Le chef du Conseil présidentiel yéménite a annoncé dimanche le lancement d'une offensive pour reprendre l'ensemble du pays aux combattants pro-iraniens houthis qui poursuivent leurs avancées, encerclant une nouvelle ville contrôlée par le gouvernement.

Les hostilités opposant les Houthis au gouvernement yéménite, soutenu par l'Arabie saoudite, ne connaissent pas de répit depuis leur reprise en juillet, qui a ouvert un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.

«J'annonce aujourd'hui le lancement des opérations militaires visant à reprendre les territoires de la République qui restent à reconquérir et à étendre l'autorité de l'État et de ses institutions à l'ensemble du territoire national», a déclaré Rachad al-Alimi dans un communiqué.

Alors que les forces gouvernementales disposent notamment de capacités aériennes limitées, Farea al-Muslimi, chercheur associé à Chatham House, s'est montré sceptique quant à cette annonce, la jugeant «insignifiante».

«Isoler Taëz»

Les Houthis se sont emparés de vastes territoires à partir de 2014, dont la capitale Sanaa, et ont pris en septembre le contrôle du littoral ouest, bordant la mer Rouge, à l'issue d'une offensive éclair.

Dimanche, ils ont coupé un axe clé reliant Taëz, grande ville du sud-ouest qu'ils encerclent désormais, à Aden, où siège le gouvernement internationalement reconnu.

Trois sources distinctes au sein des forces armées yéménites dans la région ont confirmé la prise par les Houthis du secteur et de l'axe d'approvisionnement au sud de Taëz, troisième ville la plus peuplée du pays.

Des témoins ont affirmé à l'AFP avoir entendu d'intenses combats à al-Safiya et al-Samsara, deux localités situées le long de l'axe principal reliant Taëz au gouvernorat de Lahj et celui d'Aden.

Une source au sein de la police locale a confirmé à l'AFP la prise du secteur d'al-Safiya par les Houthis, «qui ont coupé la route principale et pris le contrôle du commissariat».

La fermeture de cet axe empêche le gouvernement d'acheminer des provisions et des renforts à Taëz, majoritairement aux mains de ses forces.

Les Houthis «ont atteint l'objectif militaire d'isoler Taëz d'Aden, même s'ils n’en ont pas encore entièrement pris le contrôle», a indiqué à l'AFP M. Muslimi.

Pour Ahmed Nagi, de l'ONG International Crisis Group, «l'essentiel est de savoir si les Houthis peuvent garder le contrôle des routes et resserrer progressivement l'étau autour de la ville». «S'ils y parviennent, la situation humanitaire et militaire pourrait se dégrader très rapidement», a-t-il dit à l'AFP.

L'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, s'est «alarmé» de l'intensification des combats et des dégâts dans le gouvernorat de Taëz, et notamment des «fermetures de routes» empêchant la fuite des habitants.

Risque pour les déplacés

Le gouvernorat «accueille actuellement la majorité des Yéménites récemment déplacés» par les combats, a-t-il souligné.

Les affrontements au Yémen font rage sur différents fronts depuis plusieurs jours, à l'intérieur des terres et sur les hauteurs surplombant les régions côtières récemment conquises par les Houthis.

Depuis le début de l'offensive lancée en septembre, ils ont fait des centaines de morts.

Outre les combats au Yémen contre les forces gouvernementales, les Houthis s'en prennent régulièrement à leur allié saoudien. Ils ont mené de nombreuses frappes dans le pays voisin et décrété un blocus de la flotte du royaume, premier exportateur mondial de brut.

Le porte-parole du mouvement, Yahya Saree, a revendiqué dimanche des frappes sur des sites du géant pétrolier Aramco à Riyad, la capitale du royaume, et dans la région pétrolière de Khurais (est), provoquant «d'importants incendies».

L'Arabie saoudite n'a pas réagi dans l'immédiat.

Les combattants pro-iraniens ont accusé de leur côté dimanche l'Arabie saoudite d'avoir mené des frappes dans les gouvernorats d'al-Jawf (nord) et de Saada (nord), fiefs du mouvement, faisant état de deux blessés.

La veille, l'armée régulière du Yémen avait revendiqué des bombardements à Sanaa, à Saada (nord-ouest) et près de Taëz.

Riyad est intervenu dans le conflit yéménite en 2015 à la tête d'une coalition internationale, plusieurs mois après le déclenchement de la guerre.

Depuis, ce sont essentiellement les forces saoudiennes qui ont mené les raids aériens contre les Houthis. Selon des experts, les récentes opérations ont plus probablement été menées par des appareils saoudiens que par l'aviation yéménite.

AFP