«La courageuse lutte des francophones en Amérique pour perdurer dans leurs différences culturelles trouvera un sens lorsque ce peuple obtiendra son pays et la reconnaissance qui en découle», a déclaré mardi Paul Saint-Pierre Plamondon, devant les militants du Parti québécois.
Après douze ans d’absence, le Parti québécois vient de remporter les dernières élections générales québécoises. Son chef Paul Saint-Pierre Plamondon, futur Premier ministre de la province aux 9 millions d'habitants, a promis d'organiser un nouveau référendum sur l'indépendance.
Un coup dur pour le Premier ministre canadien, Mark Carney, qui ne cesse d'appeler à l'union de «l'équipe du Canada» face aux fortes pressions de l'administration Trump. De son côté, Paul Saint-Pierre Plamondon a précisé qu'il attendrait la fin du mandat de Donald Trump en janvier 2029 pour que le débat puisse être «serein».
Une lutte ancienne
Le projet indépendantiste québécois prend ses racines dans la Conquête (1759-1760), menée par la Grande-Bretagne, qui met fin à la Nouvelle-France. L’ancienne colonie française passe alors sous domination britannique et la cohabitation ne se fait pas sans heurts.
Désormais considérés par la Couronne britannique comme des citoyens de seconde zone, les anciens colons français vont lancer en 1837 et 1838 la rébellion des Patriotes. Le mouvement réclame davantage d’autonomie politique et une démocratisation du fonctionnement de la colonie. Il entend également défendre les intérêts politiques et culturels des francophones au Bas-Canada.
Mais face au refus de Londres de satisfaire leurs revendications, une partie du mouvement se radicalise. La rébellion est finalement écrasée par les forces britanniques, entraînant arrestations, exils et exécutions.
Il faut attendre les années 1960 pour voir apparaître le mouvement indépendantiste québécois sous sa forme moderne. Durant cette période, la société québécoise connaît de profondes transformations: l’influence de l’Église recule, tandis que l’État québécois prend une place croissante dans l’éducation, la santé et l’économie.
Cette modernisation renforce chez les francophones du Québec le sentiment de former une société distincte au sein du Canada. L’attachement à la langue française et à la culture québécoise s’accompagne désormais d’une volonté de contrôler davantage leurs propres institutions et leur avenir politique.
Plusieurs mouvements indépendantistes apparaissent alors. En 1968, plusieurs de ces courants se regroupent pour former le Parti québécois. Ce dernier fait de la souveraineté du Québec son principal projet politique et s’impose rapidement comme le principal parti indépendantiste québécois.
Deux référendums, deux échecs
En 1976, le Parti québécois remporte pour la première fois les élections générales québécoises. Son chef, René Lévesque, tient sa promesse: un référendum sur l'avenir du Québec sera organisé.
Le 20 mai 1980, les Québécois sont appelés à répondre à une question complexe: donner au gouvernement le mandat de négocier une «souveraineté-association» avec le reste du Canada. Le projet est volontairement nuancé: le Québec deviendrait un pays indépendant, avec ses propres lois et ses propres impôts, tout en conservant un partenariat économique avec le Canada, notamment une monnaie commune. Autrement dit, une rupture politique, mais pas une séparation complète.
Surtout, la question ne demande pas aux électeurs de choisir directement l'indépendance: elle ne propose qu'un mandat de négociation, et tout accord devrait être approuvé par un second référendum. Malgré cette prudence, le «non» l'emporte avec environ 60 % des voix.
Une partie de ceux qui ont voté «non» espéraient alors, en échange, obtenir davantage d'autonomie, comme le leur avait promis le gouvernement fédéral canadien. Mais ces promesses sont restées lettres mortes. Ce sentiment de trahison ressenti par beaucoup de Québécois va relancer le projet souverainiste.
Le Parti québécois, de retour au pouvoir en 1994 sous Jacques Parizeau, organise un second référendum le 30 octobre 1995. Cette fois, le projet est plus direct: la question porte sur la souveraineté du Québec, accompagnée d'une offre de partenariat économique et politique avec le Canada.
Le Québec ne demande plus seulement le droit de négocier, il s'engage sur la voie de l'indépendance. Le projet prévoit en effet qu'en cas d'échec des discussions avec Ottawa, le Québec pourrait déclarer son indépendance de lui-même.
Face à ce risque, le camp fédéraliste réagit. Le Premier ministre canadien, Jean Chrétien, et les partisans du «non» multiplient les mises en garde sur les conséquences économiques d'une séparation. À quelques jours du vote, des dizaines de milliers de Canadiens venus de tout le pays se rassemblent à Montréal pour appeler les Québécois à rester dans le Canada.
Le jour du scrutin, la participation dépasse 93%. Le résultat est très serré: le «non» l'emporte avec 50,58% des voix, soit un écart d'environ 54 000 suffrages sur plus de 4,7 millions de votants. Jamais l'indépendance du Québec n'avait été aussi proche.
Après 1995, le projet indépendantiste perd peu à peu de son élan. Au fil des années 2000, la question de l'indépendance cède la place à d'autres préoccupations. Le Parti québécois quitte le pouvoir en 2003 et ne le retrouvera que brièvement, de 2012 à 2014, avant de connaître une longue traversée du désert dans l'opposition.
Mais avec son retour au pouvoir, la question de l'indépendance est de nouveau sur la table. Reste à savoir si les indépendantistes réussiront à convaincre la population: selon un sondage récent, seuls 31 % des Québécois seraient prêts à voter «oui». Le Parti québécois a donc deux ans devant lui pour tenter de renverser la tendance avant le référendum qu'il promet.