Deux jours après une forte mobilisation mardi pour demander plus de moyens, les lycéens et étudiants français sont de nouveau appelés à manifester jeudi, alors que le gouvernement multiplie les signes d'apaisement pour mettre fin à la crise.

Quelle sera l'ampleur de la mobilisation, deux jours après un «acte III» qui avait réuni mardi, sans incidents majeurs, entre 266.000 et 450.000 manifestants dans toute la France?

Les organisations étudiantes et lycéennes, qui avaient exhorté dès mardi à la poursuite de la mobilisation, ont réitéré mercredi leurs appels aux rassemblements.

«Le matin on bloque nos lycées et nos campus», affirme sur son compte X l'Union étudiante, qui appelle ensuite à des rassemblements à la mi-journée devant les préfectures de la région parisienne.

«Et on se rejoint à 15H00 place de la Bastille (à Paris, ndlr)!», a lancé Sabrine Kharbach, porte-parole du syndicat étudiant, peu après une rencontre avec le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, qui a laissé sur leur faim les représentants d'organisations de lycéens et d'étudiants conviés.

Regrettant de n'avoir «même pas eu des miettes d'une moindre annonce», la présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Suzanne Nijdam, a promis une poursuite de la mobilisation avec «des rassemblements» jeudi et «des manifestations de plus grande ampleur la semaine prochaine».

Parmi leurs revendications, les lycéens et étudiants demandent 250.000 places en plus à l'université et la suppression de la sélection par la plateforme d'orientation Parcoursup. Pour Philippe Baptiste, demander la suppression de cette plateforme «est d'une immense démagogie».

Plusieurs syndicats de l'Éducation ont aussi appelé à une journée de grève et de manifestations jeudi, en soutien à la mobilisation des lycéens.

La mobilisation avait observé un répit mercredi, le ministère de l'Éducation faisant état d'un «net recul» à la mi-journée, avec 459 établissements connaissant une suspension totale ou partielle des cours (contre 891 mardi).

Main arrachée

Les lycéens en appellent désormais au chef du gouvernement: «Nous avons des propositions chiffrées (...) et c'est pour ça que nous demandons dès la semaine prochaine un rendez-vous avec monsieur le Premier ministre Sébastien Lecornu», a déclaré à la presse Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne (USL).

Dans une allocution préenregistrée, M. Lecornu a reconnu que «nul ne peut être indifférent aux angoisses» des lycéens, soulignant que les forces de l'ordre «n'ont pas pour instruction» de les affronter.

Des propos en droite ligne des signes d'apaisement envoyés par le gouvernement à l'attention des jeunes depuis mardi.

Mercredi matin sur X, Sébastien Lecornu avait appelé les élèves à s'exprimer au sein de leurs établissements et sur la plateforme mise en ligne lundi soir pour recueillir leurs doléances.

Il avait aussi confirmé l'organisation d'heures «banalisées» dans les lycées, donc sans cours, pour permettre aux élèves et au personnel de faire remonter leurs difficultés, ce que le principal syndicat de proviseurs refuse de faire, tant que «le climat n'est pas serein».

Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, doit se rendre jeudi à 09H30 dans un lycée de Reims (est), pour participer à ce «temps lycéen» et de «dialogue».

De son côté, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage des grenades assourdissantes, après qu'un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens (nord) – un événement qui a suscité une vive émotion chez les manifestants et à gauche, où les critiques se sont multipliées contre la doctrine de maintien de l'ordre du gouvernement.

Selon M. Nuñez, 18 enquêtes de la «police des polices» ont été ouvertes depuis le début du mouvement. Au total, 215 élèves et 85 membres du personnel de l'Éducation ont été blessés, ainsi que près de 800 policiers et gendarmes.

AFP