Comptant parmi les oligarques russes les plus connus, Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman sont au cœur de discussions à Bruxelles sur une possible levée des sanctions européennes à leur encontre.

Selon le Financial Times, Paris défend cette mesure à l'égard de M. Ousmanov afin de sécuriser la libération de plusieurs citoyens français détenus en Azerbaïdjan, Alicher Ousmanov étant proche du pouvoir azerbaïdjanais.

Pour sa part, le Luxembourg souhaiterait que les sanctions visant Mikhaïl Fridman soient annulées car ce dernier réclame devant un tribunal près de 15 milliards d’euros au Grand-Duché, soit la moitié de son budget.

Voici ce que l'on sait sur ces deux hommes ayant fait fortune après la dislocation de l'URSS en 1991.

Alicher Ousmanov, métallurgie et télécoms

Selon le classement du magazine Forbes, la fortune d'Alicher Ousmanov, 73 ans, est estimée actuellement à 14,1 milliards de dollars, soit la 221ᵉ mondiale.

Né en 1953 en Ouzbékistan, alors république soviétique d'Asie centrale, il passe six ans en prison, entre 1980 et 1986, dans une affaire de «détournements». À sa sortie, il fait ses premiers profits d'importance en produisant des sacs en plastique, alors rares et demandés en Union soviétique.

Lors des privatisations sauvages des années 1990, il fait fortune en obtenant au rabais des parts de la gigantesque industrie métallurgique post-soviétique.

Longtemps réputé proche du Kremlin, il possède la holding USM, ainsi que MegaFon, l'un des principaux opérateurs téléphoniques de Russie.

Entre 2000 et 2014, il dirige une filiale d'investissement du géant énergétique russe Gazprom.

Il est également connu pour avoir investi massivement, en 2009, dans Facebook, avant de revendre ses parts en 2013, réalisant d'immenses profits.

«Sa participation la plus importante est celle qu'il détient dans le géant du minerai de fer et de l'acier Metalloinvest. Il possède également des parts dans (le géant chinois) Xiaomi ainsi que dans d'autres entreprises des secteurs des télécommunications, des mines et médias», explique Forbes.

Passionné d'escrime, il a présidé la Fédération internationale de cette discipline jusqu'à l'attaque russe contre l'Ukraine en février 2022. Il a été également, jusqu'en 2018, l'un des principaux actionnaires du club de football Arsenal.

Ousmanov a déménagé en 2022 à Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan, où il possède des liens avec le président ouzbek Chavkat Mirzioïev, selon Forbes.

Il a engagé des poursuites juridiques d'ampleur contre les sanctions de l'UE et du Royaume-Uni le visant, à l'instar d'autres oligarques sanctionnés.

Mikhaïl Fridman, le banquier

Né en Ukraine, à Lviv (ouest), en 1964, Mikhaïl Fridman possède une fortune estimée à 16,6 milliards de dollars, selon Forbes, soit la 166e mondiale. Il a les nationalités russe et israélienne.

Avec deux camarades d'études, les futurs oligarques Alexeï Kouzmitchev et German Khan, il se lance dans les affaires à la fin des années 80, profitant de la libéralisation économique entamée par Mikhaïl Gorbatchev.

Après l'effondrement de l'URSS, il se bâtit une grande fortune grâce à la banque Alfa Bank, qui est toujours l'une des principales de Russie et se trouve elle-même ciblée par les sanctions européennes.

En 1996, Mikhaïl Fridman était l'un des sept banquiers-oligarques qui avaient agi pour faire réélire le président Boris Eltsine.

Après l'avènement de Vladimir Poutine, qui a soumis les oligarques sur le plan politique, il a pu faire fructifier un empire, le conglomérat Alfa Group, allant des hydrocarbures à la banque, en passant par les télécoms ou la distribution.

En 2003, Fridman avait créé une coentreprise avec le géant britannique des hydrocarbures BP grâce à «ses connexions au Kremlin», selon Forbes. Il a revendu ses parts en 2013, obtenant 5,1 milliards de dollars.

En 2013, il a cofondé une importante société d'investissement au Luxembourg, LetterOne, dont il a quitté le conseil d'administration en 2022 après avoir été visé par des sanctions européennes.

En 2024, il a entamé une procédure d'arbitrage, exigeant du Luxembourg le paiement de près de 15 milliards d'euros de compensation financière pour les dommages causés par le gel de ses avoirs du fait des sanctions.

Il est également sous le coup de sanctions des Etats-Unis et du Royaume-Uni qui le privent de ses propriétés à Londres, en particulier un manoir victorien estimé à 100 millions de dollars, indique Forbes.

Lui conteste toutes ces mesures et affirme n'avoir aucun lien avec le Kremlin.

AFP