À la tribune de la 81e Assemblée générale de l'Onu mardi, le président français Emmanuel Macron a dénoncé les agissements israéliens en Cisjordanie, avant de lancer : «Au nom de quoi ? Le Hamas n'a jamais été très actif en Cisjordanie». 

La réponse du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est tombée dans la soirée. «L'absurdité grotesque des propos d'Emmanuel Macron est sidérante», a-t-il déclaré. Le communiqué rappelle la mort dimanche, à la veille de Yom Kippour, de Netanel Shukrun, citoyen français et père de six enfants. Selon le site israélien Ynet, il a été tué lors d'une attaque près de la source d'Ein Re'iya par Qadri Samara, présenté par Israël comme membre du Hamas. 

Un responsable diplomatique français a précisé au Times of Israel que le président voulait dire que le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie. L'incident s'ajoute à une relation déjà tendue, Emmanuel Macron ayant mené l'an dernier l'initiative occidentale de reconnaissance d'un État palestinien.

Un mouvement né aussi en Cisjordanie

Le Hamas s'est imposé en décembre 1987, au début de la première intifada, un soulèvement qui a touché la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est, rappelle le Middle East Institute. Le mouvement islamiste a commis son premier attentat-suicide en avril 1993 au carrefour de Mehola, dans la vallée du Jourdain, quelques mois avant les accords d'Oslo. 

Durant la seconde Intifada (2000-2005), il a multiplié avec d'autres factions les attentats-suicides contre des civils israéliens. L'attentat du Park Hotel de Netanya, en Israël, a fait 30 morts en 2002 et a conduit l'armée israélienne à lancer l'opération «Rempart» contre les infrastructures armées de Cisjordanie. 

Le poids politique du mouvement s'est confirmé en janvier 2006, lorsque sa liste «Changement et Réforme» a remporté 74 des 132 sièges du Conseil législatif palestinien, un scrutin organisé en Cisjordanie comme à Gaza, souligne le Washington Institute for Near East Policy.

Vingt ans sous pression

La prise de Gaza par la force en 2007 a changé la situation du mouvement en Cisjordanie. Dans une analyse publiée par le Washington Institute, Nasser Khdour, chercheur à l'Armed Conflict Location & Event Data Project, explique que l'Autorité palestinienne a depuis multiplié les arrestations de militants, tari les financements du Hamas, fermé ses associations caritatives et réduit son emprise sur les mosquées.

L'attaque du 7 octobre en a donné la mesure. Le Washington Institute note que la population cisjordanienne ne s'est pas soulevée comme l'espérait la direction du Hamas. Quant à l'International Crisis Group, il estimait en décembre 2025 que le Hamas et les autres groupes armés pèsent bien moins en Cisjordanie que dans la bande de Gaza.

Des réseaux pilotés de l'extérieur

Affaibli sur le terrain, le mouvement tenterait d'agir à distance, selon le service de sécurité intérieure israélien (Shin Bet). En juin, il a annoncé avoir déjoué des dizaines d'attaques commanditées depuis la Turquie par un réseau dirigé par Mahmoud Radwan, rapporte le Times of Israel. D'après la Foundation for Defense of Democracies (FDD), qui s'appuie sur ces accusations, la plupart des membres de cette cellule ont été libérés en 2011 lors de l'échange du soldat Gilad Shalit contre 1 027 prisonniers. Israël accuse l'un d'eux, Majed Jaaba, d'avoir fourni des armes à la cellule d'Hébron responsable de l'attaque d’un point de contrôle qui a tué un soldat israélien en novembre 2023.

Sur le terrain, plus de 30 suspects de Jérusalem et de Cisjordanie ont été arrêtés début septembre lors du démantèlement d'un réseau lié au mouvement, indique le Jerusalem Post. Pendant Yom Kippour, deux membres présumés du Hamas soupçonnés de préparer une attaque imminente ont encore été arrêtés à Qabatiya, rapporte Ynet.

Une popularité en net recul

Sur le plan politique, la tendance est défavorable au Hamas. Selon le dernier sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research, réalisé du 5 au 8 août, le soutien au mouvement en Cisjordanie est tombé à 18 %, contre 32 % dix mois plus tôt. En cas d'élections législatives, 25 % des électeurs cisjordaniens voteraient pour le Hamas, contre 34 % pour le Fatah. Le mouvement islamiste garde toutefois une base de sympathie, puisque 79 % des Cisjordaniens s'opposent à son désarmement avant un retrait israélien complet de Gaza.

Le premier véritable test aura lieu le 28 novembre, date prévue des élections législatives palestiniennes. Il se déroulera dans un territoire où la violence ne se limite pas aux attaques de groupes armés palestiniens. L'Onu recensait jusqu'à la mi-2026 environ six incidents violents quotidiens commis par des colons contre des Palestiniens ou leurs biens.