Le Parquet national financier a réclamé lundi à Paris des peines de quatre et cinq ans de prison contre Khaled et Ahmed Saleh, deux fils de l'ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh soupçonnés d'avoir investi en France dans de luxueux biens immobiliers, l'argent détourné par leur père.
Un mandat d'arrêt contre les deux héritiers, actuellement à Dubaï, aux Émirats arabes unis, a également été demandé, ainsi que la confiscation des appartements acquis dans le triangle d'or parisien et de plusieurs millions d'euros saisis sur des comptes.
Chargé de la gestion des avoirs en France, Mohamed A., considéré comme «l'investisseur financier» et «le conseiller» d'Ahmed Saleh, voit une peine de trois ans de prison avec incarcération immédiate requise à son encontre.
Une peine de deux ans avec sursis, assortie d'une amende de 50 000 euros, a enfin été demandée contre la «directrice des opérations», Chainez C., ainsi qu'une interdiction d'exercer dans l'immobilier.
L'ancien président Ali Abdallah Saleh, chassé du pouvoir après 33 ans au pouvoir, était «l'un des hommes les plus riches du monde», a rappelé l'un des procureurs, citant le rapport d'un groupe d'experts de l'ONU sur le Yémen, qui a estimé sa fortune entre 32 et 60 milliards de dollars.
De «l'argent sale», blanchi dans une vingtaine de pays, issu de pratiques de corruption «systémiques» et de détournement de fonds publics, ont-ils ajouté, au détriment du développement économique et social du Yémen, l'un des pays les plus pauvres du monde.
Avec un revenu annuel officiel estimé à 15 300 dollars (13. 250 euros), il aurait fallu «plusieurs siècles de salaires cumulés» pour que l'ancien président puisse s'offrir des hôtels particuliers dans le 8ᵉ arrondissement.
Longtemps considéré comme le successeur désigné de son père, Ahmed Saleh, 54 ans, ancien chef de la Garde républicaine, avait été nommé ambassadeur du Yémen aux Émirats arabes unis après la chute du régime, dans la foulée des printemps arabes de 2011 à 2015.
Entendu lors de l'enquête, il a expliqué que l'argent provenait de cadeaux d'autres chefs d'État du Golfe, car «donner et recevoir fait partie de notre culture», a-t-il assuré. «Aucune preuve» de tels cadeaux n'a été apportée, a regretté l'accusation lors de ses réquisitions.
Khaled Saleh, 39 ans, frère cadet d'Ahmed, lui aussi passé par la Garde républicaine yéménite, est présenté comme la cheville ouvrière du système de blanchiment à partir du moment où les avoirs de son aîné ont été gelés par l'ONU.
Au pouvoir jusqu'en 2012, Ali Abdallah Saleh avait été contraint de quitter ses fonctions après plus d'un an de contestation populaire dans le sillage des printemps arabes, avant d'être assassiné en décembre 2017 par des rebelles houthis.
AFP