Le président turc Recep Tayyip Erdogan, âgé de 72 ans, entend briguer un nouveau mandat dans le cadre d'une élection anticipée en 2028, afin de contourner la Constitution qui l'empêche de se représenter s'il va au terme de son mandat, a affirmé jeudi un de ses conseillers en chef.

Le scrutin «aura lieu le 16 avril 2028 (soit un mois avant la fin théorique de son mandat de cinq ans, NDLR), si la décision d'organiser de nouvelles élections est prise avec le soutien de 360 parlementaires» sur 600, a déclaré devant plusieurs médias Mehmet Uçum, le conseiller du chef de l'État turc pour les affaires juridiques, affirmant qu'il s'agira de son dernier mandat s'il sort vainqueur des urnes.

Le parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) et ses alliés contrôlent actuellement 326 sièges au Parlement turc, mais M. Uçum avait évoqué en juin la possibilité d'une dissolution de l'assemblée en vue de la convocation d'une élection anticipée.

Le chef de l'État pourrait aussi s'adjoindre le soutien de députés d'autres partis dans le cadre de tractations, selon des analystes, ou même entreprendre un projet de réforme constitutionnelle.

Au pouvoir depuis 2003, d'abord comme Premier ministre puis, depuis 2014, comme président, Recep Tayyip Erdogan briguerait ainsi un quatrième mandat.

Dérive autoritaire 

Réélu pour la dernière fois en mai 2023, alors qu'il semblait menacé par la crise économique et l'usure du pouvoir, le chef de l'État turc avait alors promis qu'il s'agirait de son ultime mandat, jurant de confier ensuite le sort du pays «à nos jeunes».

Mais plusieurs de ses déclarations récentes avaient laissé deviner le désir du président turc, qui ne dispose pas d'héritier naturel, de poursuivre.

Le scrutin précédent, en 2018, avait marqué le passage, à la faveur d'une révision constitutionnelle, du système parlementaire à un régime présidentiel où le chef de l'État concentre la totalité du pouvoir exécutif.

Accusé de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016 qui a été suivie de purges massives, M. Erdogan continue d'être perçu par ses partisans comme le seul capable de tenir tête à l'Occident, le seul à pouvoir traverser sans tanguer les crises régionales et internationales.

En 2023, pour sa troisième campagne présidentielle, le chef de l'État avait, comme à son habitude, enchaîné les meetings, jusqu'à trois par jour, pugnace malgré une démarche ralentie et un visage trahissant la fatigue.

L'opposition turque, qui lui avait infligé sa plus sévère défaite lors d'élections locales un an plus tard, est depuis dans le viseur de la justice turque.

Le populaire maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, considéré comme son plus redoutable rival, a été arrêté pour «corruption» en mars 2025, et placé en détention le jour même de sa désignation comme candidat du principal parti d'opposition à la prochaine élection présidentielle.

AFP