Des responsables du renseignement et de la diplomatie syriens auraient rencontré des représentants du Hezbollah en Turquie en septembre selon l’agence Reuters, citant six sources. Damas leur aurait demandé de mettre fin à la contrebande transfrontalière et de démanteler leurs cellules dans le sud de la Syrie.

Cependant, la présidence turque et le gouvernement syrien ont démenti. Si elle était confirmée, cette prise de contact aurait rompu avec une hostilité nourrie par des griefs anciens et douloureux.

Qousseir, la première blessure

Tout commence en 2013, quand le Hezbollah reconnaît combattre en Syrie aux côtés de Bachar el-Assad. En juin, l’armée syrienne reprend aux rebelles syriens la ville de Qousseir, près de la frontière libanaise, au terme d’un assaut mené par les combattants de la formation pro-iranienne.

Le quotidien Asharq Al-Awsat y voit la première et la plus importante vague de déplacements de la guerre. Sur quelque 65.000 habitants, il n'en restait qu'une poignée au plus fort des combats.

Le Hezbollah prend ensuite le contrôle de la zone située à l’ouest de l’Oronte et y recrute des habitants pour combattre dans ses rangs, toujours selon Asharq Al-Awsat. Seuls les habitants favorables au régime sont autorisés à revenir. Le média syrien indépendant Enab Baladi a documenté des achats de terres par le parti, via des intermédiaires, auprès de propriétaires déplacés. Pendant plus de dix ans, la ville sert de point de passage pour les armes iraniennes acheminées vers le Liban. Les habitants ne retrouvent leurs maisons qu'après la chute de Bachar el-Assad, en décembre 2024.

Madaya, la faim comme arme

Le grief le plus lourd reste sans doute Madaya. À partir de juillet 2015, cette localité proche de Damas est assiégée par les forces gouvernementales et le Hezbollah. Au début de 2016, les images d'habitants décharnés font le tour du monde. Médecins sans frontières (MSF) recense alors 32 morts de malnutrition aiguë sévère depuis décembre, puis au moins 16 décès supplémentaires après l'arrivée des convois humanitaires le 11 janvier.

Le siège s'achève en avril 2017 avec l'accord dit des «quatre villes», négocié par le Qatar et l'Iran. Les habitants de Madaya et de Zabadani sont transférés vers Idleb, en échange de ceux de Foua et Kefraya, deux localités chiites encerclées par les rebelles. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), Zabadani est alors entièrement vidée de sa population. L'opération est endeuillée par un attentat contre le convoi des évacués de Foua et Kefraya, qui fait au moins 126 morts, dont plus de 60 enfants, et n’a jamais été revendiqué.

Pour les opposants syriens, ces transferts confessionnels relèvent de l'ingénierie démographique. Le site Al-Monitor rappelle toutefois que l'accord avait été conclu par Hayat Tahrir al-Cham (HTC), l'organisation anciennement dirigée par l'actuel président syrien, avec le Hezbollah et les Gardiens de la révolution iraniens.

L'accord avec l'État islamique

En août 2017, le Hezbollah négocie l'évacuation d'environ 600 combattants de l'État islamique du Qalamoun, à la frontière libano-syrienne, vers l'est de la Syrie, selon l'Associated Press. En échange, il obtient la localisation des restes de soldats libanais enlevés en 2014. Washington et Bagdad dénoncent alors un accord qui envoie ces combattants près de la frontière irakienne. 

Dans le camp anti-Assad, l'épisode nourrit l'accusation selon laquelle la formation pro-iranienne ciblait davantage les Syriens que les djihadistes.

Captagon et contrebande

Damas reproche aussi au Hezbollah son rôle dans le trafic de captagon, une amphétamine produite massivement en Syrie sous Bachar el-Assad. Selon le centre de recherche britannique Chatham House, le parti dépend de plus en plus de ce commerce pour payer ses combattants et acheter des armes. D’ailleurs, une enquête de la BBC a relié la milice à des contrebandiers et à des centres de production à Soueïda, au sud de la Syrie. 

Le Hezbollah dément toute implication. Depuis décembre 2024, les nouvelles autorités détruisent les usines et multiplient les saisies à la frontière libanaise.

Une frontière toujours sous tension

La chute de Bachar el-Assad n'a pas mis fin aux frictions. En mars 2025, Damas a accusé le Hezbollah d'avoir enlevé trois soldats syriens avant de les exécuter au Liban, ce que la milice dément. Le nouveau pouvoir a par ailleurs coupé la route d'approvisionnement en armes iraniennes qui traversait le pays.

Mardi encore, les autorités syriennes ont annoncé le démantèlement, dans le sud, d'une cellule liée au Hezbollah qui préparait des tirs de roquettes. Le parti affirme n'avoir aucune présence en Syrie. En août 2025, Ahmad el-Chareh assurait avoir choisi de ne pas riposter au Hezbollah malgré ses actions en Syrie. Les demandes que Damas aurait formulées en Turquie, la fin de la contrebande et le démantèlement des cellules, montrent toutefois que le contentieux reste entier.