Sans meneur désigné à la tête de leur mouvement contestataire, les lycéens ont massivement investi la messagerie cryptée Signal, devenue à la fois leur outil de coordination et un espace où ils apprennent à se mobiliser.
«Le premier groupe Signal a été créé pendant la première assemblée générale où on a pris le numéro de tout le monde», explique Jeanne*, 17 ans, élève de terminale au lycée Condorcet dans le IXᵉ arrondissement de Paris. Il a été "créé par les lycéens les plus engagés", complète-t-elle.
Baptisé «Coordination lycéenne», le groupe réunit aujourd'hui plus de «350 personnes et une quarantaine de lycées» à Paris, en banlieue, mais aussi dans d'autres villes, comme Marseille, détaille Jérémy*, lui aussi en terminale.
«Ça permet d’avoir un vrai lien. C’est comme ça, par exemple, qu’on a eu des locaux pour pouvoir faire des assemblées générales de tous les lycées», explique Antoine*, un de ses camarades.
Derrière ces groupes entièrement composés de jeunes se trouve une volonté de s'éloigner des syndicats, accusés par les élèves de «récupérer» leur mouvement.
«On veut s’en éloigner le plus possible, c’est vraiment lycéens et étudiants», confirme Jérémy*. «Alors oui, évidemment, ils soutiennent et c’est génial d’avoir leur soutien et des manifestations organisées par ces gens-là, mais en vrai, le mouvement, il part de nous».
Pour ces jeunes, Signal sert aussi à sécuriser leurs échanges pour mieux se mobiliser.
Dimension «éthique»
Cette messagerie repose, comme d’autres messageries telles que Telegram ou WhatsApp, sur le chiffrement de bout en bout: quand deux utilisateurs s’envoient des messages, le texte est transmis chiffré et n’est déchiffré que par l’appareil du destinataire.
En cas d’interception de ces communications, les messages restent ainsi indéchiffrables par un tiers, ce qui fait de ces plateformes des outils prisés pour les militants politiques.
Chez ces lycéens, politisés, le choix de Signal tient aussi à une dimension «éthique». «WhatsApp appartient à un multimilliardaire très influent», Mark Zuckerberg, patron de Meta. «On préfère rester sur Signal, qui est plus loin de tout ça et qui est mieux sécurisé», explique Jérémy*.
«Sur WhatsApp, il y a forcément les noms, forcément les visages, alors que sur Signal, on se renomme, on n’est pas obligé de mettre une photo», complète Antoine*.
Pour l'heure, ces groupes ne servent «que pour les blocus». Mais leur utilisation pourrait s'élargir. Jérémy* évoque notamment des projets communs entre établissements, comme l'organisation de «cours de tutorat» pour les élèves. Une manière, dit-il, de compenser les conséquences du mouvement, qui «n'a pas pour but de désapprendre».
*Les prénoms ont été modifiés.
AFP