Le président Emmanuel Macron a dressé vendredi un sombre tableau de la menace «hybride» russe et de la crise des prix du carburant en France liée au conflit au Moyen-Orient, après avoir reçu les candidats à sa succession en 2027, dont plusieurs ont déploré l’insuffisance des aides pour soutenir le pouvoir d’achat.
Face à une colère sociale qui monte, dans un pays où la cheffe de file de l’extrême droite Marine Le Pen est donnée favorite par les sondages pour la présidentielle du printemps 2027, le chef de l’État a martelé devant la presse que l’inflation énergétique était «due intégralement aux guerres et à la situation internationale» que «nous subissons».
«Les mobilisations sociales sont toujours légitimes», mais «lorsqu’elles protestent contre les conséquences de phénomènes qui ne sont pas le résultat de l’action gouvernementale, elles disent une souffrance, mais elles produisent moins une solution», a-t-il ajouté depuis le palais présidentiel de l’Élysée à Paris, appelant ses concitoyens à «rester unis».
Il a demandé au gouvernement d’«évaluer» et si besoin «adapter» les aides ciblées pour compenser très partiellement la flambée du prix à la pompe.
Emmanuel Macron a ajouté que les finances publiques dégradées de la deuxième économie européenne lui liaient largement les mains.
Il a longuement plaidé pour son action internationale visant à «traiter les causes» de la hausse des prix (sécurisation des approvisionnements, recherche de nouvelles routes pour acheminer le pétrole depuis le Moyen-Orient, convocation d’un G7 sur l’énergie...), plutôt que de «dépenser le maximum d’argent», ce qui se traduit «soit en déficit accru, soit en impôts».
Avec un endettement public et un déficit parmi les plus élevés de l’eurozone, la France est prise dans l’engrenage d’une dette de plus en plus coûteuse, au point de faire craindre un effet tâche d’huile au sein de l’union monétaire.
Situation «socialement explosive»
Une réunion à huis clos à l’Élysée avait auparavant permis de partager des informations confidentielles sur ces crises, avec les candidats à la présidence ou leur bras droit.
À la sortie, après 2h45 d’échanges, plusieurs opposants à Emmanuel Macron ont déploré une réponse insuffisante sur les carburants.
Candidat via la primaire sociale-démocrate, Raphaël Glucksmann a appelé à des «aides beaucoup plus massives» pour contrer la hausse des prix des carburants, face à une situation «socialement explosive».
Sans baisse des taxes sur les carburants, il y a «un risque de blocage de l’économie», a estimé Marine Le Pen, depuis l’Aude (sud).
Le prix moyen en France d’un litre de gazole, carburant le plus consommé dans ce pays, a dépassé vendredi 2,39 euros, franchissant ainsi son pic d’avril d’un peu plus de 2,38 euros, selon une analyse AFP à partir des données gouvernementales.
Selon un baromètre publié jeudi, 17 millions de Français de plus de 18 ans sont en situation de «précarité mobilité», soit 37% de la population française majeure.
«Terrorisme d’État»
Emmanuel Macron a par ailleurs prévenu que la «nature de l’agressivité russe et des menaces en Europe change».
La Russie est accusée de mener des opérations hybrides en Europe pour tester les Occidentaux.
Le président français a dit avoir demandé la préparation d’un «plan de protection de nos infrastructures critiques» face à ces attaques ayant déjà touché plusieurs pays. «Nul n’est à l’abri», mais «ça ne restera pas sans réponse», a-t-il averti.
Il a toutefois assuré que cela ne va pas «casser l’effort de soutien aux Ukrainiens», même si certains candidats, dont Marine Le Pen estiment que l’argent manque pour continuer à aider Kiev comme actuellement.
Le candidat Horizons, Edouard Philippe (droite) a affirmé, à sa sortie de la réunion, que le chef de l’État avait été «très clair sur la nécessité de continuer à faire passer des messages à la Russie» sans «rentrer dans une belligérance» avec elle.
Marine Tondelier, la candidate écologiste, a pour sa part évoqué «des raisons d’être très inquiet» concernant les «entreprises de déstabilisation» de Moscou.
«La Russie semble prête à mener des actions sur le territoire européen et à y faire des victime civiles», a-t-elle rapporté, évoquant même une «logique de terrorisme d’État» orchestrée par Vladimir Poutine. «Le terme de terrorisme d’État a été mentionné», a confirmé Raphaël Glucksmann (gauche).
Par Maryam EL HAMOUCHI / AFP