À un mois des législatives du 27 octobre, la Commission électorale centrale israélienne a voté mercredi l'exclusion de Ra'am et de la Liste unifiée, les deux listes qui représentent les citoyens arabes d'Israël. 

Comme le relève le Times of Israel, cette décision revient de fait à écarter du scrutin tous les partis à majorité arabe. Rien n'est définitif pour autant: le calendrier électoral fixe au 2 octobre la date limite pour trancher les appels, précise le Jerusalem Post.

Deux listes, quatre partis

Les citoyens arabes d'Israël, descendants des Palestiniens restés sur le territoire du nouvel État en 1948, représentent environ 20% de la population. Ils sont surtout représentés par deux listes: Ra'am ou Liste arabe unie, et la  Liste unifiée.

La première est dirigée par Mansour Abbas. Ce parti islamo-conservateur est issu de la branche sud du Mouvement islamique en Israël, celle qui accepte de participer au jeu politique, contrairement à la branche nord, aujourd'hui interdite. En 2021, Ra'am est devenu le premier parti arabe à rejoindre une coalition gouvernementale, celle de Naftali Bennett et Yair Lapid, qui a brièvement écarté Benjamin Netanyahou du pouvoir.

La Liste unifiée, reconstituée cet été, regroupe trois formations. Hadash, le Front démocratique pour la paix et l'égalité, est un parti judéo-arabe héritier du Parti communiste israélien. Ta'al, le Mouvement arabe pour le renouveau, a été fondé par Ahmad Tibi. Balad, le Rassemblement national démocratique, en est la composante la plus nationaliste: il réclame qu'Israël devienne «un État de tous ses citoyens» plutôt qu'un État juif.

Outre les deux listes, la commission a exclu à titre individuel Sami Abou Shehadeh, chef de Balad, et Ofer Cassif, seul député juif de la Liste unifiée.

Trois motifs, un organe politique

Ces exclusions reposent sur l'article 7A de la Loi fondamentale sur la Knesset, adopté en 1985 et élargi en 2002. Il permet d'écarter une liste ou un candidat qui nie l'existence d'Israël comme État juif et démocratique, incite au racisme ou soutient la lutte armée d'une organisation terroriste ou d'un État ennemi. 

La décision revient à une commission d'une trentaine de représentants des partis de la Knesset sortante, présidée par un juge de la Cour suprême. L'Israel Democracy Institute (IDI) relève qu'aucune autre démocratie ne confie ce pouvoir à un organe politique.

Les requérants reprochaient à Ra'am des liens avec des associations accusées d'avoir aidé des structures proches du Hamas, rapporte le Jerusalem PostLe parti est accusé de nier Israël comme État juif et démocratique, alors qu'il est la formation arabe qui est allée le plus loin dans la reconnaissance de ce caractère. 

Dès 2021, Mansour Abbas affirmait qu'Israël est un État juif, une position qu'aucun dirigeant politique arabe n'avait assumée avant lui, relevait le chercheur Michael Milshtein dans une tribune de Haaretz. La représentante de la procureure générale l'a rappelé devant la commission: les citations produites par les requérants montrent elles-mêmes qu'Abbas reconnaît ce caractère juif. 

Depuis, Ra'am a annoncé en décembre 2025 sa séparation d'avec le Conseil de la Choura du Mouvement islamique, selon le Jerusalem Post, et a intégré à sa liste un ancien député juif, Yoav Segalovitz.

Abou Shehadeh, un dossier à part

Le cas de Sami Abou Shehadeh est d'une autre nature. La requête d'Otzma Yehudit, le parti d'Itamar Ben Gvir, visait un article publié le 8 octobre 2023, dans lequel il présentait l'attaque du Hamas de la veille comme un événement historique important et estimait que d'autres pouvaient s'inspirer du succès du Hamas, qui avait pris Israël par surprise. Cette fois, la procureure générale a jugé la base suffisante et le juge Noam Sohlberg, qui préside la commission, a voté l'exclusion. 

Aucun président de la commission n'avait pris part à un tel vote depuis 2003. Pour le Times of Israel, ce soutien rend possible une confirmation par la Cour suprême.

L'histoire joue pourtant en faveur des partis arabes. En 1965, la Liste socialiste, issue du mouvement nationaliste interdit Al-Ard, fut écartée avec l'aval de la Cour suprême, rappelle l'IDI. Depuis 1985, sur quinze disqualifications prononcées par la commission, trois seulement ont été confirmées, toutes contre le parti d’extrême droite Kach et son héritier Kahane Chai, pour incitation au racisme.

Selon un sondage publié mercredi par Haaretz, les partis arabes obtiendraient 12 sièges, et l'opposition non arabe ne pourrait pas former de coalition sans eux. 

Le Likoud accuse d'ailleurs Gadi Eisenkot, rival de Netanyahou, de vouloir gouverner avec eux. La participation arabe, tombée à 44,6% en 2021 puis remontée à 53,2% en 2022 selon l'Institute for National Security Studies, pourrait peser lourd sur l’issue du scrutin. Si la Cour suit sa jurisprudence, les listes seront rétablies. Il restera à mesurer l'effet de la procédure sur un électorat déjà tenté par l'abstention.