La Cour suprême israélienne a autorisé vendredi deux listes à majorité arabe à se présenter aux élections législatives du 27 octobre, annulant leur disqualification prise à la demande de membres de la coalition au pouvoir.
Le 23 septembre, la Commission électorale centrale, saisie par des membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahou, avait voté l'invalidation des deux listes en vertu d'une loi fondamentale interdisant à toute formation ou tout candidat de participer aux élections s'ils «nient l'existence de l'État d'Israël en tant qu'État juif et démocratique» ou «soutiennent la lutte armée d'un État ennemi ou d'une organisation terroriste contre Israël».
La Cour, qui annule presque systématiquement les exclusions prononcées par la Commission électorale, a estimé que les «arguments présentés» par cette dernière «ne suffisaient pas à justifier l'invalidation» des deux listes: Raam (un acronyme en hébreu signifiant «Liste arabe unie») et la Liste unifiée, selon les arrêts consultés par l'AFP.
Elle les a donc autorisées à l'unanimité à se présenter aux élections.
Raam est une formation islamiste modérée dirigée par Mansour Abbas, qui défend l'égalité des droits de la minorité arabe et a accueilli fin août un candidat juif, Yoav Segalovitz, un ancien responsable de la police.
La Liste unifiée rassemble de son côté trois partis à majorité arabe: Balad (nationaliste arabe), Hadash (communiste judéo-arabe) et Taal (arabe laïc).
Si elle est présidée par un magistrat, la Commission électorale est composée de représentants des partis qui siègent à la Knesset (le Parlement israélien), et ses décisions reflètent l'équilibre des forces parlementaires en place.
L'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah a dénoncé vendredi «une tentative délibérée de délégitimer les citoyens palestiniens et leurs représentants parlementaires, et de transformer le racisme à l'encontre des Palestiniens en propagande électorale», accusant les auteurs des recours contre les deux listes d'avoir engagé cette procédure en sachant qu'ils seraient déboutés.
20% de la population
Outre ces listes, la Commission avait également invalidé les candidatures individuelles du député Ofer Cassif, membre de Hadash, et de Sami Abou Chehadeh, dirigeant de Balad.
La Cour suprême a approuvé la candidature de M. Cassif par sept voix contre deux, les deux juges minoritaires estimant qu'il avait «soutenu la lutte armée contre l'État d'Israël».
Concernant M. Abou Chehadeh, la Cour l'a poussé la veille à retirer sa candidature. Le 8 octobre 2023, il avait qualifié d'«événement historique important» l'attaque de la veille, ce qui lui vaut aujourd'hui d'être accusé d'avoir soutenu les attaques du mouvement islamiste palestinien Hamas, malgré ses dénégations. Il a annoncé son retrait dans la nuit de jeudi à vendredi.
Par le passé, la Cour suprême a exclu de scrutins le parti d'extrême droite Kach, une liste d'extrême gauche ainsi que trois candidats de la droite radicale.
Les Arabes israéliens, aussi appelés Palestiniens d'Israël, représentent environ 20% de la population et s'identifient pour une grande majorité comme des Palestiniens.
Descendants de la population arabe de Palestine s'étant retrouvée en territoire israélien après la création d'Israël en 1948, ils se disent fréquemment victimes de discrimination vis-à-vis de la majorité juive.
AFP