Les Houthis du Yémen s'emparent d'une île clé au cœur du détroit de Bab el-Mandeb
Une photo prise le 10 août 2018 lors d’un voyage au Yémen organisé par le Conseil national des médias des Émirats arabes unis (NMC) montre des bateaux de pêche yéménites le long de la côte yéménite, dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui sépare la péninsule Arabique de l’Afrique de l’Est. ©Karim Sahib / AFP

Les Houthis, combattants yéménites pro-iraniens, se sont emparés vendredi d'une île clé dans le détroit de Bab el-Mandeb, a indiqué à l'AFP un responsable gouvernemental affirmant qu'ils avaient pris le contrôle du secteur, un passage stratégique reliant l'Europe à l'Asie.

Avec la guerre au Moyen-Orient, qui a vu le verrouillage par l'Iran d'Ormuz, autre détroit stratégique, l'importance de Bab el-Mandeb s'est accrue pour la navigation maritime internationale.

L'avancée des Houthis vers ce détroit cette semaine ainsi que les frappes américaines et iraniennes dans les eaux du Golfe ont fait flamber les cours du pétrole ces derniers jours: le baril de Brent, référence internationale, est passé jeudi au-dessus des 100 dollars, et se maintient vendredi autour de 106 dollars.

«Des bateaux transportant des combattants houthis armés sont arrivés sur l'île de Mayyoun (connue aussi sous le nom de Périm, NDLR) après le retrait des forces gouvernementales hier», a déclaré à l'AFP le responsable gouvernemental, en référence à l'île qui divise le détroit en deux couloirs maritimes.

«Offensive soutenue par l'Iran»

«Les Houthis ont achevé leur prise de contrôle de la zone de Bab el-Mandeb et de l'île de Mayyoun», a-t-il ajouté, s'exprimant sous couvert d’anonymat.

Un témoin a indiqué à l'AFP que des hommes armés «se déployaient le long de la côte de Bab el-Mandeb, circulant à bord de véhicules militaires».

Les pétroliers et navires commerciaux venant d'Asie empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour rallier la mer Rouge puis le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l'océan Indien.

En cas de blocage du détroit, la seule alternative, beaucoup plus longue et couteuse, est de contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Les Houthis avaient pris jeudi le contrôle de la ville de Mokha sur la mer Rouge, dans le cadre d'une offensive lancée la semaine dernière.

Des témoins ont dit avoir vu des combattants houthis entrer dans Mokha, ville portuaire située à 70 kilomètres au nord du détroit, en lançant des slogans contre les États-Unis et Israël, ennemis jurés de Téhéran.

Dans un communiqué, Tarek Saleh, le commandant des forces qui contrôlaient la ville de Mokha, a parlé d'une offensive houthie «planifiée et soutenue par l'Iran».

D'après la même source, les Houthis se sont également emparés de l'île de Zuqar, au nord de l'île de Périm.

L'avancée des Houthis à Mokha et dans des secteurs avoisinants a poussé de nombreuses personnes à fuir vers Aden, la grande ville du sud contrôlée par le gouvernement.

Parti en pleine nuit de Mokha, Mohamed, 46 ans, décrit à l'AFP une ambiance «apocalyptique» dans ce port historique, qui a donné son nom au café moka.

Pour les repousser, l'Arabie saoudite, pays frontalier allié du gouvernement yéménite, a mené des dizaines de frappes depuis mercredi «à l'aide d'avions de combat F-15 et Typhoon», selon ces combattants antigouvernementaux.

Les Houthis contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa, ainsi que la grande ville portuaire de Hodeïda, à quelque 200 kilomètres au nord de Mokha. Mais il ne tenaient pas de secteurs donnant directement sur Bab el-Mandeb.

Ces forces antigouvernementales ont perturbé par le passé le trafic en mer Rouge mais le contrôle des zones côtières près du détroit pourrait leur donner une plus grande marge de manœuvre et leur permettre de «renforcer leur pression maritime», souligne Andreas Krieg, du King's College de Londres.

«Précipice»

Après des années d'accalmie, le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran.

Les Houthis avaient annoncé dans la foulée un blocus maritime de l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, pour qui le détroit de Bab el-Mandeb est devenu une voie de contournement vitale depuis le verrouillage du détroit d'Ormuz. Ils ont également visé des navires pétroliers ainsi que des infrastructures du royaume, notamment une raffinerie.

Les affrontements au Yémen depuis la semaine dernière ont fait des centaines de morts dans les deux camps, principalement des combattants, et jeté sur les routes près de 20.000 personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations.

Les Houthis ont également lancé une vaste attaque cette semaine contre l'Arabie saoudite, tirant notamment mercredi plusieurs missiles balistiques et drones vers des villes du sud du pays voisin.

La situation a fait l'objet d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU jeudi, lors de laquelle l'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé «l'engagement actif de chaque membre de cette instance pour s'éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux».

AFP 

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