Le compte X de la correspondante britannique de Sky News en Turquie a été bloqué lundi, a-t-elle confirmé à l'AFP, dans le cadre d'une campagne qu'une organisation de défense des droits qualifie de «vague de censure devenue un tsunami».
Alex Crawford a expliqué avoir reçu deux notifications, dont une lundi, avant que son compte devienne inaccessible. La chaîne «va contester (la décision), par principe», a-t-elle précisé.
Ce compte faisait partie de ceux visés en septembre par la justice dans une enquête pour «obscénité», selon l'organisation IFÖD (Association pour la liberté d'expression).
Le gouvernement islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan mène depuis la mi-septembre une vaste campagne contre les clubs, groupes et associations LGBT, appelée «Ma famille est en sécurité».
Selon IFÖD, au moins 1.275 comptes sur la plateforme X ont été rendus inaccessibles en septembre. «Le nombre de comptes bloqués en un seul mois a dépassé le total de l'année dernière», expliquait-elle en fin de semaine dernière, dénonçant un «confinement numérique».
Un total de 995 comptes X avaient déjà été bloqués en 2025, année marquée par l'arrestation du maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, qui avait déclenché les pires manifestations de rue qu'ait connues la Turquie depuis plus de dix ans.
Plusieurs autres maires de l'opposition ont été arrêtés depuis 2024, dont le maire de Mersin, une grande ville du sud du pays, pour corruption présumée la semaine dernière.
La campagne actuelle dépasse le seul milieu LGBT.
«Le blocage s'est étendu à un très large éventail d'acteurs» - journalistes et médias divers, défenseurs des droits, organisations de femmes, universitaires, économistes, milieux politiques et religieux - ajoute IFÖD. «La vague de censure est devenue un tsunami».
Des maires de l'opposition arrêtés
L'organisation souligne que d'autres comptes ont été censurés pour «désinformation» présumée, «atteinte à la sécurité nationale», «manipulation» ou encore propagande pro-israélienne.
Certains ont eu le tort de commenter un vaste scandale politico-boursier qui fait trembler l'échiquier politique turc et qui a déjà forcé à la démission une vice-présidente de l'AKP, le parti au pouvoir.
Mercredi dernier, les autorités turques avaient annoncé la fermeture du site d'information indépendant T24, lui reprochant 118 contenus relevant de la «propagande LGBT» en un an. Buse Sögütlü, rédactrice au service international de T24, avait décrit à l'AFP «une attaque contre l'activité journalistique elle-même».
Le gouvernement a promis de poursuivre la campagne anti-LGBT, malgré notamment les protestations de l'Union européenne et de quelques ONG internationales.
«Un État ne peut pas être gouverné de cette manière», a protesté le chef de l'opposition, Özgür Özel. «Nous ne nous sommes jamais soumis à cette répression, à cet état d'esprit autoritaire, et nous ne le ferons jamais».
AFP