«Nous sommes dans une situation de guerre totale» contre le gouvernement éthiopien, a affirmé jeudi à l'AFP le vice-président des autorités rebelles du Tigré, alors que des combats opposent les forces fédérales à des groupes armés dans les États régionaux voisins de l'Amhara et de l'Afar.

La situation dans le nord de l'Éthiopie était tendue depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral éthiopien, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, et les autorités rebelles s'accusant mutuellement de vouloir déclencher un nouveau conflit.

Des membres de l'armée fédérale, appuyés par des dissidents des forces tigréennes, s'étaient massés à la frontière avec le Tigré, face aux soldats tigréens. Les autorités fédérales ont également procédé à des dizaines de frappes de drones sur la région depuis début août.

«Il y a des combats partout», a encore déclaré Amanuel Assefa, vice-président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), une formation politique qui a longtemps gouverné l'Éthiopie et dirige de fait ce territoire du nord du pays, dont il a pris mercredi le contrôle des trois aéroports.

Des combats opposent jeudi les forces fédérales et des groupes armés, notamment en Afar, où les rebelles se sont emparés de plusieurs localités mercredi.

Une source humanitaire dans la région, qui a requis l'anonymat, a fait état de tirs à l'arme lourde autour de la localité de Yalo, en région Afar, à une quarantaine de kilomètres du Tigré. «Il y a des blessés et des personnes déplacées», a déclaré cette source.

Des combats ont également lieu en région Amhara.

Cette reprise des hostilités fait ressurgir le spectre d'une nouvelle guerre à grande échelle, moins de quatre ans après la signature d'un accord de paix à Pretoria qui avait mis fin à celle du Tigré.

Au moins 600.000 personnes sont mortes dans ce conflit qui a fait rage entre 2020 et 2022, selon une estimation de l'Union africaine, jugée basse par certains observateurs.

«Désescalade immédiate»

Face à cette situation, l'Union africaine et l'Union européenne ont exhorté mercredi toutes les parties à la «désescalade immédiate».

Ce regain de tension intervient quelques jours seulement après l'annonce dimanche de sept groupes opposés au gouvernement fédéral dans diverses zones du pays – dont le TPLF, les milices amhara Fano ou l'Armée de libération oromo (OLA) – en vue de «renverser» l'exécutif d'Addis Abeba.

Cette Coalition pour la Survie a annoncé mercredi répliquer avec des «contre-offensives à grande échelle» à des «attaques d'ampleur, aériennes et terrestres» de l'armée fédérale. Ces affirmations n'ont pas pu être vérifiées de sources indépendantes.

Amanuel Assefa a assuré que des membres de groupes armés tigréens se battaient aux côtés de membres de groupes armés en Afar et Amhara, selon les termes de l'alliance.

Des combats ont également été signalés autour de Waldiya, une ville stratégique en région Amhara. L'objectif des groupes armés «est de prendre la capitale Addis Abeba, mais les manœuvres tactiques qu'ils comptent employer pour atteindre la ville restent inconnues», a déclaré à l'AFP Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College (Norvège).

«Toutefois, il n'existe qu'un nombre limité d'itinéraires menant à la capitale, et l'une des routes principales part de Weldiya», a-t-il poursuivi.

Sollicitée par l'AFP, la porte-parole du Premier ministre n'a pour l'heure pas donné suite.

Le gouvernement de M. Abiy accuse ces derniers mois le TPLF de s'être rapproché de groupes armés d'autres États régionaux, ainsi que de l'Érythrée voisine.

Cette ancienne colonie italienne progressivement annexée à l'Éthiopie à partir des années 1950, devenue indépendante en 1993 au terme de trois décennies de guerre contre Addis Abeba, entretient historiquement des relations très tendues avec son immense voisin.

Le président érythréen Issaias Afeworki a envoyé son armée pour prêter main-forte à M. Abiy face au TPLF entre 2020 et 2022, mais les relations entre les deux dirigeants se sont ensuite rapidement sérieusement dégradées, Asmara accusant son voisin enclavé de lorgner le port érythréen d'Assab.

«Nous ne savons pas quels sont les plans de l'Érythrée», a éludé M. Amanuel. Interrogé sur la nécessité pour Asmara d'intervenir, il a répondu: «Pas tout de suite».

AFP