, le Rallye du Liban a connu d’autres noms, d’autres voitures et d’autres générations. Il a traversé les guerres, les crises et la pandémie sans perdre sa place dans le paysage sportif.
Mais depuis le début du siècle, une même question revient presque chaque année: qui peut battre Roger Feghali?
En 2026, elle reste toujours ouverte.

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