Les marchés mondiaux encaissent jeudi un nouveau bond des prix du pétrole, qui s'installent au-dessus de 100 dollars le baril provoquant une flambée des taux d'intérêt souverains des États, sur fond de montée de l'inflation dans les grandes économies.
Vers 16H00 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, prenait 5,26% à 106,53 dollars. Son équivalent américain, le WTI, prenait 5,35% à 101,19 dollars.
Le prix du gaz était lui aussi en nette hausse: le contrat à terme du TTF néerlandais, la référence pour l'Europe, grimpait de 3,42%, à plus de 81,95 euros le mégawattheure, au plus haut depuis 2022.
«La situation au Moyen-Orient exerce une pression sur les prix de l'énergie», résume Andreas Lipkow, analyste pour CMC Markets.
Les Houthis du Yémen, des combattants antigouvernementaux soutenus par l'Iran, ont pris jeudi le contrôle de la ville de Mokha sur la mer Rouge, une percée notable dans leur progression vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Ce passage reliant l'Asie à l'Europe via la mer Rouge a gagné en importance pour le commerce d'or noir depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, avec le verrouillage par l'Iran du détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.
Téhéran a de son côté annoncé étendre prochainement, au-delà du détroit d'Ormuz, la zone soumise à une autorisation de navigation. Jeudi matin, l'agence officielle iranienne Irna a fait état de nouveaux bruits d'explosions «venus de la mer».
Les taux flambent, le «spread» franco-allemand au plus haut depuis 2012
Conséquence de cette hausse des prix de l'énergie: une nouvelle flambée des taux d'intérêt de la dette des États, en raison de la montée de l'inflation qu'elle provoque dans les grandes économies.
Aux États-Unis, le taux d’intérêt à échéance trente ans de la dette publique fédérale a atteint jeudi un nouveau plus haut depuis 2007, à 5,35%. À échéance dix ans, il grimpait à 4,92%, contre 4,84% la veille en clôture.
La publication d'un indice des prix à la production (PPI) ayant à nouveau nettement accéléré le mois dernier aux États-Unis, à +5,4% sur un an contre +4,8% en juillet, tiré par un rebond des coûts énergétiques, a alimenté cette dynamique.
En Europe aussi, l'inflation grimpe: la Banque centrale européenne a relevé ses prévisions d'inflation à 2,5% en 2027, contre 2,3% auparavant, à l'issue de sa réunion de politique monétaire délocalisée à Berlin.
Face à cette montée des prix, l'institution a d'ailleurs aussi relevé ses taux, avertissant que les perspectives restaient incertaines, et maintenant la possibilité d'un resserrement supplémentaire.
Son principal taux directeur, sur les dépôts, a été relevé d'un quart de point, à 2,5%, son plus haut niveau depuis mars 2025. Il s'agit de la deuxième hausse cette année.
Dans ce contexte, le taux d'intérêt allemand à échéance dix ans, référence pour l'Europe, grimpait aussi, prenant 0,05 point de pourcentage par rapport à la veille, à 3,50%. Son équivalent français atteignait 4,42%, contre 4,34% la veille.
L'écart de taux entre les deux, baptisé «spread», se hissait à plus de 0,92 point de pourcentage dans les derniers échanges. Si ce niveau ne change pas en clôture, il s'agirait du plus important écart entre ces deux valeurs depuis 2012, en pleine crise des dettes souveraines en Europe.
«Cela met en lumière le prochain défi de la BCE, qui sera de contrôler les +spreads+», relève Neil Wilson, analyste pour Saxo Markets.
Les Bourses mondiales prudentes
Côté actions, les marchés boursiers mondiaux reculent dans ce contexte d'incertitudes grandissantes.
En Europe, Paris a perdu 0,49%, Londres 0,57%, Francfort 0,84% et Milan 0,13%.
Vers 15H40 GMT, l'indice boursier américain Dow Jones cédait 0,50%, l'indice Nasdaq perdait 0,40% et l'indice élargi S&P 500 reculait de 0,39%.
AFP