La Russie a massivement ciblé les infrastructures énergétiques de la capitale ukrainienne dans la nuit pour la première fois depuis l'hiver dernier, faisant au moins quatre morts, ont indiqué mercredi les autorités.
L'Ukraine craint la répétition du scénario de l'hiver dernier lorsque la Russie avait pilonné les sites énergétiques du pays pour tenter de faire plier Kiev, en proie depuis 2022 à l'invasion russe à grande échelle.
Depuis le début de l'été, Moscou a intensifié ses frappes contre les capacités logistiques de l'Ukraine, notamment les infrastractures de transport et les entrepôts.
Parallèlement, Kiev est devenue la cible d'attaques aériennes incessantes, de jour comme de nuit. Des immeubles résidentiels, des centres d'affaires, des sites de données informatiques sont désormais frappés.
Selon le Premier ministre ukrainien Serguiï Koretsky, les dernières frappes dans la nuit de mardi à mercredi marquent le début d'une nouvelle campagne russe contre le secteur énergétique.
«Depuis cet été, il n’y a pratiquement pas eu un seul jour où l’ennemi n’a pas attaqué nos infrastructures énergétiques», a-t-il écrit sur Telegram. «Cependant, une attaque combinée de cette ampleur a lieu pour la première fois depuis la fin de la dernière saison froide».
Selon l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a notamment utilisé des missiles balistiques et des drones à réaction, que Kiev peine à intercepter faute de munitions.
En début de semaine, le Premier ministre a suggéré aux personnes vulnérables de quitter la capitale avant l'hiver.
Si l'automne est à peine encore installé, un sujet de conversation domine à Kiev: comment s'organiser avant l'hiver, notamment pour les familles avec enfants, si les bombardements russes réduisent de nouveau à néant le secteur énergétique par des températures glaciales.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également assuré mercredi que «la cible principale était les infrastructures énergétiques dans la capitale et la région de Kiev».
Parmi les quatre victimes, trois personnes ont été tuées lors de frappes sur la capitale, selon le maire Vitali Klitschko.
A Vychgorod, dans la banlieue nord de Kiev, «un enfant a été tué et trois autres personnes ont été blessées dont un enfant» lors d'une frappe sur une maison, selon les secours.
Coupures de courant
Le principal fournisseur d'électricité ukrainien DTEK a confirmé que le réseau avait été endommagé, entraînant des coupures de courant. Mercredi matin, «8.000 familles» ont retrouvé l'électricité, a-t-il dit.
Le ministère russe de la Défense a affirmé avoir ciblé dans la région de Kiev des stations électriques assurant «la distribution d'électricité pour les installations militaro-industrielles» de Kiev et sa région.
Il a aussi dit avoir frappé une centrale hydroélectrique et une centrale thermique.
Dans la nuit, les journalistes de l'AFP ont entendu une dizaine d'explosions secouer la capitale et constaté une courte coupure de courant. Au matin, une odeur de brûlé flottait dans les rues.
Ils ont aussi observé dans le ciel nocturne des interceptions de missiles au-dessus de la capitale.
Alors que l'Ukraine fait face depuis plusieurs mois à une pénurie d'intercepteurs adaptés, Volodymyr Zelensky a affirmé que la défense aérienne avait réussi à abattre certains missiles balistiques.
Il a remercié les alliés de Kiev pour la récente livraison à l'Ukraine de nouveaux moyens de défense antiaérienne.
«Chaque missile intercepteur sauve véritablement des vies. Et plus nous approchons de l’hiver, plus nous avons besoin de cette protection», a-t-il insisté.
Parallèlement, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a affirmé samedi à la tribune de l'ONU que la Russie atteindrait ses objectifs militaires en Ukraine, et ce «peu importe les circonstances».
Ce conflit est le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé mardi que la Russie n'est «pas du tout intéressée par des pourparlers sérieux» en Ukraine, plus de quatre ans et demi après le début de l'invasion russe à grande échelle.
Par Phil HAZLEWOOD / AFP