Les élections législatives du 27 octobre en Israël seront suivies avec attention par ses voisins dans la région, soucieux des retombées sur leur sécurité ou leurs relations diplomatiques.
Proclamant avoir «changé le visage du Moyen-Orient», le Premier ministre Benjamin Netanyahu a juré de continuer sur la même voie en lançant la campagne du Likoud, son parti.
Il insiste sur le maintien des troupes israéliennes déployées dans le sud du Liban et de la Syrie. Certains de ses ministres, eux, évoquent ouvertement le déplacement des Palestiniens hors de Gaza et de Cisjordanie occupée, un projet qui impacterait directement la Jordanie et l'Égypte voisines.
Alors que les sondages pronostiquent un scrutin serré entre le bloc emmené par M. Netanyahu et son rival centriste Gadi Eisenkot, l'AFP s'est livrée à un tour d'horizon des attentes dans la région.
Jordanie
Même si le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël s'est gardé de procéder à une annexion formelle de la Cisjordanie, il a approuvé un nombre sans précédent de colonies.
Des responsables israéliens ont réclamé à plusieurs reprises l'expulsion de plus de trois millions de Palestiniens de l'autre côté du Jourdain, faisant peser «une menace existentielle» sur la Jordanie, selon Oraib Rantawi, directeur du Centre Al-Quds d'études politiques à Amman.
«L'appétit expansionniste du gouvernement israélien est maintenant une menace régionale», a averti cette semaine le roi Abdallah II à la tribune de l'ONU.
«À moyen et long terme», la Jordanie et Israël, qu'un traité de paix lie depuis 1994, «sont engagés sur une trajectoire de collision», pointe l'expert.
Égypte
Certains ministres israéliens proposent eux de transférer les quelque deux millions de Palestiniens de Gaza en Égypte, dans la péninsule du Sinaï, une idée catégoriquement rejetée par Le Caire.
L'Égypte, autre pays à avoir signé un accord avec Israël, entretient pour l'heure une «paix froide» avec son voisin, avec une coopération sécuritaire mais des liens distendus.
Le meilleur scénario serait «un gouvernement moins idéologique», estime l'ancien ambassadeur El-Sayed Shalaby. «Même sans changement fondamental de la position d'Israël, cela ferait retomber la pression».
L'Égypte discutera «avec tout gouvernement sorti des urnes», assure le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty, tout en reprochant au cabinet Netanyahu de freiner la mise en œuvre du plan de paix américain pour la bande de Gaza.
Liban
Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale début mars en tirant sur Israël, qui a répondu par des bombardements massifs et un déploiement dans le sud du pays.
Malgré le lourd bilan humain - plus de 4.300 morts et des centaines de milliers de déplacés, selon Beyrouth - le Liban, sous la pression américaine, a entamé des discussions avec Israël centrées sur le désarmement du mouvement chiite.
«Nous ne sommes pas optimistes», indique cependant à l'AFP un ex-ministre libanais ayant requis l'anonymat. «Peut-être qu'Eisenkot est moins radical, mais sur le terrain, la politique restera la même», ajoute-t-il.
«La question que nous souhaitons adresser au peuple israélien (...) et à tout futur gouvernement est la suivante: veulent-ils la stabilité, la sécurité et l'absence de guerre à leurs frontières, ou pas?», a pour sa part affirmé à l'AFP le président libanais, Joseph Aoun, tout en soulignant que le scrutin était une question intérieure israélienne.
Golfe
En 2020, les États-Unis ont négocié les accords d'Abraham aux termes desquels les Émirats arabes unis, notamment, ont normalisé leurs relations avec Israël.
Mais Ryad, qui semblait prêt à franchir le pas avant le déclenchement de la guerre à Gaza, résiste depuis à la pression américaine en ce sens, conditionnant toute normalisation au lancement d'un processus vers un État palestinien.
«L'environnement politique a changé radicalement», déclare à l'AFP Neil Quilliam, expert en sécurité à Chatham House.
«Les décideurs saoudiens sont susceptibles de considérer la normalisation comme une possibilité à long terme», estime-t-il, mais Ryad ne prendra pas en charge le coût en termes de réputation et de politique intérieure avec un gouvernement israélien de droite.
Les Émirats, pour leur part, s'ils ont gardé des liens étroits avec Israël, même au plus fort de la guerre à Gaza, sont aujourd'hui «peu à l'aise avec un voisin provoquant des chocs régionaux synonymes de coûts économiques et sécuritaires pour ses partenaires», assure Andreas Krieg, du King's College de Londres.
Syrie
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, Israël a lancé des centaines de frappes en Syrie, envoyé son armée dans une zone tampon surveillée par l'ONU et a régulièrement mené des incursions dans le pays voisin.
Pour Damas, l'enjeu est de savoir si les élections peuvent porter au pouvoir «un gouvernement moins enclin à exploiter politiquement toute escalade et plus à l'écoute de Washington», explique une source diplomatique syrienne à l'AFP, alors que Donald Trump s'est rapproché du nouveau dirigeant syrien Ahmad al-Chareh.
AFP