Elle a passé 15 ans en exil pour avoir soutenu le soulèvement contre le président Bachar al-Assad. Jeudi soir à Damas, la star syrienne Asala Nasri a fait un retour triomphal sur scène.
Le concert s'est tenu au milieu de strictes mesures de sécurité, des islamistes radicaux ayant orchestré une campagne réclamant son annulation.
«Vous m'avez tellement manqué (...). Combien ai-je rêvé de cette rencontre, et combien ai-je prié que nous nous retrouvions», a affirmé la chanteuse de 57 ans devant des milliers de personnes venues l'acclamer dans un stade de Damas.
«La guérison (de la Syrie, ndlr) ne pourra se produire que par l'art et la musique», a-t-elle lancé.
Dans l'assistance, de petits drapeaux syriens ondulent au rythme de la musique et beaucoup ne retiennent pas leurs larmes.
«Je ne croyais pas que ce jour viendrait», c'est comme «un très beau rêve», confie Sawsan Wadha, 56 ans.
«Nous sommes très heureux que notre pays aille de l'avant», ajoute Lynn Nahas, 40 ans.
Les autorités islamistes, qui avaient renversé le président Bachar al-Assad en 2024, ont salué le retour d'Asala.
«Personne libre»
Le ministre de la Culture Mohammad Yassine Saleh a rejoint l'artiste sur scène, la qualifiant de «fille de Damas», dont le retour est celui de «tout Syrien honnête et toute personne libre».
Asala a été parmi les premiers artistes syriens à proclamer son soutien aux manifestations pacifiques qui ont éclaté en 2011 contre Bachar al-Assad.
Elle avait refusé de prendre part à des événements soutenant le pouvoir, une attitude qui lui a valu sa radiation du syndicat des artistes ainsi que des campagnes médiatiques contre elle.
Elle avait choisi de s'exiler en 2011 et vivait ces dernières années au Caire avec sa famille, tout en poursuivant sa carrière et ses concerts dans plusieurs pays arabes.
La répression sanglante du mouvement a dégénéré en une longue guerre civile qui a fait plus d'un demi-million de morts et morcelé le pays.
Asala a interprété des chansons de son nouvel album, «l'album syrien», qui regroupe 14 titres correspondant au nombre de provinces syriennes, qu'elle présente comme un hommage à la diversité de la Syrie, pays multiconfessionnel et multi-ethnique.
Alors que le pouvoir islamiste tente de réunifier le pays, elle a chanté pour les villes meurtries par la guerre, mais également pour le littoral récemment endeuillé par des massacres d'alaouites ou la région druze de Soueïda, également théâtre de violences communautaires.
La moitié des recettes du concert doit être consacrée à des œuvres caritatives.
Asala était revenue cette semaine à Damas avec sa famille, et un antiquaire de Damas lui avait restitué le oud (luth oriental) de son père, un célèbre musicien, qu'il avait gardé chez lui pendant de longues années.
«Spectacle de débauche»
Avant le concert, des islamistes radicaux avaient lancé une campagne sur les réseaux sociaux contre l'artiste et la tenue de concerts, estimant que c'était contraire aux préceptes islamiques.
Un prédicateur égyptien vivant en Syrie, Hani Dahab, connu sous le nom de «cheikh al-Dhahabi», avait lancé une campagne appelant à «annuler les concerts du péché» et critiqué le ministère de la Culture qui cherche selon lui à «donner au pays une coloration laïque».
Un autre prédicateur salafiste syrien, Abdel Razzaq al-Mahdi, a, lui, qualifié le concert de «spectacle (...) de débauche», tandis qu'un rassemblement de prédicateurs de Damas a demandé au ministre de la Culture de tenir compte de «l'identité religieuse de la société».
Le pays connaît un essor artistique et culturel depuis 2025 parallèlement à l'émergence de prédicateurs et de courants religieux conservateurs dans les lieux publics et les universités, qui fait craindre une restriction des libertés.
La conseillère politique au sein du gouvernement, Farah al-Atassi, a défendu la tenue du concert.
«C'est la Syrie que nous connaissons et qui va se perpétuer, la Syrie qui porte la poésie, le verbe et la pensée qui font partie intégrante de l'identité syrienne», a-t-elle indiqué à l'AFP.
AFP