La justice israélienne a ordonné dimanche le report d'un mois de la date limite de l'appel d'offres pour un vaste projet décrié de colonisation en Cisjordanie occupée, de manière à ce que le sujet ne perturbe pas les législatives prévues fin octobre.
La décision a été prise pour «faire en sorte que cette échéance tombe après le jour du scrutin, afin de réduire le risque que l'appel d'offres soit utilisé à des fins de propagande électorale, ce qui est interdit», indique un communiqué du bureau de la procureure générale Gali Baharav-Miara.
En juillet, le ministère israélien du Logement avait ouvert un appel d'offres pour la construction de plus de 1.200 logements dans le cadre du projet dit E1, jouxtant la colonie de Maale Adumim proche de Jérusalem.
Ce plan, approuvé par Israël l'an dernier après plusieurs décennies de gel, notamment sous la pression des administrations américaines successives, isolerait davantage Jérusalem-Est, occupée puis annexée par Israël, du reste de la Cisjordanie, mettant encore plus en péril la possibilité d'un futur État palestinien.
Israël occupe ce territoire palestinien depuis 1967. La colonisation s'y est poursuivie depuis, mais a explosé ces dernières années sous le gouvernement de Benjamin Netanyahou, l'un des plus à droite de l'histoire du pays.
Les élections législatives israéliennes du 27 octobre s'annoncent serrées pour le dirigeant, dont plusieurs ministres ont régulièrement prôné l'annexion de la Cisjordanie.
À la publication de l'appel d'offres en juillet, des ONG dont «La paix maintenant» avaient saisi la justice pour l'invalider, et plusieurs pays européens, dont la France et le Royaume-Uni, avaient appelé Israël à y renoncer.
Un tribunal de Jérusalem a rejeté il y a deux semaines le recours en urgence, estimant que la justice aurait largement le temps de statuer sur le fond du dossier d'ici à la fin de l'appel d'offres et la délivrance des autorisations nécessaires.
Les trois organisations à l'origine de la procédure avaient dénoncé une décision servant «les intérêts du gouvernement» en pleine période électorale, et lui permettant de «créer une nouvelle réalité sur le terrain, qui engendrera une situation destructrice qu'il sera extrêmement difficile de renverser».
La mairie de la colonie de Maale Adumim a de son côté annoncé dans un communiqué un recours contre le report de l'appel d'offres, jugeant que la décision de la justice était «politique» et constituait en soi «une ingérence».
Plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie occupée, aux côtés de quelque trois millions de Palestiniens.
AFP