Sous Jean-Paul II, le Vatican a contribué à l’effondrement du rideau de fer et à la fin des régimes communistes de l’Europe de l’Est. Les voyages pastoraux de Léon XIV semblent, une fois de plus, mettre à l’épreuve le nouveau communisme, désormais paré des atours d’une «société ouverte».
Entre le 25 et le 28 septembre, un séisme spirituel a traversé la France à l’occasion de l’accueil du pape Léon XIV. Par centaines de milliers, les Français ont manifesté un engouement que beaucoup n’avaient pas anticipé. De Paris à Metz, en passant par Lourdes, la France a surpris par la vivacité de son héritage chrétien, par l’ardeur de sa foi et par la mobilisation de sa jeunesse.
Le voyage apostolique
Le 25 septembre, les vêpres de Notre-Dame de Paris, réservées aux évêques, aux prêtres, diacres, personnes consacrées et séminaristes, furent suivies, au Stade de France, d’une veillée de prière avec les jeunes. Lors de ce voyage apostolique placé sous le thème «Pour que le monde ait la vie», le catholicisme français a dévoilé son véritable visage, celui d’une jeunesse porteuse de vigueur et d’espérance.
Le 26 septembre, la France catholique s’est réapproprié la place de la Concorde, 233 ans après y avoir été guillotinée. C’est ici que 1 119 têtes avaient roulé au sol en 1793: Louis XVI, Marie-Antoinette, des nobles, des bourgeois, des clercs, mais aussi des mineurs et des jeunes religieuses qui n’avaient encore rien connu de la vie. Ce fut le mal pour le mal, et une soif de haine et de sang. Des milliers d’autres personnes furent encore guillotinées sur d’autres places parisiennes et françaises. Ici, Léon XIV pria pour les victimes de la Révolution.
Une légende populaire raconte que Voltaire aurait annoncé que, cent ans après sa mort, «la Bible ne serait plus qu’une pièce de musée ou une relique qu’on ne trouve que chez un antiquaire».
Il est clair, cependant, qu’un peuple s’est dressé aujourd’hui face à un mythe qui prétend annoncer la fin de la chrétienté. Celui-ci est doublé d’une idéologie qui œuvre pour l’effacement des identités, des peuples, des frontières et des nations. Une idéologie qui, pour reprendre Benoît XVI, cherche à imposer par la politique, sur terre, le projet eschatologique de l’unification de l’humanité.
La nouvelle gauche
Cette folie entend déconstruire l’Occident, l’héritage gréco-romain, les valeurs chrétiennes, la foi et le roman national de chaque nation chrétienne. Dans son délire, elle déconstruit jusqu’à l’être humain, rejette sa ressemblance à Dieu et sa vocation à la transcendance. Cette folie refuse les nations, les religions, les cultures, et jusqu’aux évidences biologiques, développant ainsi ses propres théories du genre.
«L’orgueil de ceux qui ne peuvent édifier est de détruire», écrivait Alexandre Dumas dans Les Mille et un fantômes. Par pudeur, le libéralisme radical, wokiste et mondialiste remplace le terme «détruire» par « déconstruire ». Mais les peuples qui refusent de mourir résistent également à l’effacement. Ils dressent une résistance culturelle et cultuelle parce qu’ils ont compris que leur suppression passerait par celle de leur identité, de leur histoire et de leur héritage.
C’est souvent face au mal que les âmes retrouvent le Seigneur.
Selon une formule souvent attribuée à André Malraux, «le XXIᵉ siècle sera spirituel ou ne sera pas». Ainsi, l’Occident se reconstruit et se ravive autour du christianisme qui l’avait fondé, façonné et épanoui. C’est la République qui est laïque, aurait déclaré Charles de Gaulle, mais la France est chrétienne. Et c’est cette appartenance qui lui confère une immunité face aux dangers qui la guettent et cherchent à l’abattre.
Une France debout
La gauche est bruyante, alors que le corps chrétien demeure silencieux, serein et ferme. La gauche maîtrise les médias, le lexique qu’elle impose et les valeurs qu’elle déforme et plie à ses exigences. Dans ce vacarme, la majorité silencieuse s’efface avant de se redresser avec ses chants et ses couleurs, sa force et sa douceur.
Sainte Jeanne d’Arc traversant à cheval le Stade de France, Clovis, Clotilde et la Sainte Vierge ont rétabli la certitude, la quiétude et la beauté face à l’effronterie nauséabonde de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024. La civilité est sortie victorieuse de son combat contre la prétendue déconstruction du roman national. Il y aura désormais un avant et un après ce moment historique.
Et dans cette atmosphère sainte et féerique, une voix s’est levée, venant du Levant, pour accompagner Marie-Madeleine et Lazare. Hélène Amil, du Sud-Liban, a chanté en syriaque le «Avo de Qouchto» (Père du Juste). Ce sont là les premières pages de l’histoire chrétienne de la France. Deux millénaires d’histoire, accompagnés par les deux rives de la Méditerranée chrétienne, se sont ainsi rejoints dans cet hymne maronite vieux de plusieurs siècles.
Le Saint-Siège
Sous Jean-Paul II, le Vatican a joué un rôle important dans la chute du rideau de fer et de l’ensemble de l’empire soviétique. Il a contribué, à sa manière, à libérer l’Europe de l’Est, sans faire de bruit, par un procédé lent et discret qui conserve encore aujourd’hui une grande part de mystère.
Les voyages pastoraux de Léon XIV semblent, une fois de plus, ébranler le nouveau communisme, désormais paré de sa nouvelle image, celle d’une «société ouverte», libérale, progressiste et attentive aux droits du plus faible.
Il faudra peut-être s’attendre, dans les semaines à venir, à une contre-offensive sournoise ou violente. Sur le plan médiatique, par exemple, à une remise en lumière des scandales d’abus sexuels au sein de l’Église, tout en entretenant le silence sur les célèbres affaires relatives à la pédophilie et aux obscénités de certains milieux wokistes. Sur le plan judiciaire, de possibles condamnations de policiers ou de responsables ayant osé prendre des mesures fermes; et, sur le plan social, des manifestations qui dégénéreraient en actes de vandalisme.
Mais l’Église en a vu davantage tout au long de sa longue histoire.
La jeunesse
S’adressant aux jeunes, Léon XIV a dit: «Vous êtes les saints de France.» Par cette déclaration, il a voulu rappeler la contemporanéité de l’économie du Salut. Il a montré que l’histoire n’est nullement confinée au passé, mais qu’elle s’étend naturellement jusqu’à nous, et que nous sommes appelés à y participer et à faire l’expérience de l’héroïcité.
La France discrète n’avait donc pas vieilli; ou plutôt, elle avait vieilli à sa propre manière, sans fard, mais avec grâce et élégance. Plutôt que de se courber sous le poids des années, elle s’est enrichie d’histoire et de valeurs. Elle a gagné en courage, en foi et en dignité.
Balayée par un souffle de Pentecôte, la fille aînée de l’Église nous a surpris et a étonné le monde. Dans un avenir peut-être assez proche, elle nous surprendra probablement davantage.