Peu connu il y a un an, Flavio Bolsonaro est désormais le favori du second tour de l'élection présidentielle au Brésil, prévu le 25 octobre, face au président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
Voici des clés pour comprendre cette ascension fulgurante.
La force du patronyme
Leader indiscutable du camp conservateur brésilien, l'ancien président Jair Bolsonaro (2019-2022) a adoubé son fils aîné il y a moins d'un an, peu après avoir été condamné à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'État contre Lula.
Un choix contesté dans son propre camp, où certains doutaient des capacités de ce sénateur qui ne prenait guère la lumière.
Jouant sur la ressemblance physique avec son père, il a assumé sans complexe le fait d'être le «fils de» et a adopté des symboles de l'ex-président dans ses meetings, comme le maillot jaune de l'équipe nationale de football.
«On aime Flavio car on aime les idées de son père», disait avant le scrutin à l'AFP Marcio Braga, ancien agriculteur résidant dans l'État de Sao Paulo (sud-est).
«Même si le patriarche est incarcéré et ne peut pas faire d'apparition publique, le nom Bolsonaro a encore du poids», explique Marcio Malta, politologue de l'Université fédérale Fluminense.
Et le fils a fait encore mieux que le père: dimanche, il a obtenu 56 millions de voix, davantage que l'ancien chef de l'État lors du premier tour des scrutins de 2018 et 2022.
Dégagisme
Lula occupe la scène publique depuis des décennies. Après avoir cumulé près de 12 ans au pouvoir, il brigue à 80 ans un quatrième et dernier mandat non consécutif - sa septième candidature à la présidence.
Les sondages ont montré un fort rejet envers son gouvernement, désapprouvé par environ la moitié d'une population qui souffre du coût de la vie et de l'insécurité, dans une société profondément polarisée.
«Ce résultat ne m'a pas surprise, car le peuple brésilien a soif de changement», a déclaré Lucia Barros, retraitée de 72 ans, à Brasilia.
«Le maître-mot, c'est le changement, le Brésil n'en peut plus», a insisté Flavio Bolsonaro après l'annonce des résultats.
Les élections de dimanche ont aussi vu déferler un raz-de-marée conservateur lors des législatives. D'autres membres de la famille Bolsonaro ont été élus, notamment l'ancienne première dame Michelle Bolsonaro au Sénat.
Tendance régionale
Flavio Bolsonaro est porté aussi par un climat favorable dans les pays voisins.
S'il l'emporte au second tour, le Brésil rejoindra les pays latino-américains ayant viré à droite, dans une région à laquelle le président des États-Unis, Donald Trump, accorde une grande importance.
Depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, aucun de ses alliés dans la région n'a été battu dans les urnes, à l'image des élections récentes en Colombie, au Chili ou au Pérou.
Pour Eduardo Grin, expert de la Fondation Getulio Vargas, le Brésil «se dirige vers un agenda similaire» à celui de Donald Trump, «aligné» sur ses politiques économiques et sa ligne dure en matière de sécurité.
Corruption
Durant la campagne, la Cour suprême a été secouée par une crise inédite.
Alexandre de Moraes, juge qui a conduit le procès à l'issue duquel Jair Bolsonaro a été condamné, a été mis en cause pour ses supposées relations avec un banquier accusé d'une énorme fraude. Or, ce magistrat est souvent vu comme un allié de Lula.
Les responsables de la campagne du président sortant ont reconnu que Flavio Bolsonaro a tiré son épingle du jeu en s'appropriant le discours contre les institutions telles que la Cour suprême.
Sans cette crise, «la victoire du camp Bolsonaro aurait été moins écrasante», estime l'analyste politique Thomas Traumann.
Le champion de la gauche s'est vu coller une étiquette de «voleur» par la droite depuis son passage en prison en 2018-2019 après une condamnation pour corruption, finalement annulée pour motifs de procédure.
Le fils Bolsonaro n'a pas vacillé malgré la révélation à quelques semaines du scrutin qu'une enquête avait été ouverte contre lui pour corruption et blanchiment, sur le financement d'un film sur son père par le même banquier, actuellement en prison.
Il nie toute irrégularité.
Renan Santos, candidat conservateur qui a obtenu 2% des voix au premier tour, a qualifié dimanche soir Flavio Bolsonaro de «corrompu» qui «s'appuie sur son nom de famille».
Par David SALAZAR / AFP