L'université française doit-elle demeurer quasi gratuite et accessible à tous? Ou plus sélective et payante? L'avenir de l'enseignement supérieur public et de la recherche revient dans le débat public, alimenté par plusieurs rapports recommandant la hausse des frais d'inscription et suscitant l'inquiétude d'une partie du monde académique.

Pour «obtenir des financements à la hauteur des besoins» et dénoncer le «sous-financement chronique» de l'État, une intersyndicale appelle à la mobilisation mardi à Paris et dans plusieurs villes et universités de France.

«On arrive au bout du système», soutient auprès de l'AFP une source proche du ministère de l'Enseignement supérieur. Le ministre Philippe Baptiste lui-même plaide pour que le statut du baccalauréat et les conditions d'accès aux études soient débattus pendant la campagne présidentielle.

Dans les faits, le processus d'orientation post-bac, à travers la plateforme Parcoursup, sélectionne déjà les bacheliers, faute de pouvoir répondre à la demande dans certaines filières.

De plus en plus d'étudiants accèdent aux études supérieures - 1,6 million d'inscrits à l'université en 2024, contre 1,3 million en 2001 - mais le nombre de places dans le public n'a pas suivi cette hausse et le budget des universités est dans le rouge. En 2025, plus de la moitié des universités étaient en situation déficitaire, selon France Universités, qui représente les présidents des établissements.

Comment y remédier? Commandé par le ministère et publié en juin, un rapport recommande, entre autres, aux universités d'augmenter leurs ressources propres, comme par exemple de multiplier par cinq les frais d'inscription, fixés actuellement à 178 euros l'année de licence et 254 euros celle de master. Une telle augmentation dégagerait autour de 1,5 milliard d'euros, selon leurs auteurs.

Une proposition reprise par un autre rapport, issu d'une commission d'enquête sénatoriale sur l'excellence académique présidée par la sénatrice LR Laurence Garnier, proche du candidat à l'élection présidentielle Bruno Retailleau. Les parlementaires de gauche ont voté contre ces conclusions, rendues publiques le 9 septembre.

«L'université française est sélective, mais elle sélectionne trop souvent a posteriori, et par l'échec», pointe Mme Garnier, qui souhaite que les universités puissent choisir le profil et le nombre de leurs étudiants.

«Projet démocratique»

Des syndicats d'étudiants et d'enseignants-chercheurs s'opposent farouchement à ce qu'ils voient comme une privatisation des universités.

«La gratuité des études est au cœur du projet démocratique. Dès lors qu'on veut sélectionner par l'argent l'accès au savoir, on a un immense problème», insiste Bruno Andreotti, professeur de physique à l'université Paris-Cité. «Cette idée de démassification, c'est la pire idée qu'on puisse avoir», soutient-il, attaché au «rôle social» de l'université et des sciences.

Pour proposer une autre vision de l'enseignement supérieur, il coorganise, depuis début septembre, les assises pour l'université et pour la recherche, réunissant des enseignants-chercheurs qui publieront un Livre blanc à l'automne.

Julien Gossa, maître de conférences à l'université de Strasbourg, y participe.

«Si on veut un modèle purement individualiste, oui, il faut augmenter les frais d'inscription et il faut s'attendre à une fermeture d'établissements à court terme. Si on ne veut pas ça, alors il faut que les études soient gratuites et ouvertes à tous, et après, on chiffre», analyse ce spécialiste des mutations de l'enseignement supérieur.

Pour Suzanne Nidjam, présidente de la Fage, première organisation étudiante, qui sera dans la rue mardi, «c'est une question de priorité politique».

«Des milliards d'euros ont été jetés dans un service national universel (dispositif d'engagement citoyen abandonné par le gouvernement, ndlr), des milliards d'euros sont mis sur la conquête de l'espace», énumère l'étudiante, qui promeut l'université comme «service public», «l'inverse d'un modèle qui libéraliserait l'enseignement supérieur».

AFP